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Juste la fin du monde, un huis clos familial bouleversant

Deux ans après Mommy, le cinéaste québécois Xavier Dolan fait son grand retour au cinéma avec son sixième film, Juste la fin du monde.

Le rapport à l’autre, un motif omniprésent

Xavier Dolan fait partie de ces réalisateurs qui aiment à insuffler une constante dans leurs films. Chez Dolan, ce sont les relations familiales, le rapport souvent conflictuel aux autres et en particulier aux proches, qui sont scrutés, analysés, évoqués à chaque film. La complexité pour les personnages de se dire les choses en face et le secret qui découle de ce silence plus ou moins prolongé sont toujours placés au cœur de l’intrigue. Un triangle amoureux dans Les Amours imaginaires. La nécessité d’un changement de genre dans Lawrence Anyways. Une relation brutale et malsaine dans Tom à la ferme.

Et puis, enfin, surtout, la difficile relation d’une mère avec son fils – ou d’un fils avec sa mère. Après J’ai tué ma mère et Mommy, primé à Cannes, c’est au tour du dernier-né des Dolan de se prêter à l’épineuse démonstration.

« Qu’un déjeuner en famille » 

« Douze ans. Et tout à coup, l’idée d’un déjeuner. Rattraper le temps perdu… Non. Prévenir du temps qui reste ».

Un fils qui n’a pas vu sa famille depuis douze ans. Quelques lettres pour les grandes occasions, mais jamais de contact physique. Et puis ce fameux dimanche, le fils prodigue est de retour. S’ouvre alors une journée qui va prendre des allures de drame.

En l’espace de quelques heures, c’est la famille entière qui implose.

13173381_1714944408783296_2852281207375697430_oLouis (Gaspard Ulliel) est un artiste. Louis est un rêveur, un indépendant. Parti de chez lui à cause d’un mal-être initial qui n’avait pas sa place au sein de cette famille. Et pourtant il revient, pour annoncer une nouvelle : celle de son départ, encore, mais un départ différent cette fois, un départ sans retour possible.

En l’espace d’une journée, Louis va tenter de se rapprocher de sa famille si longtemps délaissée. Mais entre une sœur qu’il n’a pas vu grandir, un frère qui a évolué sans lui, une belle-sœur inconnue et une mère délaissée, il fait figure d’étranger dans ce quatuor bancal mais uni. En partant, Louis a perdu sa place. Et personne ne sait pourquoi il revient. Pis encore, sa présence n’est pas souhaitée. Tout au long de cette journée, cet abandon va sans cesse être reproché à Louis, par les mots, par la force, avec violence. La façade initiale des joyeuses retrouvailles se fissure rapidement pour laisser place à la colère, à la peur, à l’incompréhension.

Un casting trois étoiles

Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel. Les monstres sacrés du cinéma français, tous réunis pour camper une même famille.

Au-delà de leur renommée, le film impressionne par la justesse et la puissance de leur jeu, individuellement comme collectivement. Vincent Cassel, c’est le grand frère un peu dur, un peu violent, un peu macho. Marion Cotillard, la femme presque effacée, en retenue, elle aurait tant de choses à raconter, mais elle n’arrive pas à tout exprimer. Léa Seydoux, c’est la petite soeur, la vingtaine un peu perdue, elle voudrait bien partir mais elle reste là, toujours. Nathalie Baye enfin, c’est la mère qui n’arrive plus à contenir ses enfants, qui ne les comprend plus. Elle essaye bien, mais elle est dépassée.

Et puis, Gaspard Ulliel. Un Louis plus vrai que nature : une voix grave mais un peu fragile en même temps, des grands yeux bleus qui se remplissent de larmes, l’espoir de renouer, la volonté de préserver les gens tout en se sacrifiant lui.

Du théâtre au cinéma : une seule origine, Jean-Luc Lagarce

Juste la fin du monde est en fait adaptée de la pièce de théâtre du même nom, écrite en 1990.

Son auteur, Jean-Luc Lagarce, nait en 1957. Très vite passionné d’art, il poursuit des études d’art dramatique et fonde en parallèle sa propre troupe amateur, la Roulotte. Il va même jusqu’à abandonner ses études pour se consacrer exclusivement au théâtre. Il mourra jeune, trop tôt, à 38 ans, touché par le sida. Il est actuellement l’auteur contemporain le plus joué en France.

Toute son oeuvre est très fortement imprégnée d’éléments autobiographiques : dans la plupart de ses pièces, le personnage principal se veut un double de l’auteur. Ses écrits rendent compte de son intimité, de son homosexualité, de son combat contre la maladie, ce qui rend son théâtre d’autant plus fort à lire, et maintenant à voir, en plus de la scène, sur grand écran.

Alexandra Jouanneau

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