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« Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité »

Dans une bande dessinée aux traits fins et intelligents, la dessinatrice de Charlie Hebdo Catherine Meurisse raconte sa lente guérison après le drame de janvier 2015. Une ode à l’art et à la beauté, qui traduit au fil des pages sa « légèreté » retrouvée.

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Matin du 7 janvier 2015. En retard, bloquée au lit par un chagrin d’amour, Catherine Meurisse se hâte précipitamment vers la salle de rédaction. Stoppée par Luz avant d’atteindre la rue Nicolas-Appert, elle s’enfonce dans un bureau voisin et  entend depuis sa cachette les tirs des kalachnikovs.

La Légèreté nous raconte sa perception du drame et surtout de son après : la protection policière, les cauchemars, la grande solitude malgré le « tsunami de soutiens ». Puis sa lente et pénible reconstruction, par l’art et la beauté des choses qui l’entourent.

Dix ans de bagages 

Dix ans de sa vie à dessiner, caricaturer, créer. Le lendemain de l’attentat pourtant, plus de caricatures, plus de Charlie, plus de rires ni de vannes. La dessinatrice décide de tout arrêter. Non pas qu’elle en ait envie, mais plutôt qu’elle n’en soit plus capable. Ses mains restent figées sur le papier, son œil se perd dans les proportions des traits. Sur l’instant, le 7 janvier la plonge dans un silence que même le dessin ne peut briser.

Alors elle essaye, elle griffonne, elle va jusqu’à déplacer l’immense table de la rédaction dans son propre salon. Elle se torture les méninges pour tenter de retrouver ce fameux esprit Charlie. Revenir aux fondamentaux : « un bon dessin de presse, c’est un coup de poing dans la gueule », comme disait Cavanna. Mais rien ne vient, sa plume reste muette. Quelques mois plus tard, La Légèreté lui permet de finalement réordonner les choses, de mettre un trait sur ce sentiment de vide. Sur les premières planches, elle se représente en train de foncer sans rien voir, dans les murs blancs d’une galerie ou d’un musée. Plus rien ne fonctionne, ni sa pensée ni ses émotions. Plus rien ne la touche, les œuvres glissent sur elle sans l’atteindre. Si à l’extérieur, tout le monde semble savoir qu’il « est Charlie », la dessinatrice n’a plus la moindre idée de qui elle est vraiment.

Un témoignage tardif

Épargné physiquement mais pas psychologiquement, le reste de l’équipe pense rapidement à se reconstruire malgré la douleur. Six mois après le drame, Luz publie Catharsisoù il livre par petites histoires son quotidien depuis le 7 janvier, comme une tentative personnelle de reconstruction. Catherine Meurisse refuse dans un premier temps de rendre son témoignage public. Dans l’album, elle revient sur son rapport aux journalistes après l’attentat, et son indifférence face aux différents groupes médiatiques. L’immense vague de réaction et de compassion ne semble pas avoir de lien direct avec Charlie, et elle ne s’identifie pas à la cohue.

Pour enfin reprendre pied, la dessinatrice commence les premières esquisses de La Légèreté. Un premier dessin naît, celui de la couverture. Lunaire et vaporeux, c’est un dessin au pastel qui la représente seule, en train de marcher sur une dune, symbole d’une grande solitude. En parcourant les autres planches, on traverse l’amas de troubles qu’elle subit : perte de mémoire, indifférence totale face à ce qui l’entoure, imaginaire bloqué, cauchemars récurrents. Lors d’une escapade à Cabourg sur les traces de Marcel Proust son « auxiliaire de vie », où l’écrivain a séjourné par le passé, rien ne l’émeut. Tout l’indiffère, sa mémoire lui échappe. Entourée de ses proches et de son psychologue, elle parvient très lentement à remonter la pente. Au bout de quelques mois, elle trouve le courage de retourner rue Nicolas Appert. Mais le témoignage de la dessinatrice n’est pas encore abouti, tout comme sa propre reconstruction.

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En quête du syndrome de Stendhal

Le soir du 13 novembre 2015, le Bataclan subit un assaut mortel. C’est le déclencheur : elle ressent l’urgence de fuir. Dans un passage totalement fantasque de la bande-dessinée, plongée dans l’eau d’un étang verdâtre et entamant le dialogue avec une grenouille, elle se dit vouloir être « submergée par la beauté ». Comme le fut Stendhal en 1917 lors de son voyage en Italie, pris de vertige face à la splendeur de l’art. Un moyen comme un autre de faire taire les images d’horreur qui lui envahissent la pensée et l’esprit. A la fin du mois de novembre, elle entreprend un périple à la villa Médicis de Rome.

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L’arrivée ne se passe pas tout à fait comme elle l’imagine : au lieu du bain de lumière escompté, Rome est une ville sombre, plongée dans la brume et la pluie. Elle entreprend de visiter les jardins de la villa, et au détour d’un buis se retrouve face au Carré des Niobides : des statues de marbre symbolisant de jeunes gens massacrés par Apollon et Artémis. Une scène qui se déroule une dizaine de jours après les attentats du 13 novembre. Par le symbole, l’art romain va permettre une médiation entre la violence et la dessinatrice. Petit à petit le contact des vestiges antiques, meurtris par le temps, lui permet de retrouver un peu d’éternité et d’immuable après l’effondrement des attentats. A la vue de ces statues de marbre aux corps brisés, elle approche en douceur la mort, et celle de ses mentors décédés.

Catherine Meurisse est l’auteure d’un album magnifique, porteur d’un espoir immense. Un album qui nous fait du bien, et nous invite à déceler chaque once de beauté dans ce qui nous entoure. La Légèreté place la culture et l’art au dessus de la terreur et de l’horreur.

Laura Lagache

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