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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Dernier train pour Busan : ce qu’il faut savoir avant d’embarquer

Encore une catastrophe écologique qui a pour conséquence d’avoir créé des monstres. Encore un exode qui remet en cause le visage démaquillé de l’humanité. Encore une good ending qui fait pleurer beaucoup de spectateurs. Enfin, de spectatrices…

SPOILER ALERT : Cet article contient de cruciaux éléments se rapportant au film abordé. Il est donc suggéré que vous alliez le voir, si cela vous est indispensable, avant de continuer la lecture.

Dans son dernier film, le réalisateur sud-coréen Yeon Sang-Ho nous emmène dans un trajet terrifiant : le gestionnaire d’actifs Seok-Yoo, en compagnie de sa fille, est monté à bord du KTX (le TGV coréen) pour Busan. En même temps des agressions violentes se propagent partout dans le pays. Il s’agit en effet d’une crise écologique suite à la fuite d’un virus meurtrier qui transforme les habitants en zombies enragés. Avant que les passagers puissent s’apercevoir du sérieux de la situation, le dernier train roule déjà pour Busan, ville côtière et l’unique sanctuaire sécurisé. Ce train n’est cependant pas une arche de Noé moderne : une femme contaminée parvient à sauter à bord du train au dernier moment avant le départ…

Ce film d’horreur a sans aucun doute enregistré un très bon succès : dès sa sortie cet été il a généré des millions de dollars de recettes dans les box-offices sud-coréens. Il fait désormais partie des films dits « dix-millions » dans ce pays péninsulaire, c’est-à-dire des films qui attirent plus d’un cinquième de la population sud-coréenne au cinéma.

Sur le plan international, Dernier Train pour Busan a fait l’objet des critiques favorables, sa note sur Allociné et sur IMDB ayant respectivement atteint 4,2 sur 5 et 7,7 sur 10. Côté Asie, monsieur le réalisateur Yeon, ainsi que son film, sont tout de même hautement appréciés par leurs voisins. Un internaute chinois a par exemple écrit sur Douban, communauté virtuelle chinoise fréquentée par des cinéphiles : « encore une décennie que l’on a en retard par rapport aux Coréens. »

Les succès du film ne se limitent cependant pas aux chiffres. Il a en effet fait sensation au Festival de Cannes en mai dernier et a enthousiasmé le public de la Séance de minuit. Le réalisateur s’est d’ailleurs débarrassé, à certains niveaux, du stéréotype des films d’horreur : il sait maintenir les spectateurs dans la salle de projection et évite en même temps les scènes excessivement sanglantes qui saturent la plupart des films abordant le sujet des morts-vivants. Ce cinéaste doué tente également d’engager une sous-narration à pleine empreinte de terreur : celle de la fustigation des stratégies gouvernementales face à une crise publique et de la rédemption de l’humanité face à l’apocalypse.

Mais c’est précisément de ce fait qu’émergent les contestations. Comme dans tant d’autres films sud-coréens, cette narration secondaire est si ostentatoire qu’elle condamne, à travers les paroles d’une fillette n’ayant même pas le droit de voyager toute seule, l’égocentrisme individuel et le manque d’attention parentale. Ce qui constitue d’ailleurs une contradiction assez risible étant donné que la petite est censée incarner l’innocence du genre humain.

Faute de la véracité accordée aux petits détails dans l’intrigue, ce genre de brusquerie n’est malheureusement pas rare dans le récit. De la femme enceinte qui court plus vite que les morts-vivants affamés à la vieille dame qui se zombifie en souriant, sans oublier le lycéen-baseballeur qui ne ferme quasiment pas la porte derrière lui pour que les monstres ne le rattrapent plus, ce blockbuster regorge de points faibles à renforcer avant de pouvoir prétendre l’être à juste titre.

Un autre problème du film, plus gros, réside pourtant dans le portrait des personnages qu’il dresse. Gestionnaire d’actifs indifférent, homme d’affaires égoïste, mendiant au grand cœur qui finalement se sacrifice pour les autres … Ces silhouettes reflètent les différents membres de nos sociétés, certes, mais ce choix rend finalement le long-métrage stéréotypé, ses personnages plats et peu convaincants.

On peut d’ailleurs souligner la manipulation des personnages par le réalisateur. Dans Dernier Train pour Busan les personnages n’existent malheureusement que pour une seule raison : celle de servir à l’intrigue déjà fixée, alors que cela devrait plutôt être dans l’autre sens. Dans un récit, ce sont les différents personnages qui déclenchent les évolutions de l’histoire et font développer la narration. Ce qui explique la présence des contradictions dans le film : si la fillette sait éclairer à son papa la vraie cause de l’échec de son mariage, c’est justement parce que le réalisateur a besoin de quelqu’un d’angélique pour apporter cette édification, même si cette leçon morale semble dépasser largement la compétence d’une élève à l’école primaire…

La bataille entre les personnages et leur créateur n’est toutefois pas apparue du jour au lendemain. Jacques le fataliste sous la plume de Denis Diderot nous a en effet déjà dévoilé la domination de l’auteur par rapport à ses marionnettes : « Tout ce qui nous arrive ici-bas est écrit là-haut », ou là sur le scénario, dans notre cas précis. Cela dit, sachant qu’en écrivant ce roman Diderot vise en fait à parodier la majorité de ses contemporains, il n’est donc plus étonnant de voir ce soit-disant fataliste mener une vie peu conformiste, qui, en contrepartie, dépeint son vrai portrait. De la même manière, ce long-métrage devrait emboîter le pas des grands précédents et chercher à mieux développer ses personnages au lieu de les placer, de façon brutale, dans un récit améliorable.

Bref, ce film de zombie exotique mérite assurément deux heures dans une grande salle sombre, et servira d’accompagnement pimenté au pop-corn souvent sur-édulcoré.

                                                                                                                                                                            Yingke Zhao

 

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