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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Les élections américaines s’invitent à Madrid

La visite de deux Congressmen américains à Madrid, l’un démocrate (Brian Baird) et l’autre Républicain (Dan Miller), vient expliquer aux étudiants l’ascension prodigieuse du candidat Trump, dont le caractère populiste est bien connu.

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Le suspense est insoutenable pour le dernier prime du show télévisé qui, avec plus d’efficacité qu’une télé-réalité, nous a tenus en haleine pendant des mois et des semaines. Aujourd’hui, c’est le D-Day. Le jour décisif d’une bataille acharnée, entre deux rivaux que tout oppose, du genre jusqu’aux idées, et qui ne pouvait plus durer. Aujourd’hui, c’est le jour des élections américaines.

« This is the final countdown », chanterait le groupe suédois « Europe ». Et justement, ces élections l’ont beaucoup remuée, notre Europe. A tel point qu’en Espagne, deux anciens membres du Congrès américain se sont déplacés en terre hispanique pour éclairer le brouillard dans lequel nous sommes embués. Ou, plus prosaïquement, nous aider à comprendre la mascarade qui se joue Outre-Atlantique.

Le mercredi 26 octobre, aux alentours de quatorze heures trente, deux Congressmen poussent les portes de la Universidad Autonoma de Madrid. Une fois les étudiants installés dans la salle circulaire, nos deux invités se positionnent de part et d’autre de la chaire. A gauche, Brian Baird, ancien membre du parti Démocrate. A droite, Dan Miller, éléphant du parti Républicain.

Salutations cordiales, et bienvenue mielleuse. Après quelques diatribes chaleureuses, c’est un two-men show qui commence, pour expliquer le Truman show qui s’achève. L’un encense la carrière de la candidate démocrate Hillary Clinton, victime, selon lui, du sexisme de ses congénères. Ancienne avocate, première dame des USA, alors quand on parle de présidence: après première dame, la première femme ? L’autre souligne qu’elle représente aussi un vote de rejet pour les Américains, et non d’adhésion. Selon le Congressman Républicain, Mme Clinton serait la candidate la plus détestée, toutes élections présidentielles américaines confondues. 40% des Américains ne l’apprécieraient pas, 60% la considéreraient malhonnête.

Mais trêve de chiffres : la question vire très vite à l’un des candidats les plus médiatisés que les Etats-Unis aient connu, mais aussi le plus inquiétant, le fameux Donald Trump.

Le représentant républicain est quelques peu embarrassé, par ce candidat auquel il n’adhère pas. Comment comprendre une telle montée en flèche ?  La crise économique, qui a provoqué une polarisation de l’électorat due à un creusement des inégalités aux Etats-Unis. L’utilisation de problématiques clivantes : la frontière mexicaine, les armes, les problèmes de race… L’importance de l’argent dans les élections américaines, fait également le compte de Trump, multimilliardaire, « au détriment de Bernie Sanders« , précise le représentant démocrate.

Mais pour résumer en un seul mot, le meilleur atout de Trump, c’est le populisme. « Vous ne trouverez pas son programme, puisqu’il n’en a pas » explique le représentant de son propre camp. Trump utilise la rage d’une partie de la population.

« Le fait est que la société américaine a changé sans une partie des Américains, qui persistent à vouloir retourner à ce qu’était l’Amérique fut un temps » explique le Démocrate.

Ce qui vient faire écho à un récent article de l’hebdomadaire britannique The economist qui, aux raisons économiques, ajoute que Trump agite habilement l’image d’une société miséreuse et corrompue jusqu’au plus profond de ses institutions, qui corrobore la vision de son électorat, malgré l’absence de vraisemblance de cette hypothèse.

Une ascension prodigieuse, pour un candidat qui n’a jamais fait de politique et qui surfe sur le populisme. Mais ce symptôme incurable qu’est le populisme ; cela ne vous dit rien ? Podemos, Tsipras à l’extrême gauche; Marine Le Pen, Nigel Farage à l’extrême droite : le populisme a aussi ses propres répercussions – négatives ou non –  en Europe. Et ce ne sont pas les étudiants espagnols présents lors de la conférence qui diront le contraire. Avec un tour habile, le représentant démocrate propose d’inverser les rôles, au beau milieu de la conférence. Ce sont donc eux, les politiques, qui vont nous poser des questions. Qu’espérons-nous de l’avenir ? Qu’espérons-nous de la politique ? Après les frasques récentes du gouvernement espagnol, la discussion ne pouvait tourner qu’aux contestations qui ont lieu, ici, à Madrid. Car pendant que nous débattons confortablement à la chaleur des projecteurs, dehors se joue un tout autre spectacle : plaza Puerta del Sol, la plus importante de Madrid, se réunissent des mécontents du gouvernement, opposés à la nouvelle investiture récente de Rajoy. Et dans toute cette agitation, le parti populiste espagnol Podemos, se fait peu à peu une place sur la scène politique.

Alors, bien sûr, il est difficile de dresser un parallèle entre les revendications qui agitent l’Europe, et la scène politique américaine. Ce sont des sociétés très différentes, dont les maux sont distincts. Mais les faits sont là : le populisme séduit en Europe comme il le fait en Amérique. Trump et Podemos n’ont strictement aucun point commun, si ce n’est le désaveu des politiques et de leurs leaders qui ont porté leur ascension. Le second pourrait nourrir des espoirs plus souhaitables, contrairement au premier, s’il ne se retreint pas à les alimenter.

Illustration de l’hebdomadaire The economist : Donald Trump (USA), Marine Le Pen (France), Viktor Orban (Hongrie)

Pour clore les discussions, les deux politiciens parient net sur la victoire de Clinton. La presse espagnole n’est pas de cet avis : depuis le retour des affaires de messages de la candidate, le journal El Pais, se veut méfiant et annonce même Trump gagnant. Un sombre présage, qui connaîtra son dénouement au décompte des urnes.

Garance Philippe

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