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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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God Went Surfing with the Devil

« Tout est politique ». Le surf, dont les valeurs s’incarnent dans la liberté et le partage, n’échappe pas à la règle.

God

Rapprocher israéliens et palestiniens autour d’une même passion, tel est le projet qui a motivé Arthur Rashkovan et Matthew Olsen, les deux surfeurs à l’origine de Surfing 4 peace. Un projet, une initiative ? La définition de ce mouvement reste floue mais tout commence le 21 août 2007, lorsque Dorian « Doc » Paskowitz se présente au check-point d’Erez, principal point de passage reliant Israël à la bande de Gaza, et parvient à faire passer quatorze planches de surfs à de jeunes palestiniens. Un don de quelques Surf-shops israéliens envers la communauté palestinienne qui ne passera pas inaperçu, très largement relayé par la presse internationale. Un an plus tard, le mouvement Surfing 4 peace tente de réitérer l’expérience, mais la situation entre les deux populations s’est encore détériorée. Entre temps, Alexander Klein, ancien skateur pro et ami d’Arthur Rashkovan, décide de partir avec le petit groupe pour filmer cette « aventure ». Le résultat est étourdissant, un reportage de 80 minutes sortie en 2011 qui nous plonge au cœur du conflit israélo-palestinien avec comme angle de vue le surf. Très vite on prend conscience que la glisse n’est simplement que le prétexte d’un projet plus large, un projet humain et passionné. Au-delà du sport, on découvre les portraits d’Israéliens, d’Arabes israéliens, et de Palestiniens confrontés au même conflit, leurs témoignages sont poignants, authentiques, tous rêves de voyages et de surf. On ne ressent pas la volonté de la part du reporter de filmer les horreurs du conflit, non, il filme le quotidien. Quotidien malheureusement rythmé par la guerre intestine qui oppose les deux nations, et le reportage reproduit ce même rythme, entrecoupant ses séquences par l’annonce de faits-divers liés au conflit.

Après avoir découvert la communauté de surfeurs de Tel-Aviv, le petit groupe nous emmène à la rencontre des surfeurs de Jaffa, municipalité arabe de la ville. On fait la rencontre de Mofeed et Mahmoud, deux jeunes locaux de quatorze et treize ans qui préfèrent se tourner vers la mer et le surf plutôt que de se perdre à trainer dans la rue. En quelques plans, on découvre la ghettoïsation des Arabes israéliens. De la bouche de ces jeunes adolescents la situation paraît implacable : « ils ont leurs propres quartiers ». Le périple nous conduit maintenant à Ashqelon, plus au Sud encore. Ici, les bombes gazaouies s’écrasent au quotidien. La population est confrontée à des frappes palestiniennes aléatoires. Personne et donc tout le monde est visé à la fois. Aucun habitant d’Ashqelon ne connaît pas un-e ami-e, un-e proche, une connaissance, blessé-e par un éclat de bombe. La ville ne se situe qu’à dix minutes de voiture de la bande de Gaza, nos surfeurs humanitaires se rapprochent de leur but.  Les planches qu’ils espèrent livrer dans la bande de Gaza sont logiquement refusées au check-point d’Erez, ne pouvant entrer que les biens à vocation humanitaire. Ils décident tout de même d’aller au bout de leur expédition et s’arrangent pour bénéficier de laissez-passer afin d’entrer en territoire palestinien. Prenant tous les risques, ils rencontrent les surfeurs locaux et leur distribuent du matériel en attendant de pouvoir livrer les planches. Arthur et Matthew rentrent alors en Israël non sans avoir eu quelques soucis avec la milice locale. Leur périple touche à sa fin mais leur but premier n’a pas été atteint et il faudra attendre août 2010 pour que les surfs arrivent enfin à destination.

Depuis, un club de surf s’est créé à Gaza et une antenne européenne de l’association a été créée afin d’organiser des échanges culturels et sportifs. Il s’agit de programmes d’une à deux semaines réunissant des jeunes principalement issus de la Méditerranée pour surfer, partager et se découvrir. Dans notre monde, où trop de choses nous éloignent, Surfing 4 peace tente donc de revenir à l’essentiel et s’efforce de créer du lien autour d’une passion commune car sur l’eau, les étiquettes s’effacent, et les différents se noient.

Mathieu Muller

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