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Rogue One : A Star Wars Story : revenir là où tout a commencé ?

Après seulement un an d’absence, les studios Disney sortent le nouvel opus de la licence Star Wars, première Stand-alone story de la saga. Plus sombre, plus ambigu, cet opus montre que la saga peut conserver une réelle qualité artistique tout en restant populaire. A ne pas manquer si vous êtes fan de l’univers de George Lucas !

Note : cette modeste note est destinée à celles et ceux qui n’ont pas encore vu le film et aussi aux personnes qui l’ont vu et qui cherchent à l’analyser. Elle contient donc une première partie sans spoilers ; et la suivante une partie avec des spoilers.

Rogue One, c’est quoi ? Si vous n’êtes pas familier-e avec l’univers de Star Wars, il est important de donner ici quelques précisions. Ce film, sorti chez nous le mercredi 14 décembre, est le premier film se déroulant au sein de l’univers créé par George Lucas, sans faire partie de la série connue jusqu’alors. Nous ne connaissons ici rien de la famille Skywalker, pas grand-chose des Jedi ou de la Force. Cet opus est une histoire indépendante des épisodes I à VII : c’est une stand alone story, une histoire qui « tient toute seule ».

Plus précisément, elle prend chronologiquement place juste avant le début de l’épisode IV, qui est le premier à être sorti dans les salles de cinéma en 1977. Il raconte comment les rebelles, se battant contre un empire s’étendant sur plusieurs systèmes planétaires, vont parvenir à se procurer les plans de l’étoile noire, une arme gigantesque, d’une capacité de destruction phénoménale.

1977, c’était le début de la science fiction, où le projet de Lucas connaissait un budget bien moindre et où celles et ceux qui pariaient sur le succès d’un space opéra (une épopée spatiale) populaire n’étaient pas très nombreux-ses. L’épisode est donc également un défi : celui de faire un lien entre deux époques séparées de 40 ans, et d’un public aussi divers que peut le laisser entendre un tel laps de temps. Plaire à une base de fans exigeante et ancienne et conquérir de nouveaux publics, c’est ainsi que se définit un tel défi. Il faut reconnaître que la tâche n’est pas sans enjeu, car le rachat de Lucas Film (la licence Star Wars) par les studios Disney a entraîné la dépense d’une somme de plusieurs milliards de dollars. Les studios doivent donc réaliser un long-métrage qui sache plaire aux deux publics, afin d’assurer une survie de la saga.

Que penser de ce nouvel opus ? De mon point de vue d’adepte de la saga, j’ai été assez conquise. L’histoire propose une prise de distance avec la lignée des Skywalker. Les thèmes de l’élu, de la prophétie, du destin, centraux dans la saga, ne sont pas présents ici. Ainsi, le film propose un aspect plus sombre de l’univers que nous connaissons, qui n’a plus sa dimension mythologique et symbolique. Rogue One est une histoire qui apparaît comme plus mature, plus ambivalente : par là, son réalisateur, Gareth Edwards, a su réutiliser la nouveauté qu’avait apporté la prélogie (les épisodes I, II et III) : traiter l’aspect politique de l’univers. Si la prélogie avait déçu par beaucoup d’éléments, elle avait insufflé un nouveau souffle à Star Wars. La trilogie originelle était une histoire de parcours initiatique, la prélogie une tragédie grecque dans un contexte de démocratie malade inspirée de la période du nazisme. Ici, le film emprunte son style au film de guerre, sur un ton plus complexe, plus dur, moins léger et moins manichéen. Ce sont les personnages qui semblent servir un message politique et témoigner d’un conflit plutôt que l’inverse.

Le film a probablement réussi son pari de renouveler le style de la saga car il est un stand alone, comme nous l’avons dit plus tôt. Etant moins dépendant de ses prédécesseurs que l’épisode VII (Le réveil de la Force, sorti l’année dernière), il offre donc une sensation que ce dernier n’a pas : le sentiment de faire face à un film plus personnel, prenant davantage de risques. Il est beaucoup comparé à l’épisode V (l’Empire contre Attaque), largement reconnu comme le meilleur de la saga. Il est à noter que ce dernier est aussi très sombre et il a fait l’objet de beaucoup de critiques par George Lucas, qui estimait que le réalisateur [Irvin Kershner] avait alors pris trop de libertés. Cette prise de risque se confirme dans les choix artistiques et de mise en scène du réalisateur, qui dévoile un film très beau, qui apparaît comme étant travaillé et recherché. Il semble que le thème artistique définissant cet opus est l’immensité, le gigantisme. Cet aspect est visible par le choix de montrer une multitude de systèmes différents, ainsi que par l’utilisation de cadres extrêmement larges qui donnent l’impression que le personnage est minuscule au sein de son univers. En somme, une belle association entre le message du film et sa direction artistique.

Rogue One: A Star Wars Story Death Star Photo credit: Lucasfilm/ILM ©2016 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.
Rogue One: A Star Wars Story
Death Star
Photo credit: Lucasfilm/ILM
©2016 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved.

Le film se montre innovant en mettant en avant un élément : l’Etoile Noire. Elle était déjà présente dans les épisodes IV et VI (voire dans le VII avec la base « Star Killer »), mais elle n’avait qu’un rôle d’élément dans l’intrigue, elle était fonctionnelle. Ici, elle est davantage mise en valeur, elle se veut menaçante non pas parce qu’on la décrit comme telle (comme c’était le cas dans la trilogie originelle), non pas parce qu’on la voit en action (comme dans le VII) mais, simplement, parce qu’on la montre. Elle est mise en scène de manière à mettre en valeur son gigantisme et son aspect terrifiant.

En conclusion, pour la partie sans spoilers, que dire ? Ce qui se détache de tous les arguments évoqués est le fait que Rogue One semble être un bon film… mais à la lumière des films de la saga précédents. Toutes les analyses tirées sont faites en référence aux films déjà existant de la licence Star Wars. En d’autres termes, Rogue One brille là où les films précédents ont pêché ou ont été incomplets. Il brille parce qu’il complète ou montre sous un nouveau jour des aspects antérieurs de la saga. Il est difficile de l’analyser en se détachant de ce passé, tant il est marquant et riche.

Cela amène un autre problème : si ce film ne prend tout son sens dans son héritage, dans cette saga scénaristique et filmique, alors saura-t-il conquérir un public différent de sa fanbase ? Rien n’est moins sûr. C’est peut être pour cette raison que des grands titres de presse comme Le Monde (ici et ici) et Libération (ici) ont réalisé des critiques assassines de ce long-métrage alors qu’il s’illustre par de bonnes notes sur les sites cinéphiles tels que l’anglophone ImDb (8,3/10 à l’heure où paraît cet article) ou le francophone SensCritique (7,1/10). Il semble qu’un fossé se creuse entre les amateurs et amatrices très fidèles de la saga et tout le reste du public, qui n’a ni les codes ni le rapport intime à Star Wars qui peut lui permettre d’apprécier le film à sa juste mesure. Et on comprend que le film a été avant tout réalisé pour être à la hauteur de l’exigence des fans à la présence d’éléments de l’ordre du fan service et de la précision avec laquelle les technicie-ne-s se sont efforcé.e.s de reproduire les décors et costumes de l’épisode IV. Cela amène à une interrogation : avec ce projet, Star Wars ne devient-il pas un film de niche, dont l’appréciation complète nécessite de longues heures de visionnage (de pas moins de 7 films différents) ? Pourtant, un fait contredit cette hypothèse : Rogue One se révèle être un film rentable et qui connaît un succès important. Il a récolté 155 millions de dollars pour son premier week-end d’exploitation, ce qui en fait le second meilleur démarrage de l’histoire pour un mois de décembre. L’histoire ne nous a pas encore dit si son succès sera encore plus grand que celui de Star Wars VII, mais force est de constater que même si le public originel de la saga se complète de jeunes générations, la formule continue à marcher. Le mystère reste donc bien présent et nous sommes bien en peine de l’expliquer. L’explication est peut-être celle de l’inclusion salvatrice d’un casting d’acteurs et d’actrices plus divers (Diego Luna est mexicain, Forrest Whitaker est afro-américain, Donnie Yen est chinois, Riz Ahmed est britannique, d’origine pakistanaise). Elle l’est peut-être de la constante exploitation de la licence Star Wars à travers un merchandising toujours plus important.

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Quoi qu’il en soit, Star Wars semble rester une saga qui fonctionne : et ça tombe bien car elle ne perd pas en qualité. Si vous êtes fans de Star Wars, ou même déçu-e de l’épisode VII, n’hésitez pas à voir ce dernier opus, vous allez sûrement apprécier le spectacle. Si vous n’avez jamais vu de Star Wars en revanche, ce n’est pas nécessairement le bon film pour commencer la saga. Je vous recommande plutôt l’épisode IV, afin de revenir, comme le fait ce dernier opus, là où tout à commencé. Pour celles et ceux qui avaient déjà vu le film, rentrons dans les détails. Ce film est assez obscur et perd la dimension légère et grandiose que pouvaient avoir les autres opus de la saga. Que cela concerne l’Empire Galactique ou l’Alliance Rebelle, la réalisation semble porter la volonté de montrer les deux machines ennemies de manière ambivalente et pas de manière monolithique et unilatérale, comme cela a pu l’être dans la saga jusqu’alors. Nous pouvions, par le passé, montrer ces deux pouvoirs comme des belligérants porteurs de valeurs, de normes, de propagande. Nous avons à voir ici des arènes conflictuelles présentant des enjeux de pouvoirs et des rivalités internes. Empire comme Résistance, si tout semble les opposer au premier abord, ne sont donc au final pas si différents que ça. Chaque membre de ces systèmes sont prêts à remettre en cause le bon fonctionnement interne de ces systèmes et les idéaux portés par ceux-ci pour appliquer leurs idées (pour l’Alliance) ou promouvoir leur carrière (pour l’Empire).

C’est donc avec une certaine finesse que les frontières se troublent entre les deux entités opposantes. Nous pouvons remarquer que, pour l’une des premières fois, l’héroïne est habillée de noir ou de couleurs sombres alors que l’antagoniste, Orson Krennic, porte lui des vêtements blancs. Dans une saga telle que Star Wars où les éléments chromatiques sont loin d’être anecdotiques, cet aspect est notable.

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Cet ennemi, par ailleurs illustre parfaitement cette nouvelle thématique, étant un ennemi intéressé par sa carrière et extrêmement ambitieux, jaloux et hypocrite, prêt à tuer pour promouvoir ses intérêts élitistes. C’est une facette encore rarement présente dans la saga, où le mal naît en général d’une tragédie personnelle et familiale, quand il n’est pas purement essentialisé. L’Empire n’a pas été présenté comme un bloc monolithique au sens où nous comprenions que l’élément qui contenait l’éclatement du pouvoir était Dark Vador et la terreur qu’il inspirait aux chefs désobéissants. Il nous est donné à voir un autre aspect de la complexité de ce système : un jeu de pouvoirs où acquérir de l’autorité est un moteur pour tous les petits chefs.

La Rébellion subit quand à elle un changement de point de vue assez marqué. Elle est présentée de manière complètement désenchantée dans la première moitié du film. C’est un organe qui libère l’héroïne non pas par humanisme mais par intérêt. Qui connaît lui aussi des conflits internes et qui se salit les mains en trahissant l’héroïne. Elle est une machine politique et une arène de rivalités, peu porteuse d’idéaux. Il est vraiment dommage que cette vision soit entièrement remise en cause dans la seconde moitié du film quand la Rébellion décide de partir à la rescousse de nos héros, et que l’héroïne se réconcilie avec les idéaux de l’Alliance. Je reste sur une certaine amertume de ce point de vue, car cette réconciliation, cette main tendue de l’héroïne pour la cause Rebelle, n’est pas très claire. Le filme nous donne l’impression de gommer les aspects sombres de l’Alliance en proposant une mission suicide de l’ensemble des forces rebelles.

Le film est également sombre car il est l’un des rares de la saga à faire passer un contexte politique et militaire avant les individus censés être les héros. C’est parce que, dans leur nature même, les aventures de Jyn Erso et de ses compagnons ne font que s’imbriquer dans une plus grande histoire dont les Skywalker sont les véritables héros. Cet opus montre l’ensemble de ses protagonistes principaux mourir à la fin de leur mission pour une raison principale : s’ils avaient survécu, leur exploit aurait été trop grand pour qu’ils ne jouent pas un rôle dans la suite de la guerre ; c’est à dire dans la trilogie originelle tournée plusieurs décennies plus tôt. Par conséquent, l’intrigue a littéralement sacrifié ses personnages principaux, ce qui est un fait assez rare dans un Star Wars, qui inscrit cet opus davantage dans le genre du film de guerre plutôt que celui de la quête initiatique.

Dans la saga, un grand nombre de personnages principaux sont décédés, les Jedi ont connu un anéantissement où tout-e-s ceux qui ne sont pas morts de la main des Stormtroopers se sont exilé-e-s. Mais cet effacement de l’individualité dans une boucherie a eu un rôle : celui de sublimer l’individualité des Skywalker et surtout celle d’Anakin. Après avoir été l’enfant choisi par la prophétie pour rétablir l’équilibre dans la Force, après avoir déçu ses maîtres en devenant Dark Vador et mettant fin à l’ordre jedi, il est sublimé à la fin de l’épisode VI en tuant le dernier des chefs Sith, son propre maître, et ainsi réalisant la prophétie. Dans Rogue One, pas de prophétie, pas d’individualité ni d’élu, simplement un ensemble de héros qui permettra par leur mort de marquer légèrement la saga. On ne prononcera pas leur nom dans la suite des aventures des Skywalker, mais on évoquera leur périples par une anonyme et humble phrase : « beaucoup de nos hommes ont perdu la vie pour obtenir ces plans ».

Si ces éléments nous montrent une chose, c’est que la saga Star Wars est un ensemble de films trop interdépendants pour pouvoir être analysés individuellement. Remarquez d’ailleurs l’usage des décors. Rogue One s’ouvre sur une planète ressemblant énormément à la dernière scène de l’épisode VII (qui est le film précédant Rogue One dans notre chronologie) et se termine quelques heures, voire quelques minutes avant le début de l’épisode IV (qui est le film suivant Rogue One dans la chronologie de la saga).

Cet élément nous montre la petitesse du film individuel dans l’univers de Star Wars et de l’histoire fictionnelle, mais également dans son histoire en temps que produit cinématographique, puisque la saga est l’une des plus anciennes et longues de l’histoire. Encore une fois, la saga joue avec la binarité entre l’individu et son monde, entre la subjectivité et l’immensité.

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Les dernières scènes sont celles qui m’ont personnellement le plus émue. A la fin, les personnages que l’on vient de découvrir décèdent les uns après les autres, et, au fur et à mesure, nous reviennent des costumes, des décors et des sons familiers : ceux des toutes premières minutes de l’épisode IV, qui fut pour beaucoup d’entre nous les toutes premières images que nous avons eu de la saga. Le vaisseau rebelle assailli par les soldats de l’Empire, les membres de l’Alliance paniqués, et cette chaîne humaine désespérée tentant de sauvegarder une toute petite carte mémoire contenant les plans de l’Etoile Noire. Que dire de la dantesque scène d’apparition de Dark Vador, dégainant le seul sabre laser de tout le film ? Que dire de l’apparition de Leia Organa dans les dernières seconde du film qui n’aura laissé personne indifférent ? Par ces images, Rogue One ne peut que nous émouvoir par sa symbolique, sa capacité à se placer dans une histoire à la fois immense et très intime, à revenir (en nous amenant avec lui), une fois encore, là où tout à commencé.

PS: notre article sur l’opus précédent: Le Réveil de la Force

Anaïs Dudout

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