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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Trump ou Clinton : la peste ou le choléra ?

A moins d’une déclaration de guerre nucléaire entre la Russie et les Etats Unis, le 8 novembre prochain, le monde entier sera accroché à sa télévision pour voir qui de Hillary Clinton, ancienne première dame, ou de Donald Trump, businessman milliardaire, deviendra le prochain président de la première puissance mondiale. Bon, peut-être pas le monde entier, mais disons que c’est un événement international d’envergure, et La Manufacture a jugé qu’il méritait un petit approfondissement.

Petit résumé (au cas où…)

Pour celles et ceux qui n’ont pas du tout suivi ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, voici un petit rappel de la situation. Depuis les conventions des partis démocrate et républicain en juillet dernier, la campagne présidentielle fait rage entre les deux grands favoris, Hillary Clinton et Donald Trump. Ce ne sont pas les seuls candidats, puisque les partis indépendants présentent aussi des prétendants au titre : Gary Johnson pour le parti libertarien, Jill Stein chez les Verts. Autant dire que leur chance de remporter la course est proche de zéro, bien que Gary Johnson collecte près de 10% des intentions de vote dans certaines franges de la population.

Dans les sondages, Trump perd des points au fil de ses gaffes, que Clinton récupère. Fin octobre, Hillary faisait la course en tête en collectant environ 47% des intentions de vote (résultats variables en fonction de l’organisme de sondage) tandis que Trump en collectait entre 40 et 42%.

Crédits
Crédits – Patrick Semansky pour Associated Press

Les débats surmédiatisés

Les temps forts de la campagne, outre les conventions des partis, ont été les trois débats des 26 septembre, 9 octobre et 19 octobre. Globalement, c’est Clinton qui ressort vainqueur de ces face-à-face, mieux préparée et plus calme que Trump qui est apparu comme colérique et prêt à couper la parole à son adversaire à tout moment. Il attaque Hillary, surtout lors du deuxième débat sur la sombre affaire des emails qui la poursuit toujours, en soulignant qu’elle devrait être en prison. Il explique que s’il est élu président (il n’utilise pas le conditionnel mais le futur, comme si c’était une évidence), il refera ouvrir une enquête pour que Clinton soit condamnée. Son adversaire ne bronche pas, habituée à ce genre de piques, elle renouvelle simplement ses excuses auprès du peuple américain.

La candidate démocrate, de son côté, insiste sur son expérience bien supérieure, et met en évidence les postes importants qu’elle a occupés pendant sa carrière, notamment celui de Secrétaire d’Etat. Selon tous les sondages, c’est Hillary qui ressort gagnante de ces exercices (52% contre 39% pour Trump pour CNN).

Les débats ont été suivis par les médias internationaux, et ont permis au monde entier de s’apercevoir, si ce n’était pas déjà le cas, qu’entre les deux candidats, un(e) seul(e) était vraiment apte à s’installer à la Maison Blanche.

Stratégies de dernière minute et Swing States

A quelques jours de la date fatidique, chaque candidat multiplie les tours de passe-passe pour gagner le cœur des américains indécis.

Trump, qui nie tout de l’affaire des femmes qui l’accusent d’attouchements déplacés, est en mauvaise posture. Il accuse le camp adverse d’avoir inventé ces histoires pour le décrédibiliser, et parle aussi d’élections et de sondages qui favoriseraient Hillary Clinton. L’effet bandwagon est bien connu des étudiants en science politique mais aussi des politiciens : on sait que le jour J, les électeurs indécis auront tendance à voter pour le candidat qui a déjà l’avantage dans les sondages. Trump crie au truquage et à la manipulation. Il laisse même entendre que si son adversaire venait à remporter la course, il pourrait ne pas reconnaître sa légitimité.

Depuis quelques semaines, il a modéré son discours sur les minorités et leur fait la cour. Clinton, elle, s’appuie sur la famille Obama. Après que le président lui a publiquement assurée son soutien, elle joue sur la popularité de la première dame en organisant un meeting avec Michelle Obama en Caroline du Sud à douze jours des élections. C’est une manœuvre habile, qui se ressent dans les sondages d’intentions de vote.

Crédits - Agence France Presse
Crédits – Agence France Presse

Le véritable enjeu, outre le cœur des américains, est la course aux grands électeurs. Le winner-takes-all-system ne donne qu’un rôle secondaire au peuple américain, puisque c’est le nombre de grands électeurs qui compte véritablement dans la désignation du président (ou de la présidente !). Si la Californie, où la population est la plus élevée (et qui rassemble donc le plus de grands électeurs), est historiquement démocrate, le Texas et l’Arizona sont habituellement républicains. Cette année, cependant, les sondages sont très changeants et n’assurent pas à Trump une victoire dans ces Etats.

Il vise également l’Ohio, la Pennsylvanie ou la Floride, qui sont des swing states : une fois rouge, une fois bleu, ces Etats peuvent faire la différence lors des élections. Ici aussi, les intentions de vote varient d’une semaine, voire même d’un jour à l’autre.

Carte des Etats-Unis avec nombre de grands électeurs estimés par candidat source : AFP, RealClearPolitics
Carte des Etats-Unis avec nombre de grands électeurs estimés par candidat. Crédits – Agence France Presse et RealClearPolitics.

En ce qui concerne les équipes de campagne, Hillary Clinton a mobilisé environ 4900 personnes pour le jour J afin d’inciter les électeurs à aller voter, contre environ 1500 pour Donald Trump. Si pour beaucoup, Clinton et son vice-président Tim Kaine ont déjà un ticket pour la Maison Blanche, on se rappelle de 2012 où Obama n’était pas le favori dans les sondages mais avait réussi à prendre Mitt Romney de cours parce qu’il avait notamment réussi à mobiliser toutes ses équipes le jour des élections.

Pour le moment, Clinton est en tête, mais si les médias font de ce sujet leurs choux gras, il se peut bien que Trump révise ses plans et mobilise en masse.

Rappelons en plus que, même si Hillary Clinton est favorite dans les sondages, elle est détestée d’une partie des Américains. Impliquées de près ou de loin dans de nombreuses affaires lorsqu’elle était première dame ou secrétaire d’Etat , elle n’a pourtant jamais été condamnée, ce qui fait dire à une frange de la population que sa position au sommet l’a aidée, et que la classe politique et les grandes instances de justice sont corrompues et ne se soucient pas des américains « lambda ». C’est d’ailleurs une arme très utilisée par Trump, qui alimente cette théorie aux dépens de son adversaire.

Ainsi, Hillary Clinton a une longueur d’avance dans les sondages mais elle est victime d’un « plafond de verre » qui lui donne seulement un court avantage, d’environ cinq points.

L’œil extérieur

Vu la situation en France à l’approche de notre propre élection présidentielle, ce n’est pas nous qui allons pouvoir donner des leçons de bonne conduite à nos amis américains. Cependant, c’est le président iranien Hassan Rohani qui s’en est chargé dans un communiqué datant du 23 octobre, en s’offusquant de la manière dont les deux candidats « s’insultent et s’accusent entre eux ». Il conclut sa déclaration en disant que « l’Amérique dit qu’elle a plus de 200 ans de démocratie et a eu 50 élections présidentielles, mais il n’y a pas de moralité dans ce pays ».

Crédits - Vahid Salemi pour Associated Press
Crédits – Vahid Salemi pour Associated Press

Si Trump est publiquement décrié puisqu’il entretient une relation très conflictuelle avec les médias, Hillary a aussi des choses à se reprocher (selon le FBI du moins, et encore…) et un rebondissement de dernière minute n’est pas à exclure. Rien n’est encore joué.

Héloïse Mélan

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