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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Baron noir : La vengeance dans la peau

Si les séries politiques foisonnent depuis quelques années dans le paysage audiovisuel (House of cards, Borgen…), la France, hormis quelques tentatives, (Les hommes de l’ombre) peinait jusqu’alors à se doter d’une série politique d’envergure. Avec Baron noir, la nouvelle création de Canal +, l’heure est au changement !

Baron Noir, c’est l’histoire d’une descente aux enfers, celle de Philippe Rickwaert, un député-maire rattrapé par une sombre affaire de corruption en pleine campagne présidentielle. Il est alors lâché par son mentor, le candidat de gauche et futur président de la République, Francis Laugier. Dès lors, Rickwaert va être guidé par une irrépressible soif de vengeance, menant l’essentiel de son action politique contre son nouvel ennemi. Mais au-delà de la petite histoire, celle de l’opposition féroce que se livrent deux hommes, la série peint aussi à merveille la scène politique française. Sa professionnalisation, la restructuration politique du Parti Socialiste et ses divisions internes. La série s’ancre aussi dans la réalité du pays par l’évocation de sujets sociaux brûlants.

Le personnage principal est incarné par Kad Merad. Souvent cantonné aux comédies, il effectue une performance à contre-emploi. Certains imaginaient mal l’acteur dans ce type de rôle, mais force est de constater que son interprétation est aussi surprenante que convaincante. Dans le rôle de cet homme politique sombre et tourmenté, le comédien nous montre une autre facette de son jeu. Son meilleur ennemi est interprété par Niels Arestrup,  plus coutumier de ce type de personnage. On se souvient entre autres de son rôle de directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères dans Quai d’Orsay (2013). Dans le rôle du Président Francis Laugier, prêt à tout pour nuire à son adversaire de l’ombre, il nous livre une fois de plus une interprétation très juste. Au centre de ces deux personnages, l’ambitieuse conseillère politique de Francis Laugier, Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis). Celle-ci sera d’ailleurs bientôt tiraillée entre sa fidélité au Président de la République (la conduisant à accepter le poste de première secrétaire du PS) et sa liaison naissante avec Philippe Rickwaert.

Le Président Francis Laugier et Philippe Rickwaert
Le Président Francis Laugier (Niels Arestrup) et Philippe Rickwaert (Kad Merad)

Une peinture du paysage politique français 

Au-delà de l’histoire que nous conte Baron Noir, il semble que les scénaristes aient voulu ancrer la série dans un cadre réaliste. Résultat, le récit peint à merveille la scène politique française mais aussi et surtout les divisions internes qui secouent le Parti socialiste. D’un côté, Philippe Rickwaert, revendiquant ses origines populaires, se pose en défenseur de la cause ouvrière. Il va même jusqu’à s’affranchir des codes vestimentaires en vigueur à l’Assemblée nationale, en enfilant un bleu de travail pour y défendre la cause des lycéens de baccalauréat professionnel. De l’autre côté, des personnalités telles que l’énarque Amélie Dorendeu, issue de la haute bourgeoisie parisienne. Le député-maire  ne semble plus être en phase avec une frange de son camp et dénonce d’ailleurs l’oubli des racines traditionnelles de son parti.  Cela n’étant pas sans rappeler les querelles entre aile gauche et aile droite du parti au gouvernement, Baron noir se veut être un juste reflet des réalités politiques actuelles.

Mais entre affaires de manipulation et de corruption, on pourrait reprocher aux scénaristes d’avoir accordé une place trop importante à la politique politicienne et de donner de ce fait une image peu glorieuse de la scène politique française. Alors Baron Noir fait-il vraiment la part belle à l’adage « tous pourris » ? Les avis peuvent être nuancés. Certes, la série donne une place importante au machiavélisme, avec des combines politiques plus inimaginables les unes que les autres, mais elle accorde aussi une place réelle aux sujets de société et aux idées. De nombreux sujets sociétaux et sociaux sont illustrés en toile de fond : les fermetures d’usine et leurs impacts sur les économies locales, la dévalorisation des bacs professionnels.

Le Nord : toile de fond des restructurations sociales françaises

La délocalisation de l’action dans la ville de Dunkerque (Nord) permet d’atténuer le côté stato-centré du récit en mettant en scène la politique locale et ses enjeux, qui plus est dans un territoire industrialisé. On quitte fréquemment les dorures du palais présidentiel pour le beffroi de l’édile nordiste. Le choix du Nord comme lieu de l’action n’est d’ailleurs pas anodin. L’un des deux scénaristes, Eric Benzekri, affirme à ce propos dans Télérama: « Le Nord est emblématique, c’est un monde qui était structuré par la classe ouvrière, l’industrie, le maillage du territoire par les syndicats et les partis. Tout ça s’est effondré. Nous avons changé d’époque ». Territoire historiquement de gauche, le choix de cette région paraît judicieux pour mettre en scène « l’ancien PS », proche de certains mouvements syndicalistes et de tradition ouvrière, que semble incarner Philippe Rickwaert. Ce territoire victime de la désindustrialisation permet aussi de mesurer la difficulté pour cet élu de défendre ses administrés et ses valeurs, face à la nécessité de prendre en compte de nouvelles réalités dont celle de la restructuration du monde social. Immanquablement, la série évoque aussi la montée du Front National dans une zone sinistrée par la destruction d’emplois.

RhKwz Vous l’aurez compris, Baron Noir évite donc le piège du tout politicien !

Une filiation avec House of Cards ?

Les aficionados de la série américaine pourront trouver une ressemblance entre les parcours de Philippe Rickwaert et Franck Underwood. Les deux personnages se retrouvent confrontés à la même situation. Tous deux trahis et lâchés par leurs mentors. Tous deux animés par une soif de vengeance. De la même manière que son homologue américain, la vie de Philippe Rickwaert est donnée à voir. L’idée est d’apporter un aspect plus intimiste à la série. Les scénaristes tentent aussi par ce biais d’apporter un visage plus humain au personnage principal, notamment lorsqu’on le voit dans la sphère privée avec sa fille. Ce procédé n’est pas sans rappeler House of cards où Underwood, confronté à des problèmes de couple, montre une once de sensibilité. Aussi, cette plongée dans l’intimité a le mérite de nous montrer ce à quoi peut ressembler la vie d’un homme se consacrant pleinement à la  politique, aspect qui peut cette fois-ci nous faire penser à la représentation de la vie privée de la première ministre danoise, Birgitte Nyborg dans Borgen. Les liens affectifs et sentimentaux s’entremêlent donc aux trahisons, vengeances et coups bas qui forment malgré tout l’essence de la série.

La fin de saison s’annonce riche en bouleversements… A force de mensonges et de trahisons, Laugier et Rickwaert pourraient bien finir par tomber ensemble… Une saison 2 est prévue. Ironie du sort, le tournage aura lieu pendant la campagne présidentielle de 2017. Mais alors simple coïncidence ? On peut en douter. De la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas avec Baron Noir…

Clémence BUYEL

Mis à jour le 6 mars 2016

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