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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Des nouvelles de vos concierges

Parce que l’IEP n’emmène pas tout le monde dans ses cartons…

Monsieur et Madame Saussé. C’est leur nom. Il n’évoque pas toujours grand-chose aux étudiants et pourtant… Ils les croisent tous les jours à l’IEP. Ménage, maintenance, les deux concierges ont mis neuf ans de leur existence au service de l’établissement. La veille de leur départ, mardi 11 octobre, j’ai rencontré Madame Saussé. Elle revient sur les conditions de leur licenciement et fait le bilan de leur passage dans l’école. Une école qu’ils ont sans aucun doute marquée par leur gentillesse et leur simplicité.

Vous êtes concierge à l’IEP de Lille. Il est facile de vous voir dans différentes parties de l’IEP, mais quelles sont vos fonctions exactement ?

Avec mon mari (M. Saussé), on se répartit les tâches. Moi je fais un peu plus le ménage et lui l’entretien, la maintenance… On s’occupe des parties communes, des parkings, des toilettes, des escaliers. Notre rôle est aussi de protéger les élèves, contre les gens qui ne sont pas les bienvenus dans le bâtiment. On n’hésitait pas parfois. Quitte à recevoir des coups. Pour éviter les vols, les agressions.

Cela fait longtemps que vous travaillez ici ?

On est à l’IEP depuis neuf ans mais on est concierges depuis plus longtemps. On l’était avant dans une entreprise qui a dû fermer malheureusement, pour les mêmes raisons. Licenciement économique. Par la suite, on a été embauché ici, en tant que concierges. On travaille pour un syndic de copropriété en collaboration avec la mairie, l’IEP et l’Etat. Le bâtiment appartient à ces trois propriétaires. Mais puisqu’il n’a pas été repris, ils ont jugé qu’il fallait le murer. On n’aura donc plus besoin de concierges dans ce bâtiment.

Comment va se passer votre départ ?

Normalement on devait terminer le 31 décembre, jour de votre départ dans les nouveaux locaux. Mais on a accepté un contrat de sécurisation de Pôle Emploi pour des raisons pécuniaires. Donc on ne fait pas nos trois mois de préavis. On va pouvoir refaire une formation, à 55 ans… On part dans notre maison à côté d’Arras. Heureusement on avait un logement… Donc on n’est pas dehors. Parce qu’ayant un logement de fonction, quand vous quittez votre emploi, vous quittez aussi votre logement. Mais on a eu beaucoup beaucoup de chance en tout cas d’avoir ce logement dans l’école quand on est arrivés à Lille. On a pu s’y installer avec nos filles.

Quand avez-vous appris que vous deviez partir ?

On a appris il y a deux ou trois semaines que le bâtiment n’avait pas de repreneur, et qu’il serait sans doute muré. Ce n’était pas une surprise. On savait déjà que l’école allait déménager et on savait que quand l’autre bâtiment serait rénové il faudrait partir. On pensait que ça prendrait un certain temps, comme beaucoup d’étudiants. On avait toujours un espoir que ça recule. Nous, ça fait neuf ans qu’on est là et cela faisait neuf ans qu’ils parlaient de déménager… On est heureux d’avoir pu rester neuf ans malgré tout.

Mais l’IEP a passé une annonce pour trouver un nouveau concierge. Pourquoi n’avez-vous pas repris le poste ?

En fait, depuis janvier, une nouvelle loi est passée au niveau du boulot de concierge. On doit désormais payer des charges en plus des impôts locaux : l’eau, l’électricité… Ce n’était pas le cas jusqu’ici. C’était un avantage en nature on va dire. Mais ma maison n’étant pas finie de payer, on ne pouvait pas se permettre de payer des charges en plus et puis de toute façon il n’y avait qu’un poste de concierge à pourvoir dans le nouvel IEP. Cela ne valait pas le coup, on a dit à la direction qu’on ne pouvait pas.

Du coup, demain c’est votre dernière journée (mercredi 12 octobre). Comment allez-vous l’occuper ?

Déjà on va recevoir un gros chèque (rire). On finit à 20h30 après avoir fait le tour du bâtiment. Et on va aussi montrer à notre remplaçant ce qu’il doit faire : nous on est à deux, lui va être tout seul. Il va avoir du taf…

Comment vous sentez-vous donc à la veille de ce départ ?

J’ai versé de grosses larmes tout à l’heure lorsque le personnel m’a offert mon cadeau et que Mme Figueredo a fait un petit discours pour le pot de départ. Ça m’a touchée. Il y avait des personnes avec qui j’ai créé des liens d’amitié. Ça me fait mal au cœur de quitter un emploi dans lequel je me sentais bien. J’allais de bon cœur au travail. On était en bonne relation avec nos employeurs, et avec le personnel de l’IEP aussi. Je pense qu’on était bien estimés. On a senti que certaines personnes avaient mal au cœur aussi.

Et avec les élèves, les relations étaient-elles aussi bonnes ?

Cela se passait très bien la plupart du temps. Bon parfois, c’est vrai, je pétais des petits câbles quand ils mettaient leurs mégots par terre au lieu du cendrier. Je me disais « ce n’est pas possible, ce n’est pas respectueux ». Pour moi le respect c’est très important. Je suis de la vieille génération. Je ne jetterai jamais un papier par terre. Qu’est-ce que ça coûte ? De toute façon, honnêtement, Moulins c’est un peu dégoûtant…

Vous n’avez pas aimé vivre dans ce quartier ?

Ce n’est pas un quartier qui est extra. J’ai eu du mal à m’y faire, cela a été dur. Avec la boite de nuit c’est toujours sale et bruyant : du jeudi au samedi soir, la musique résonne dans le bâtiment et les gens dans la rue vomissent, salissent tout. Et c’est nous qui devions nettoyer le lundi les cochonneries du week-end. On vivait toute la semaine dans la saleté et ça ne me plaisait pas. Je me suis aussi faite agressée dans la rue plusieurs fois. Je vivais dans la peur au début. C’est pour ça, j’avoue, que je ne suis pas trop mécontente de quitter le quartier de Moulins.

Un petit mot de conclusion ?

On a essayé de faire de notre mieux pendant neuf ans. Je pense qu’on l’a fait correctement. Maintenant on va s’occuper. Mon mari par exemple veut reprendre la moto ! Et puis nos nouveaux voisins ont l’air gentils. Même si je pense que ça va être bizarre de passer d’un environnement où l’on est entouré de centaines de personnes tous les jours au calme plat de la campagne ! (rire)

 

Benoit Lengaigne ne croyait pas si bien dire quand il a affirmé que le déménagement nous rapprocherait des enjeux contemporains…

Propos recueillis par Anaïs Suire 

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