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« La priorité, c’est de changer les institutions ». Interview CA #2 : liste SUD

Les élections pour le Conseil d’administration ont lieu cette semaine. À cette occasion, la Manufacture a interrogé les trois listes sur leur bilan, mais surtout sur leur nouveau programme. C’est au tour de la liste Sud Solidaires Etudiant.e.s.

Votre liste, c’est qui, c’est quoi ? Quelle est votre philosophie ?

Nous sommes un syndicat et pas qu’une liste. Notre rôle ne se limite pas à siéger au CA, il y a bien sûr plein de différents aspects dans l’engagement syndical, dont s’occuper des cas étudiants, militer pour nos droits, cela implique que nous n’agissions pas uniquement au niveau de l’école, mais aussi au sein des universités, des lycées de Lille. On peut aussi considérer notre impact encore plus large puisque Sud Solidaires Etudiant.e.s est une organisation nationale. Notre liste, ce sont des idées politiques avant des noms, une conception particulière de l’enseignement supérieur et de la recherche, que l’on veut libre, critique, égalitaire et émancipateur.

Avant de parler des futures élections, parlez-nous de votre bilan.

Concernant notre bilan sur nos actions en CA, il faut dans un premier temps savoir que nous nous plaçons en tant qu’opposition aux décisions qui sont prises au sein du CA, souvent totalement arbitraires et contre lesquelles nous sommes souvent en désaccord, mais le but n’est pas seulement de s’opposer mais aussi de proposer, ne pas être seulement observateurs mais aussi acteurs du CA, nous considérons que c’est aux élu.e.s de participer et d’imposer les différents sujets qui défilent dans l’ordre du jour. Malheureusement c’est actuellement l’inverse, l’administration et les professeur.e.s font entendre leurs sujets la plupart du temps et les élu.e.s sont simplement borné.e.s à exprimer leur soutien ou pas. Il faut dépasser cet état d’attente et mener le conseil pour mettre en avant les sujets qui sont importants pour les étudiant.e.s.

Mais notre action au CA ce sont aussi nos comptes rendus que l’on peut consulter sur notre site. Ce ne sont pas seulement des comptes rendus descriptifs, on les veut surtout analytiques, critiques de ce qui peut se réaliser au CA, et souvent on peut entendre des choses scandaleuses dans ces derniers. A partir de là, il est évident pour nous de pointer et dénoncer des décisions qui ne sont pas forcément dans l’intérêt des étudiant.e.s, pire ils.elles ne sont pas du tout au courant de ces décisions ou alors bien trop tard par les procès-verbaux que propose l’administration.

Deuxième point déterminant de notre bilan : notre action en Commission en tant que SYNDICAT ( CAS – CMI – Commission disciplinaire – CHSCT) : notre rôle au sein de ces commissions est quelque chose auquel nous tenons fortement, nous y sommes toujours présent.e.s et nous travaillons à diffuser le maximum d’informations autour d’elles, les étudiant.e.s sont souvent mal informé.e.s à propos de ces commissions alors qu’elles peuvent représenter une aide importante au quotidien. En tant que syndicat, c’est un objectif primordial d’accompagner les étudiant.e.s dans leurs démarches afin d’obtenir bourses, subventions, nous proposons toujours notre aide à tou.te étudiant.e qui le demande que ce soit dans la construction de son dossier ou même en tant que soutien moral. On peut faire un lien avec la politique que nous avons mené pour le Financement des associations (CVA) : lors des CVA nous participons à la distribution des subventions aux différentes associations, en tant qu’organisation politique nous ne pouvons pas en toucher personnellement, mais la vie associative c’est un élément clé pour la plupart des étudiant.e.s et nous tenons donc à son meilleur déroulement possible. L’année dernière la réattribution des subventions s’est faite d’un commun accord avec les autres élu.e.s, nous avions partagé les mêmes critères sur lesquels nous appuyer pour nous permettre de juger ensemble, les montants à donner à chaque association qui en avait fait la demande.

Autre sujet qu’il est nécessaire de souligner : la Charte Egalite Femme-Homme en cours de route. C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis le début de l’année dernière déjà, mais cette charte commence enfin à se concrétiser, à notre demande l’école a lancé un groupe de travail au sein duquel nous participons avec beaucoup d’enthousiasme, les choses prennent enfin forme. En effet, ce projet n’est pas un hasard, mais pour nous un moyen de combattre les inégalités entre les femmes et les hommes qui subsistent, il ne faut pas se leurrer, au sein aussi de notre école. On ne parle pas ici seulement d’inégalités économiques  mais aussi d’inégalités socio-culturelles, de sexisme ordinaire, que nous devons combattre en tant que syndicat qui se revendique antisexiste et contre toute discrimination de manière générale. C’est une valeur que nous revendiquons avec force car nous la considérons comme un enjeu dominant à Sciences po Lille, et nous espérons que par la charte, en mettant en place tout ce qu’elle propose : conférences, sensibilisations, études sur les inégalités existantes, nouvelles règles dans l’objectif  d’atténuer le sexisme au quotidien, que ce soit dans vos documents administratifs ou dans les relations que vous pouvez avoir avec les autres ; nous finirons bien par enrayer un sexisme encore trop bien existant dans cet établissement.

En ce qui concerne aussi nos autres actions en dehors du CA, il y a un évènement qui a beaucoup marqué notre engagement militant l’année dernière : le blocage du CD pour l’élection de Gérald Darmanin. En effet, une « des grandes affaires » auxquelles nous avons été confronté.e.s, a été l’élection de cet ancien député Les Républicains et maire de Tourcoing mais aussi ancien élève de Sciences po Lille au CA. Or, pour nous sa présence au CA n’était pas quelque chose d’acceptable, nous avons souligné par une campagne de sensibilisation, la personne raciste qu’il représente, s’adonnant à des propos d’un.e élu.e FN. Nous avions bien conscience que son élection était quasi inévitable, puisque Xavier Bertrand ayant été élu président de région, l’administration se sentait l’obligation de faire des concessions pour continuer à obtenir des subventions de la région. Sauf qu’obéir au chantage, ce n’est pas dans notre ligne de conduite. Seulement, avec trois élu.e.s s’opposant à son arrivée par le vote, ce n’était pas de cette manière que nous allions pouvoir empêcher l’arrivée de Gérald Darmanin. Nous avons donc invité les étudiant.e.s à s’insurger avec nous face à cette élection, tout sauf démocratique. Face à une oreille sourde de l’administration, nous avons décidé de bloquer le CA afin de contester son déroulement. L’issue n’a pas été en notre faveur, mais aujourd’hui nous assumons ce qui a été fait, et nous pouvons au moins nous féliciter d’avoir démontré que des étudiant.e.s de Sciences po ne sont pas resté.e.s inertes devant l’arrivée de l’extrême-droite dans leur propre école.

Un autre grand engagement pour nous cette année, a été celui contre la loi travail qui a abouti à un blocage de l’école. Tout d’abord il faut contextualiser : le mouvement des étudiant.e.s de Sciences po Lille contre la loi travail a certes été lancé par Sud, mais le syndicat n’en était pas pour autant le seul représentant. Plusieurs étudiant.e.s ont rejoint et ont agi activement au sein de cet engagement et on est fier.ère.s d’avoir milité avec eux.elles même si la loi est finalement passée. On a eu l’occasion de diffuser l’image d’un « institut d’études politiques » politisé, dans lequel les étudiant.e.s ne sont pas seulement dans leur monde des « grandes écoles » et des « grandes théories » mais qui se sentent aussi concerné.e.s par ce qui peut arriver à leurs concitoyen.ne.s ou tout simplement qui s’inquiètent pour leur propre avenir.

On nous a reproché vivement le blocage de l’IEP comme une décision totalement arbitraire, que nous avions prise dans notre coin entre membres du comité de mobilisation. Certes l’AG s’est déroulée un peu tard et tout le monde n’a pas eu l’occasion de donner son avis. Mais c’est oublier plusieurs choses nécessaires : pendant plusieurs semaines nous avons organisé AG sur AG pour débattre de la question et surtout pour décider des actions que nous voulions mener. Malheureusement, peu de personnes venaient participer à ces réunions. Puis nous avons envoyé des mails à la direction pour pouvoir justifier les absences de celles et ceux qui désiraient partir en manifestation, en déposant des « préavis de grève » avec le syndicat enseignant FSU, nous avions donc été soutenus par des enseigant.e.s tel.le.s que Elise Julien.

Nous n’avons pas été entendus, sauf qu’entre réussir son année ou la rater pour cause de départ en manif, parce qu’entre autres on a eu le malheur de s’indigner face à des mesures répressives, le choix est vite fait. Nous voulions obtenir la possibilité de réussir son année, en conciliant ses idées politiques et le droit de les revendiquer c’est ça qui permet de faire vivre la démocratie, c’est que qui nous a poussé à voter le blocage et nous avons obtenu l’approbation de plus de la moitié des votant.e.s. Au final, blocage, forcement du blocage par le directeur mais cours dispensés pour la journée, pour un départ en manif en ayant la conscience à peu près tranquille. Pour nous, notre réussite était presque totale.

Enfin, les diverses actions menées l’année dernière : l’enquête sociale, la Bourse aux livres qui ont rencontré pas mal de succès, les informations sur la Mobilité internationale pour les 2A sur le point de partir en 3A, des actions qui concernent particulièrement notre école et dans lesquelles nous nous investissons chaque année.

Quelle est la priorité de votre liste pour le mandat à venir ? Si vous aviez deux idées ou propositions phares à proposer, quelles seraient-elles ?

Pour nous la prioriété c’est de changer les institutions, faire vivre une démocratie directe au sein de cet IEP qui ne la fait pas véritablement vivre avec son fonctionnement actuel. Qu’importe le programme de telle ou telle liste : la plupart des points que l’on veut aborder ne passeront pas car souvent considérés comme secondaires par le reste des membres du Conseil d’Administration. Il faut une voix étudiante avec beaucoup plus d’impact. C’est dans cet objectif que cette année, nous proposons la mise en œuvre d’une Assemblée étudiante, institutionnalisée et reconnue par l’administration, qui aurait la capacité de proposer des décisions et de les faire voter. Les étudiant.e.s auront la possibilité dès lors de décider de la politique de leur école de manière directe et de ne plus passer ainsi par des élu.e.s.

Enfin nos deux décisions phares, car elles sont les plus anciennes et puisque nous savons qu’elles sont les plus difficiles à envisager pour l’administration sont : la suppression des frais d’inscription ou au minima leur baisse, nous voulons un établissement qui puisse être gratuit et libre d’entrée, car l’accès à l’enseignement supérieur est un droit. D’autre part la suppression des partenariats public-privé, nous sommes contre la marchandisation et la privatisation de l‘enseignement supérieur et pour un plus grand engagement de l’Etat pour les établissements publics (car oui l’IEP est public !).

Qu’est-ce qui vous distingue votre liste des autres ? Qu’est-ce qui fait la force de votre liste ?

Contrairement aux autres listes, nous revendiquons une adhésion à plusieurs valeurs et revendications. Nous sommes politisé.e.s et nous considérons que c’est une situation et un comportement plus que normaux à adopter dans un Institut d’études politiques. Nous portons des valeurs progressistes, féministes, de défense des droits des LGBT+, antiracistes et au final des valeurs de lutte contre toutes les discriminations de manière générale.  Nous revendiquons aussi l’écologie comme un de nos principaux combats. Notre vision de l’enseignement supérieur et de la recherche est radicalement différente par rapport à la politique actuelle que dirige cette école sur son propre fonctionnement, et c’est cette vision que nous voulons imposer, car elle est pour nous la seule qui puisse bénéficier au plus grand nombre.  Nous portons des convictions qui nous poussent à militer au quotidien et à notre sens nous donne beaucoup plus d’énergie dans les luttes pour les étudiant.e.s. Nous sommes aussi une liste qui ne propose pas ses services uniquement au CA mais qui est aussi disponible pour vous tout au long de l’année, prête à mettre les moyens qu’il faut pour vous aider dans vos difficultés.

Vous demandez une liberté totale pour les associations, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Concrètement ? Ça veut dire liberté totale. En fait ça rejoint cette revendication d’autonomie : les étudiant-e-s sont responsables et capables de savoir ce qu’ils.elles font. La direction, les enseignant-e-s ou même les élu-e-s étudiant-e-s n’ont pas à contrôler les associations, leur nombre, leurs activités. Bien sûr tout ceci reste dans le cadre de rapports et actions non-oppressives, c’est pourquoi l’année dernière après que la rédaction d’une charte pour contrôler l’affichage avait été décidée en CVA, nous avions proposé un document précisant les contenus oppressifs en tout genre, pour rendre la vie associative respectueuse et inclusive. C’est là pour nous la seule forme de contrainte acceptable.

Nos propositions pour cette autonomie sont donc :

  • Que l’affichage soit à nouveau totalement libre
  • Que l’établissement tienne à la disposition des associations un calendrier des événements et des salles disponibles librement consultable.
  • Qu’il soit possible d’organiser des conférences tous les jours de la semaine.
  • Que l’impératif d’un événement par soir ne soit plus une raison pour empêcher l’organisation d’événement supplémentaire.
  • Que l’établissement relaye l’ensemble des conférences y compris les conférences non labellisées
  • Que soit réaffirmée la liberté totale de création des associations
  • Que soient mis à disposition souple les infrastructures de Lille 2, notamment pour le BDS

Votre programme met en avant l’idée d’un IEP avec l’étudiant en son cœur, un IEP au service de l’étudiant, avec davantage d’autonomie pour l’étudiant. Ça passe par quoi ?

L’autonomie ça passe par plein de choses comme cette liberté associative citée précédemment, mais c’est surtout sur le contrôle des absences que son absence est la plus flagrante. Ce contrôle est discrétionnaire, inefficace et violent pour des personnes absentes pour des raisons personnelles, qui se voient forcé-e-s de faire justifier par un.e médecin qu’ils.elles « ont un problème ». Le fait qu’on force des étudiant-e-s à passer un examen médical, plutôt que de les croire est une violence psychologique, sur des personnes déjà en difficulté, et est une infantilisation extrême. Nous demandons à ce que l’obligation à aller en conférence de méthode soit supprimée, ou a minima qu’il y ait une plus grande tolérance vis-à-vis des absences de la part du personnel enseignant et administratif (bien que cette dernière mesure reste discrétionnaire).

Mais l’autonomie, et donc cette lutte contre l’infantilisation c’est aussi la liberté de s’organiser et le fait de considérer que les étudiant-e-s savent ce qui est bon pour elles et eux, qu’ils et elles ne sont pas que des usager-e-s (oui c’est comme ça qu’on s’appelle, nous sommes les « collègues des usager-e-s ») mais des acteurs et actrices de leurs études. C’est pourquoi nous voudrions que les étudiant-e-s soient plus intégré-e-s, notamment dans les décisions relevant des réformes de la licence ou du master qui ont eu lieu l’année dernière et vont se poursuivre cette année. Mais aussi nous voudrions que soit mise en place une assemblée d’étudiant-e-s ouverte à tous et toutes, reconnue, permettant aux étudiant-e-s de prendre position par le vote sur les décisions administratives, de faire des propositions et de s’organiser entre elles et eux (vote de grève par exemple).

Un sujet vous tient à cœur, celui des étudiants salariés, comment compter vous améliorer leur statut ?

Tout simplement en faisant voter en CA la réduction au maximum de la durée hebdomadaire du contrat de travail permettant d’obtenir ce statut. Dans certains UFR, comme celui de sciences sociales à Grenoble, la durée de ce contrat est de 0 heures. Il suffit donc d’avoir un contrat de travail pour obtenir les avantages liés aux étudiant-e-s salarié-e-s. Mais la fin du comptage des absences aurait le même effet, et serait bénéfique pour tou-te-s les étudiant-e-s ! Le fait de ne pas imposer la période de stage pendant les vacances scolaires est aussi un moyen de permettre aux étudiant-e-s salarié-e-s durant cette période, de pouvoir travailler ET avoir plus de chances de réussir leurs études. Même si évidemment, se salarier durant ses études réduit de moitié les chances d’avoir son année et que nous préférerions qu’ils.elles n’aient pas besoin de le faire. Le salaire étudiant – on peut rêver – serait le moyen parfait. Toutes les questions sont liées, et c’est pour ça que nous nous présentons aussi au CROUS au niveau régional, avec la CGT étudiante, parce qu’aider un-e étudiant-e salarié-e ce n’est pas que lui permettre de manquer des cours ou de choisir la forme de l’examen, c’est aussi lui offrir un logement, un ticket au RU à un prix abordable et des bourses qui arrivent dans les temps.

Un dernier mot pour convaincre les étudiants de voter pour vous ?

Nous nous présentons par engagement auprès des étudiant.e.s, leur  transmettre en toute transparence ce qui se passe au CA en premier lieu, puis leur proposer des revendications que nous considérons comme nécessaires à l’avancée de la position d’étudiant.e au sein de l’école. Ce sont des propositions importantes pour nous et que nous désirons faire appliquer. Toutefois nous sommes biens conscient.e.s de l’obstacle que représente le CA, car même avec neuf élu.e.s Sud Solidaires étudiant.e.s nous ne formons pas une majorité et nos propositions seraient loin d’être acceptées par l’ensemble du CA. Ce n’est pas pour autant que nous nous présentons comme de potentiel.le.s élu.e.s désabusé.e.s par la machinerie de Sciences po Lille, au contraire nous sommes d’autant plus déterminé.e.s à inverser le rapport de force et à faire en sorte, que ce soient les étudiant.e.s qui puissent déterminer directement la politique de leur école, et non plus subir celle de leur administration. Il est bon de rappeler aussi, que si vous ne partagez pas forcément nos valeurs et nos convictions, nous sommes à votre écoute en cas de besoin, car c’est aussi notre premier rôle de pouvoir aider les étudiant.e.s dans leurs problèmes du quotidien.

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