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Justin Trudeau : une révolution politique outre-Atlantique ?

Six mois à peine après son investiture, le Premier ministre canadien a déjà décidé d’abroger la déchéance de nationalité et d’accueillir près de 25000 migrants syriens dans son pays. A contre-courant de ses homologues, Justin Trudeau a t-il marché sur la tête ou seraient-ce les prémices d’une révolution politique outre-Atlantique ?

Scène à première vue surréaliste, l’été dernier, dans les rues de Montréal. Soulevant un bébé à la force du bras, le Premier ministre canadien ne fait pourtant rien d’étonnant, ou plutôt rien qui puisse étonner tout Canadien. Athlétique, Justin Trudeau n’en est en effet pas à son coup d’essai lorsqu’il s’agit de se mettre en scène devant les caméras. Passionné de yoga, marié à une professeure de yoga et fils d’un yoguiste convaincu, Justin Trudeau avait déjà adopté la « posture du paon » dans l’enceinte même du Parlement canadien. Le cliché, qui date de 2013, a fait le tour du monde en mars dernier grâce aux réseaux sociaux, et a propulsé le chef du gouvernement canadien au stade de véritable curiosité politique.

Justin Trudeau accueille des réfugiés syriens à l'aéroport de Toronto, 11 décembre 2015, Mark Blinch (Reuters)
Justin Trudeau accueille des réfugiés syriens à l’aéroport de Toronto, le 11 décembre 2015. Source : Mark Blinch (Reuters)

Il faut dire que Justin Trudeau a de quoi surprendre. Élu en novembre 2015, il n’aura fallu que six mois au Premier ministre libéral pour se faire remarquer. Politiquement d’abord, ses choix peuvent surprendre. Alors que l’Union européenne se déchire sur la question des migrants, tergiversant sur le sort qui leur sera réservé, il fait la promesse début 2015 d’accueillir sur son sol 25000 réfugiés syriens. Le 28 février dernier, le 25000ème Syrien a atterri à l’aéroport de Montréal. Dans le domaine sécuritaire, alors que plusieurs pays renforcent leurs arsenaux militaires et multiplient les mesures pour contrer la menace terroriste, à l’image de la France ou de la Hongrie, Justin Trudeau choisit d’abroger la déchéance de nationalité pour les Canadiens binationaux coupables d’actes de terrorisme. Cette mesure devrait être examinée par le Parlement canadien dans les prochains mois. Enfin, le 22 février dernier, alors que la coalition internationale contre le terrorisme islamiste s’intensifie au Proche-Orient, le Premier ministre décide de suspendre les frappes aériennes canadiennes contre le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Un gouvernement exemplaire

Il n’en fallait pas plus pour que l’approche politique de Justin Trudeau, à contre-courant de celle de ses homologues, signe un coup d’éclat majeur sur le plan international. Mais pour les Canadiens aussi, cette politique s’apparente à un véritable pied de nez aux politiques antérieures. L’accueil de migrants syriens et l’abrogation de la déchéance de nationalité inscrivent l’actuel Premier ministre dans une rupture majeure face aux mesures sécuritaires déployées par son prédécesseur, le conservateur Stephen Harper. Et l’exemplarité du gouvernement Trudeau en est à ce titre une autre illustration. Quinze hommes et quinze femmes ont été nommés par le nouveau Premier ministre,  rétablissant la parité du gouvernement canadien qui ne comptait que douze femmes sous la mandature Harper. Car Justin Trudeau a fait de l’égalité et de la diversité les maîtres-mots de son mandat. Trois ministres d’origine indienne, dont le ministre de la Défense Harjit Singh Sajjan, une ministre autochtone, la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, et un ministre en fauteuil composent symboliquement le cabinet canadien.

Mais que se cache t-il derrière ce qui s’apparente à une véritable révolution politique et derrière ce personnage aussi exemplaire qu’atypique ? A première vue, rien ne semble perturber l’image du jeune Premier ministre. Âgé de seulement 44 ans, son charme a su conquérir ces dames et son passé de videur de boîte de nuit et professeur dans le secondaire ont bâti son originalité. Et si sa politique tranche avec celle des autres, il n’est pas prêt d’en changer : Justin Trudeau compte même dépénaliser l’usage de cannabis d’ici 2016 ou 2017.

Une histoire de famille

Justin Trudeau aux funérailles de son père Pierre Eliott Trudeau, Montréal, 3 octobre 2000
Justin Trudeau aux funérailles de son père Pierre Eliott Trudeau à Montréal le 3 octobre 2000. Source : Paul Chiasson (CP)

Pour trouver des failles à ce drôle de personnage, il suffit de se plonger quelques années en arrière. Car Justin Trudeau n’est pas entré en politique comme un vulgaire soldat. Ce 3 octobre 2000, c’est lorsqu’il prononce l’éloge funèbre de son père, Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre du Canada de 1968 à 1979 puis de 1980 à 1984, qu’il entre malgré lui, par cet hommage national, dans le champ politique. Dès lors, comment ne pas comparer la politique de l’un et la politique de l’autre alors que leurs destins semblent peu à peu se chevaucher ?

Car Pierre Elliott Trudeau, au-delà d’avoir précédé son fils comme un inconditionnel de la « posture du paon », a aussi mené en son temps une politique téméraire. Libéral convaincu, il a pu, lui aussi, marcher sur la tête aux yeux de ses compères. Légalisant le divorce, décriminalisant l’avortement et l’homosexualité en tant que ministre de la Justice, il a aussi aboli la peine de mort en tant que Premier ministre du Canada, en 1976, à une courte majorité de députés. Ces choix, aussi percutants que contestés, ont renforcé l’image du Canada sur la scène internationale et peuvent d’une certaine façon être rapprochés de l’histoire politique, encore toute fraîche, du fils aîné de la famille Trudeau.

Révolution ou folie

Mais ce serait oublier trop vite les fissures de ces politiques audacieuses. Car si Pierre Elliott Trudeau, à l’image de son fils, a suscité l’admiration ou l’ire de ses pairs par ses prises de position, il semble en avoir oublié les limites techniques. Son héritage s’est ainsi traduit par un lourd creusement du déficit des finances publiques canadiennes, qualifié de désastre pour la plupart des experts. Le nombre de chômeurs a été multiplié par cinq, atteignant en 1984 1,4 million de sans emploi, et le taux de chômage est passé de 4,3% à 11,7% entre 1968 et 1984. Et du côté de Justin Trudeau la question se pose activement : le déficit affiché pour le moment par le gouvernement Trudeau est trois fois plus élevé que celui annoncé durant la campagne des Libéraux en novembre 2015.

Mais qu’importe, le chef du gouvernement canadien souhaite privilégier l’humain : « Ce n’est pas un calcul mathématique mais de l’argent investi dans la vie des gens » disait-il le 23 mars dernier à la presse canadienne. De quoi rendre optimiste. Mais révolution politique ou folie nostalgique, il reste que Justin Trudeau devra faire ses preuves et garder un œil sur l’économie. Son image d’exemplarité et d’excentricité séduit mais peut aussi lasser. Pour l’instant, les Canadiens observent. Après tout, ils ont accordé seize années à son père pour voir leur pays changer. Peut-être aura t-il droit à la même faveur.

Valentin Dépret

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