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Primaire écologiste : comment ça marche ?

L’élection présidentielle aura lieu dans désormais moins de sept mois. Pour désigner les candidats, trois primaires successives seront organisées. C’est la primaire Europe Ecologie-Les Verts qui ouvre le bal. Les deux tours se tiendront le 19 octobre et le 7 novembre, afin de départager les quatre candidats en lice. C’est sans doute la moins médiatisée des trois primaires, alors rien de mieux qu’une petite explication sur son fonctionnement, ses candidats et sa place dans la présidentielle.

 

Comment ça marche ?

Pourquoi organiser une primaire de l’écologie ? L’idée a émergé suite à l’annonce de Nicolas Hulot de ne pas se présenter à l’élection présidentielle. Il apparaissait pourtant, pour beaucoup, comme le candidat naturel pour représenter l’écologie et nombreux sont ceux qui étaient éventuellement prêts à le soutenir : Cécile Duflot, Yannick Jadot, Noël Mamère ou encore Michèle Rivasi. Le parti a alors dû se réunir en vitesse pour fixer les modalités d’une primaire. Cécile Duflot, opposée à sa tenue, espérait être la candidate du parti. Malheureusement pour elle, les positions parfois trop clivantes qu’elle avait pu tenir en tant que présidente de parti ont jouées en sa défaveur, au point de ne pas apparaître comme la candidate naturelle de l’écologie. Approuvé aux deux tiers par le conseil fédéral d’EELV, l’ancienne Ministre du logement a dû se résoudre à accepter les conditions de la primaire et à s’y porter candidate.

Comment être candidat à la primaire de l’écologie ? Comme pour celle de la droite, chaque candidat avait la tâche de réunir des parrainages : 36 conseillers fédéraux. Ces conseillers, au nombre de 240, siègent au conseil fédéral, l’équivalent d’un parlement interne au parti. Le nombre de parrainages permet d’avoir une primaire relativement ouverte. Les candidatures citoyennes étaient d’ailleurs les bienvenues. Malheureusement, l’appel n’a pas été entendu et seuls des candidats internes au parti se confronteront au suffrage. Ils sont au nombre de quatre : Karima Delli, Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi.

Qui peut voter ? 17 000. C’est le nombre de militants et de sympathisants inscrits pour participer à cette primaire. Un résultat en baisse, en comparaison de la primaire de 2011, où le nombre de votants avait oscillé entre 25 000 pour le premier tour et 22 000 pour le second tour. Cette primaire est avant tout destinée aux adhérents du parti, mais pas uniquement. Tout sympathisant écologiste était invité à s’inscrire, avant le premier octobre. Les conditions très larges du scrutin permettaient à tout citoyen français ou étranger, résidant sur le territoire français, âgé de seize ans ou plus d’y prendre part. Pour que l’inscription soit prise en compte, il ne fallait que deux choses : s’acquitter de la somme de cinq euros et signer la charte de la primaire.

Comment voter ? Contrairement à la primaire de la droite, pas de bureaux de vote. Tout se fait par correspondance. Le parti se charge d’envoyer le matériel nécessaire aux inscrits qui devront renvoyer leur bulletin de vote avant le 17 octobre pour le premier tour et avant le 4 novembre pour le second. Les dépouillements auront respectivement lieu le 19 octobre et le 7 novembre, date à laquelle le nom du candidat écologiste à la présidentielle sera connu.

 

Qui sont les candidats ?

Ils sont au nombre de quatre : Karima Delli, Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi. Retour sur leurs parcours et sur leurs propositions phares.

 

Karima Delli

Son parcours : Karima Delli a grandi à Tourcoing, dans le Nord. C’est à Sciences Po Lille qu’elle découvre la politique et où elle rencontre Marie-Christine Blandin, ancienne présidente de la région Nord-Pas de Calais, dont elle devient l’assistante parlementaire en 2004. Elle s’engage chez les Verts en 2005 et obtient son premier mandat en 2009 lors des élections européennes au côté de Daniel Cohn-Bendit et d’Eva Joly. Elle est aujourd’hui membre de la commission de l’emploi et des affaires sociales, et a permis l’adoption du « rapport Delli » sur le logement social en Europe. Parallèlement, elle est militante au sein des associations Jeudi Noir ou Sauvons les riches.

Quelques idées phares : Karima Delli est partisane d’une écologie sociale et populaire, au cœur de laquelle se trouve un revenu de base universel qui serait un complément de la protection sociale existante. Elle se déclare, par ailleurs, favorable à une réforme fiscale dont l’un des volets serait la taxation des plus riches jusqu’à 90%. Elle souhaite également la réduction du nombre de députés à 400 (au lieu de 577) et la disparition du Premier ministre au profit d’un vice-président en charge des affaires européennes. Sa priorité en matière d’écologie est de sortir du diesel dans les cinq ans à venir.

 

Cécile Duflot

Son parcours : Cécile Duflot a commencé son parcours dans les rangs de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, association qui travaille à l’insertion des jeunes dans la société et sur le marché du travail. Elle rejoint le parti Les Verts en 2001 et en devient la porte-parole en 2005. Elle entre dans la course à la présidentielle pour la première fois en 2006, lors de la primaire interne visant à l’investiture du candidat écologiste pour l’élection de 2007. Cécile Duflot restera secrétaire du parti de 2006 à 2012, jusqu’à sa nomination en tant que Ministre du logement et de l’égalité des territoires. À son actif, deux lois : la loi « Duflot I » et la loi ALUR. Elle est aujourd’hui députée de Paris.

Quelques idées phares : Cécile Duflot est favorable à l’introduction d’un revenu de base à hauteur de 1000 euros, mettant l’accent sur l’idée de redistribution. Concernant la réforme des institutions, elle propose le retour du septennat, qui serait en revanche unique. Elle prône la sortie du nucléaire et fixe l’objectif d’atteindre 100% d’énergies renouvelables en 2050, qui aurait pour conséquence de créer plus de 800 000 emplois, selon elle.

 

Yannick Jadot

Son parcours : Etudiant, Yannick Jadot participe à la contestation contre le projet de loi Devaquet (concernant la réforme des universités françaises). Entre 2002 et 2008, il a été directeur des campagnes pour Greenpeace France. Il démissionne pour rejoindre les rangs d’Europe Ecologie-Les Verts et se lance dans la campagne pour les élections européennes. Il est élu député européen en 2009, et est réélu en 2014. Lors de la primaire écologiste de 2011, il a été porte-parole d’Eva Joly, avant d’entrer en désaccord avec elle concernant les relations à entretenir avec le Parti socialiste. Il a également participé au Grenelle de l’environnement. Yannick Jadot avait lancé un appel pour l’organisation d’une grande primaire de la gauche et de l’écologie, afin de lutter contre les fractures de la gauche.

Quelques idées phares : Yannick Jadot est favorable à la mise en place d’un revenu de base de 500€ en lien avec la relance de l’économie, avec un plan d’investissement à hauteur de 6% du PIB. Il s’est déclaré favorable à une réduction des pouvoirs du chef de l’Etat et à l’introduction d’un parlement élu à la proportionnelle. Sa priorité en tant qu’écologiste est la sortie des énergies fossiles et le recours aux PME pour se tourner vers les énergies d’avenir.

 

Michèle Rivasi

Son parcours : Michèle Rivasi est partie la première en campagne, en appelant à l’organisation d’une primaire écologiste dès l’été 2015. Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure et professeur agrégée de sciences naturelles, elle est une militante écologiste depuis sa jeunesse. Suite à la catastrophe de Tchernobyl, elle avait fondé la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Elle a été directrice de Greenpeace France entre 2003 et 2004, après avoir perdu son siège députée de la Drôme qu’elle occupait depuis 1997. En 2009, elle est élue députée européenne et est réélue en 2014.

Quelques idées phares : La justice sociale est au cœur de l’engagement de Michèle Rivasi, qui se déclare elle aussi favorable à l’introduction d’un revenu de base. Elle souhaite donner davantage de pouvoir au Parlement, aux dépens du chef de l’Etat, ainsi que l’introduction d’une nouvelle constitution visant à moraliser la vie politique. Son militantisme anti-nucléaire, qui l’anime depuis les années 1980, marque ses positions écologistes : fermer les centrales nucléaires est sa priorité.

 

Le projet écologiste saura-t-il se faire entendre ?

En regardant de près les programmes des quatre candidats, il est aisé de se rendre compte qu’ils ne sont pas si différents. Les deux débats successifs qui les ont opposés ont bien prouvé que les différencier était une tâche ardue. Certains sont un poil plus à gauche, d’autres un poils plus à droite. Certains sont pour l’unité de toute la gauche, d’autres rejettent toute alliance avec le Parti socialiste. Les seules réelles distinctions se font sur des détails concernant la mise en œuvre de propositions qui font l’unanimité. En réalité, la primaire Europe Ecologie-Les Verts n’a pas pour but de faire émerger un projet, comme à droite où personne ne propose la même chose. Non, chez les écologistes, on recherche davantage une personnalité pour incarner un projet commun, quelqu’un capable de porter la voix de l’écologie pendant la campagne et l’élection présidentielle.

Malheureusement, pour les écologistes, leur primaire n’est absolument pas médiatique. Contrairement à la droite où tout le monde s’écharpe, l’absence totale de polémiques et de contradictions entre les quatre candidats les dessert, de façon plus que paradoxale. Le parti souffre d’un déficit de visibilité encore plus grand depuis le départ d’une bonne partie de leurs membres, sur la possibilité d’un ralliement au gouvernement. Le peu de figures médiatiques ont quitté les rangs du parti. Aujourd’hui, à part Cécile Duflot peut-être, aucun des candidats n’est très exposé et connu du grand public.

C’est d’autant plus malheureux pour le parti que leur faible exposition les condamne à avoir une voix presque inaudible dans la future campagne présidentielle. Le projet est certes là. Mais si personne ne peut l’incarner et le porter face aux champions de la communication et des petites phrases des autres partis, le projet mourra. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Yannick Jadot, pourtant candidat à la primaire, qu’il n’imagine pas un président écologiste en 2017, craignant même de ne pas pouvoir réunir les 500 parrainages nécessaires à la candidature. Entre la droite et la gauche qui reprennent à leur compte les thématiques écologistes, et des débats sécuritaires et identitaires qui occupent tout l’espace médiatique, la marge de manœuvre est restreinte. Cette primaire d’Europe Ecologie-Les Verts risque malheureusement de se dérouler dans l’ignorance et l’indifférence la plus totale.

Damien Cottin

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