Skip to content

Stranger Things saison 2 : la magie opère-t-elle toujours ?

Joséphine Coadou • 16 novembre 2017

Anne-Lyvia Tollinchi • 15 novembre 2017

Trump, un an plus tard

Gwendoline Morel • 9 novembre 2017

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Ma 3A au Liban : Hi, kifak ça va ?

« Beyrouth, ça ne se décrit pas, ça se vit. » Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois avant de partir, sans y prêter trop attention. Et pourtant, au moment de me mettre à écrire pour essayer de raconter mes trois premiers mois ici, je réalise à quel point elle était juste.

BEYROUTH LA DÉROUTANTE

On m’avait vendu un joyeux mélange d’Orient et d’Occident. Personnellement, je trouve que la capitale libanaise ne ressemble ni à une ville occidentale, ni à l’image que l’on peut avoir d’une ville orientale. Beyrouth, c’est plutôt un super bazar, bruyant, pollué et sale, où les voitures sont reines. Alors au début, c’est déstabilisant. Déroutant même. J’ai passé les premières semaines à me demander pourquoi je n’avais pas choisi la Scandinavie où la vie à l’air franchement plus calme. Mais finalement, une fois qu’on a fait le deuil des promenades tranquilles dans le vieux-Lille ou des après-midi posés à J.B Lebas, on peut profiter des multiples atouts de la ville.

manufacture1
Beyrouth. crédits VG

Autre phrase récurrente sur la ville, et qui pour le coup se révèle assez vraie : Beyrouth est une ville pleine d’ambiguïtés. L’insouciance des soirées rue d’Arménie contraste avec une société encore profondément marquée par son passé, celui de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1975 et 1990. Une société fière de son multi-confessionnalisme, mais où certains jeunes chrétiens sont interdits par leurs parents d’aller mettre un pied dans un quartier musulman. Le luxe de Zaitunay Bay et les camps de réfugiés syriens. Les hôtels ultra-modernes et les immeubles criblés de balles. Des mini-jupes et des voiles, des muezzins et des cloches d’églises…

Et finalement, je crois que c’est tout ce mélange qui fait qu’on s’attache vite à la ville (les manouchés zeitar wa jebneh – une sorte de pâte à pizza fine recouverte de fromage et de thym – et le houmous y sont aussi pour quelque chose).

ET AUTOUR, IL Y A QUOI ?

Mais la capitale, si attachante soit elle, devient vite irrespirable. Heureusement, on peut facilement profiter des weekends pour découvrir le reste du pays. Car le Liban a beau être grand comme un département français, il y a largement de quoi s’occuper. De la plage jusqu’à mi-novembre aux randonnées dans la fraîcheur des montagnes, en passant par les réserves de cèdres (l’arbre millénaire et symbole du pays) et les visites de sites historiques, le pays s’offre en intégralité et les excursions à la journée sont toujours possibles.

Et c’est ce qui est vraiment surprenant dans ce pays, minuscule, coincé entre la mer et la guerre. La diversité des paysages est une chose, mais elle est à l’image de la richesse culturelle et historique du territoire libanais. Pour les fanas d’histoire, c’est incroyable. Beaucoup de civilisations ont un jour posé le pied sur le territoire de l’actuel Liban : les Phéniciens, les Romains, les Omeyyades, les Abbassides, les Byzantins, les Ottomans, mais aussi les Croisés, les Mamelouks, et même les Français (dans le cadre du Mandat). Tout ça donne un territoire marqué par des influences multiples, où les ruines romaines côtoient le palace ottoman.

La mer, la montagne et l'Histoire
La mer, la montagne et l’Histoire crédits VG

Si on peut quitter Beyrouth tous les weekends, on peut aussi profiter des vacances (ou s’accorder soi-même une semaine de vacances, la charge de travail n’est pas un problème) pour voyager dans les pays voisins. La Turquie, l’Iran, la Jordanie, Chypre, la Grèce et même l’Egypte sont accessibles rapidement en avion, pour pas trop cher.

ET ÇA CRAINT PAS TROP ? 

Quand on dit à ses amis et – surtout – à sa famille qu’on veut partir vivre un an au Liban, les réactions sont multiples allant de l’enthousiasme à l’incompréhension, de la curiosité aux préjugés… Dans le top 3 des questions récurrentes :

« Tu vas porter le voile ? »

Non le voile n’est pas obligatoire, de toute façon la plupart des étudiants vivent dans des quartiers chrétiens où pas une seule femme n’est voilée, après il paraît que c’est plus tendu dans les quartiers du Hezbollah, mais j’ai pas testé. Plus généralement, en tant que femme, je ne me sens pas moins en sécurité qu’en France.

« Il y a pas la guerre là-bas ? »

Non. Par contre, il n’y a pas vraiment d’Etat non plus, ce qui rend le pays fragile. Si l’élection de Michel Aoun fin octobre a mis fin à deux ans et demi de vacance présidentielle après un vote qui en dit long sur les pratiques institutionnelles au Liban (des débutés ont voté pour une chanteuse-mannequin libanaise et un à même osé un bulletin « Zorba le Grec »), il n’en demeure pas moins qu’une partie du territoire et des frontières est contrôlée par le Hezbollah. Au-delà de ça, l’Etat libanais reste enfermé dans un modèle confessionnel qui montre ses limites, et est incapable de gérer la crise des déchets, de faire respecter un minimum de règles d’urbanisme, ou plus grave encore, de protéger ses propres frontières. Pour faire simple, la loi ne vaut rien face à l’argent (les étudiants en droit étudient même la fraude « semi-légale », ça vous donne une idée.).

L'élection de Michel Aoun, le 31 Octobre 2016, a mis fin à deux ans et demi de vacance présidentielle. crédits : Louis Gagny
L’élection de Michel Aoun, le 31 Octobre 2016, a mis fin à deux ans et demi de vacance présidentielle. crédits Louis Gagny

« Trop bien, tu vas apprendre l’arabe ? »

C’est la question qui fâche. Avec neuf heures par semaine, c’est le cours qui occupe le plus de place dans l’emploi du temps. Avec un travail régulier, c’est vrai qu’on progresse rapidement. N’empêche que vous pouvez oublier tout de suite l’idée de revenir en France en étant parfaitement bilingue : c’est très laborieux, on apprend l’arabe littéraire qui n’est pas le même que celui parlé dans la rue, rue dans laquelle de toute façon, on parle en français… Bref si vous voulez vraiment avoir un bon niveau, il ne vous reste plus qu’à envisager une année de césure et à vous inscrire aux cours de l’Institut Français du Proche-Orient d’Amman ou de Beyrouth, parce que  la 3A ne suffira pas, loin de là.

Mais bon, le mot de la fin reste quand même « Yallah come » (Allez viens). Parce que même si la connexion Internet est la pire du monde, même si le code de la route, le jambon blanc et l’eau du robinet vont te manquer, le Liban reste le genre de destination qui te fait comprendre pas mal de choses sur le monde dans lequel on vit. Et surtout tu vas apprendre à écrire dans un mix de français, d’anglais et d’arabe, avec des mots composés de lettres et de chiffres (Saba7 el 5ir ! Hi, kifak ça va ? mni7, merci ktir. A8lan wa s8lan fi Loubnan !). Et ça, je te jure que ça fait la diff.

Valentine Graveleau

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *