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Hong Kong : un conflit à la législature témoigne d’un héritage historique compliqué

Les législateurs hongkongais Yau Wai-Ching et Leung Chung-Hang ont sans doute rencontré le plus gros problème de leur carrière politique débutante. Le 12 octobre, lors de leur serment politique à la législature hongkongaise, les deux jeunes élus ont utilisé une appellation péjorative voire insultante envers la Chine et quasiment tous les Chinois…

La dernière goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Au lieu de dire « the People’s Republic of China », Yau et Leung, membres du parti politique pro-indépendantiste hongkongais Youngspiration, ont prononcé « the People’s Ref**klic of Chee-na » lors de la cérémonie du serment politique. Censé revendiquer plus d’autonomie pour l’importante ville qu’est Hong Kong, ce jeu de mot a au contraire défrayé la chronique, exaspérant beaucoup de gens d’origine chinoise, qu’ils soient des Hongkongais ou des Chinois.

Pour leur défense, les deux nouveaux élus ont expliqué que les mots utilisés étaient en fait dus à leur accent. Leung a en particulier souligné que Chee-na n’était pas insultant, étant donné que Sun Yet-Sen, le fondateur de la République de Chine, l’utilisait souvent dans ses allocutions.

Une décision de justice a néanmoins immédiatement jugé le serment invalide, et a conduit à une seconde prestation de serment dans la semaine suivante. Mais faute de quorum (le nombre minimal de voix qui doivent être présentes ou représentées pour qu’une délibération soit valide), à cause de l’absence des conseillers dits « pan-establishment », cette deuxième tentative a également été un échec. Mercredi 2 novembre, les deux jeunes législateurs ont de nouveau essayé  d’affirmer leur loyauté envers le peuple de la Perle orientale. Hélas, ils ont finalement été expulsés par le président du LegiCo Monsieur Andrew Leung Kwan-Yuen.

Cette affaire est ensuite passée, le 3 novembre, à la Cour suprême hongkongaise qui décidera si les deux élus pro-indépendantistes ont le droit de passer un deuxième serment. Cependant, selon la correspondante de la BBC à Hong Kong Helier Cheung, le gouvernement de la région administrative spéciale chercherait à empêcher cette prestation, voire à finalement nullifier la qualification des deux jeunes localistes en tant que législateurs. Le Chef de l’exécutif pro-Pékin de Hong Kong a de son côté évoqué que face à cette dispute inédite il « n’exclut pas la probabilité de demander à la capitale d’interpréter la Loi fondamentale », de facto la constitution de la ville autonome. Cette interprétation a finalement été votée avec l’unanimité le 7 novembre dans la capitale chinoise. Elle a disqualifié les deux jeunes élus car ils ont «omis de prendre le serment de manière sincère et solennelle ». Li Fei, secrétaire adjoint du comité permanent du Conseil national et président du Comité de la Loi fondamentale, a d’ailleurs martelé que cette interprétation est un élément important de l’État de droit de Hong Kong et que le dévouement des autorités hongkongaises envers le gouvernement central chinois est  infaillible.

Côté médiatique, cet incident a agité des opinions contradictoires. À l’égard de Monsieur le Chef de l’exécutif, par exemple, des médias hongkongais ont préconisé de résoudre le problème de façon moins radicale, c’est-à-dire dans le cadre juridique hongkongais et celui du système « un pays, deux systèmes », projet politique de Hong Kong proposé par Deng Xiaoping et officiellement adopté après la rétrocession en 1997. Selon le journal pan-localiste Apple Daily, malgré l’indignation qu’ont provoquée les deux jeunes conseillers, leur position représentant des dizaines de milliers d’électeurs ne peut être reniée de façon arbitraire en faveur du besoin politique de Pékin.

Bryane Michael, chercheur à l’Université de Hong Kong et spécialiste en droit financier international, a lui aussi exprimé son soutien pour ces deux législateurs. Selon son article publié le 31 octobre dans le journal South China Morning Post, l’action du duo de jeunes radicaux ne va pas à l’encontre de la Loi fondamentale de Hong Kong. Il vaut donc mieux leur pardonner des paroles enfantines au lieu de laisser la chambre législative débattre sur des futilités.

Le chroniqueur du même journal Larry Lam a toutefois condamné cette action, qui pour lui « incarne la mentalité coloniale de Hong Kong ». Il considère que le comportement de ces deux adultes reflète « les conséquences coloniales profondes qui harcèlent Hong Kong depuis sa rétrocession ». En adoptant les valeurs de l’ancien maître colonial et en prononçant une désignation dérogatoire du peuple chinois, a expliqué monsieur Lam, ces jeunes législateurs tentent de se montrer supérieurs par rapport à leurs compatriotes. Un processus appelé par certains psychologues du « colonialisme collusoire et soumis ». Ce qui consiste justement, de manière ironique, du brainwashing que condamnent les pro-démocrates hongkongais eux-mêmes.

Le représentant du gouvernement central chinois Zhang Xiaoming a quant à lui réitéré que toute parole pro-indépendantiste, quelle que soit la forme qu’elle porte, ne peut se tolérer et doit être punie d’après la loi. « Le bannissement de Yau et Leung du Conseil législatif répond à l’appel de 1,3 milliard de Chinois», a par ailleurs proclamé le journal d’État Global Times dans un éditorial.

Un peu d’étymologie : d’où vient cette offense ?

Le titre « Chee-na » que Yau et Leung ont donné au République populaire fut au début une désignation historique et neutre comportant une notion géo-démographique. Sa prononciation ressemble en effet au nom de la Chine en beaucoup de langues occidentales, comme Cina en italien ou Chine en français. Cette appellation a été réintroduite en Asie à la fin du XIXe siècle par le Japon, qui tentait d’émuler les civilisations occidentales afin de se moderniser. « Chee-na » n’évoquait donc aucune dérogation. Ce nom anodin fut ensuite accepté par de nombreux Chinois qui faisaient des études au Japon, y compris Sun Yat-Sen, Lu Xun (écrivain révolutionnaire) et Zhou Enlai (ancien premier Ministre de la R.P., contemporain de Mao Zedong).

Cela étant, l’implication dérogatoire du terme vient également du Japon. Les jingoïstes nippons, tout en adoptant cette notion géo-démographique, cherchèrent à légitimer leurs agressions contre la Chine : si « Chee-na » n’existe qu’en tant qu’entité démographique et non souveraine, cela ne causerait donc aucun problème de l’envahir. Très vite, l’expression devint un tabou en Chine et incarne même aujourd’hui une mémoire douloureuse pour la nation chinoise, un sentiment partagé par la Chine communiste, la République de Chine à Taiwan et Hong Kong, toutes les trois sous occupation japonaise pendant la deuxième Guerre mondiale.

Divergences insolubles : énigme pour la vision « un pays, deux systèmes »

Cet épisode politique intensif a par ailleurs mis en exergue les divergences profondes entre les mentalités chinoise et hongkongaise. Dans les yeux d’Ali, Chinoise d’origine mongole et étudiante Erasmus à IEP, l’éloignement entre les deux peuples est déjà très profond et ne pourra que s’aggraver encore. « Je suis contrainte à dire plus en tant qu’étudiante en diplomatie, alors je dirais que nos divergences institutionnelles, pédagogiques etc. me paraissent impossibles à s’effacer. Pourtant, j’accepte et respecte l’identité de mes amis hongkongais et on s’entend très bien. » a-t-elle confié à La Manufacture sous un pseudonyme.

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Yau Wai-ching avec la bannière indiquant « Hong Kong N’est PAS la Chine». Crédits : Reuters

Bien que la bannière indiquant « Hong Kong is not China » ait fait l’objet de nombreuses critiques, les Chinois et leurs voisins portuaires acceptent finalement, de gré ou de force, ce fait irréfutable. Zhang Yueren, originaire de Pékin et étudiant à la Hong Kong Baptist University, a pourtant enregistré des témoignages plus nuancés au cours de ses expériences. Selon lui, de nombreux habitants de Hong Kong favorisent l’indépendance, certes, mais ils ont toutefois un gouvernement pro-Pékin. Que ce soient Yau, Leung ou bien Joshua Wong, ces jeunes activistes ne pourraient finalement pas bouleverser la réalité.

Pour Wong Wai Yin, étudiante en échange à Sciences Po et pro-indépendantiste, ces jeunes activistes incarnent une naïveté politique et un manque de responsabilité. « Ils agissent sans réfléchir aux conséquences. À quoi cela servirait-il de créer ce tumulte au LegiCo alors que l’on est témoins des interventions de Pékin depuis longtemps  ?  Ces soi-disants localistes ne savent que se disputer, sans proposer de vraies solutions. »

Par ailleurs, si la porte de Victoria fut l’unique fenêtre pour la Chine vers le monde extérieur pendant la Guerre froide, le Hong Kong d’aujourd’hui a une dépendance non moins importante auprès du géant émergent. Pour y jeter un coup d’œil : en 2015 la Chine était le premier partenaire commercial de Hong Kong et constituait plus de la moitié de tous ses échanges, par rapport aux États-Unis qui se trouvent au deuxième rang et qui en occupent 7,2%.

Le gouvernement chinois, de son côté, envisage depuis un moment d’«accomplir la grande épopée de la réunification de la nation ». Selon le projet « un pays, deux systèmes » engendré dans les années 1980, Hong Kong peut faire partie de la Chine sans qu’on y applique les mêmes règles politiques et économiques. Dans la Loi fondamentale de Hong Kong est également indiqué que cette exemption sera valable d’ici 50 ans. Aucun remaniement ne précise, pourtant, ce qui se passera après 2047.

Yingke Zhao 

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