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Brexit : goodbye Britain ?

Face à l’euroscepticisme grandissant outre-Manche, David Cameron avait annoncé qu’en cas de victoire en 2015, il proposerait un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Aux élections de mai 2015, David Cameron obtient la majorité : chose promise chose due, le 20 février 2016, David Cameron annonçait devant le 10 Downing Street, la tenue du référendum pour le 23 juin prochain. Favorable au maintien de son pays dans l’UE, le Premier Ministre s’engage alors dans une course contre la montre : il lui reste deux mois pour convaincre son camp conservateur, loin d’être unanime sur la question. Du côté de l’opinion publique britannique, les tensions sont également palpables. Selon le dernier sondage du Financial Times, 42% des électeurs britanniques seraient pour une sortie de l’UE, alors que 43% seraient favorables au maintien du Royaume-Uni dans l’UE. 15% des électeurs resteraient indécis.

Contraction de « british » et « exit », c’est sur ce thème du Brexit que l’association Visions d’Europe a organisé une conférence le 19 avril dernier. Olaf Henricson-Bell, conseiller AFE de l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris ; Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Delors ; ainsi que Catherine Mathieu, économiste de l’OFCE étaient invités à débattre sur ce sujet et ses enjeux.

Le Royaume-Uni, gagnant ou perdant de son adhésion à l’Union européenne ?

Etait-ce une bonne idée de rejoindre l’UE ? Nul doute, pour Henricson-Bell, conseiller AFE de l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris : « Oui clairement. Au niveau économique, culturel, au niveau de la sécurité. La meilleure décision serait de rester ». D’ailleurs, même si le choix est confié aux citoyens, le gouvernement fait campagne pour rester.

Mais dans la tête de certains Britanniques, la réalité est tout autre. Bertoncini nous rappelle que cette question de savoir si le Royaume-Uni est gagnant ou non de son adhésion se pose depuis les prémices. A peine deux ans après l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE, un référendum a déjà lieu. En réalité, ce n’est pas la construction européenne qui a apporté la paix au Royaume-Uni. Les Britanniques ont l’impression de s’être défendus seuls face au nazisme (contrairement à l’Espagne ou à la Grèce par exemple). Ce n’est pas l’UE qui a amené l’Etat de droit et la démocratie au Royaume-Uni, ni l’économie de marché. Cette oscillation des Britanniques par rapport à l’UE répond à une logique d’optimisation, un permanent calcul coût-avantage. Ca n’a jamais été une histoire d’amour avec l’UE. Si on suit cette logique d’optimisation, l’adhésion à l’UE, permettant l’entrée dans une Europe de libre-marché, le Royaume-Uni a alors tout à gagner de son adhésion selon Catherine Mathieu. D’ailleurs, le gouvernement britannique vient de sortir un document de 200 pages sur l’analyse du trésor public britannique : si le Royaume-Uni quitte l’UE, le coût sera de 4.300£ par famille à l’horizon 2030.

Débat passionnel entre Olaf Henricson-Bell et Catherine Mathieu
Débat passionnel entre Olaf Henricson-Bell et Catherine Mathieu

On perçoit alors une tension entre la vision francophone de Catherine Mathieu selon laquelle ce serait l’intérêt économique qui guiderait les Britanniques, et de l’autre côté la vision britannique de Henricson-Bell. Pour ce dernier, certes le Royaume-Uni tient à sa souveraineté. Mais il réfute l’idée selon laquelle les britanniques seraient guidés par leur intérêt et le marché unique. L’UE, c’est bien plus qu’un marché.

Cameron face à la division de son propre camp conservateur

Parmi les vingt-neuf Ministres, six sont pour la sortie. Mais le Parti conservateur n’est pas divisé aujourd’hui, à cause de l’Europe. Cela fait 20 ans qu’il est divisé et sur plusieurs thèmes. Ce clivage a au moins deux vertus selon Catherine Mathieu. D’abord cette vision plus ouverte évite aux membres de parti de devoir prétendre qu’ils sont unanimes sur la question. Ensuite, la division c’est quelque chose de très démocratique : on débat et on interroge les individus directement concernés, la population. La question du Brexit transcende les partis et même parfois un même individu : alors qu’en 1975, Corbyn (actuel leader du Labour), avait voté pour la sortie du Royaume-Uni, il est actuellement favorable à l’UE, car rester dans l’UE signifie rester dans une forme de protection sociale plus développée.

L’enjeu de l’immigration et la frontière Calais-Douvres, quel avenir pour les accords du Touquet ?

Les accords du Touquet signés en 2003 entre la Grande-Bretagne et la France sont des accords techniques. Il s’agit à la fois de renforcer et de faciliter les contrôles dans les ports. Renforcer : car des contrôles communs sont mis en place. Faciliter : car les agents anglais peuvent faire des contrôles en France et les agents français au Royaume-Uni. En quelques sortes, cela revient à déplacer les frontières. En tout cas, cela crée des enclaves où chacun applique sa propre législation. Les agents qui ne sont pas dans leurs pays, les Britanniques à Calais, par exemple, doivent vérifier que les candidats à l’immigration remplissent les conditions pour rentrer en Angleterre. Ils peuvent retenir un migrant en France pendant vingt)quatre heures.

Or, en France, certains politiques et notamment le Front national ou encore Les Républicains avec Xavier Bertrand, Président de la région Hauts-de-France, veulent utiliser le Brexit comme une opportunité pour renégocier les accords du Touquet. Ils veulent réinternaliser le problème de Calais au Royaume-Uni en cas de Brexit. Mais d’un point de vue juridique, et puisqu’il s’agit d’un Traité bilatéral entre la France et le Royaume-Uni, un brexit n’aurait aucune conséquence juridique sur le Traité.

Entre euroscepticisme et europhobie en Europe : quelles conséquences sur les autres pays en cas de Brexit ?

Yves Bertoncini,
Yves Bertoncini, « L’euroscepticisme est d’humeur, l’europhobie est de volonté »

« L’euroscepticisme est d’humeur, l’europhobie est de volonté » déclare Bertoncini. L’euroscepticisme aujourd’hui en Europe est très important. Il est multiple et contradictoire. L’euroscepticisme a émergé chez certains individus car ils refusaient d’aider les Grecs par exemple, alors que d’autres sont devenus eurosceptiques en refusant l’austérité. On a donc un euroscepticisme contre la solidarité et un autre contre l’austérité. Puis il y a un « euroscepticisme d’humeur », explique Bertoncini. Un euroscepticisme qui n’est que temporaire et que chaque citoyen européen peut ressentir par moment. Mais l’europhobie, quant à elle, est beaucoup plus stridente. C’est la haine de l’Europe. On sort de l’Europe car on la déteste. Bertoncini affirme « pour avoir visité la Pologne et la République Tchèque, je peux dire que ces pays sont eurosceptiques, mais ils ne sont pas europhobes ».

L’euroscepticisme est-il seulement d’humeur au Royaume-Uni ? Ou alors faut-il parler d’europhobie ? La réponse le 23 juin prochain.

Julie Versmisse

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