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Paroles d’anciens, Virginie Moine, officière volontaire des armées : « Travailler en gendarmerie, c’est travailler pour l’État, mais en étant au service de la population »

Des gendarmes qui sont passés par Sciences Po Lille ? Il y en a. Virginie Moine est diplômée depuis 2017 du master SIGR (stratégie, intelligence et gestion des risques). Mais elle passe encore des concours. Elle veut devenir commandante d’un peloton de surveillance et d’intervention ou d’une brigade de recherche. Portrait d’une officière volontaire des armées.

Quel est le nom exact du poste que vous occupez actuellement ? Depuis quand occupez-vous ce poste ?

Concernant mon statut : je suis Aspirante de Gendarmerie Issu du Volontariat (AGIV). Cela signifie que je suis officière volontaire des armées, sous contrat pour 6 ans maximum, avec une solde d’environ 1400€ par mois. Mon grade est Aspirante (appellation Lieutenante), c’est le premier grade du corps des officiers, mais j’appartiens au statut des volontaires.

Ce recrutement a été suspendu pour le moment, il n’est donc plus possible pour les personnes intéressées d’y postuler. Je fais partie de la dernière promotion d’AGIV. J’ai suivi une formation de trois mois à l’école des officiers de la gendarmerie (EOGN) à Melun (77) d’août à novembre 2018 et j’ai pris mes fonctions au 28 novembre 2018.

Je suis actuellement en poste à l’école de gendarmerie de Tulle (19).

Quel est votre parcours depuis que vous avez quitté Sciences Po Lille ? C’est-à-dire, comment êtes-vous devenu officier volontaire ?

Initialement désireuse d’intégrer l’armée de terre en tant qu’officier, j’ai réalisé mon stage de M2 à la Mission de Défense de l’ambassade de France en Israël. Cependant, ayant déjà vécu plusieurs années à l’étranger, j’aspirais de plus en plus à construire une carrière sur le sol français.

J’ai alors postulé pour intégrer la Classe Préparatoire Intégrée de la Gendarmerie (prépa payée au concours d’officier, directement à l’école des officiers de la gendarmerie). Ma candidature n’a malheureusement pas été retenue pour cette prépa, mais la Direction Générale de la Gendarmerie m’a proposé de devenir AGIV. J’ai donc sauté sur l’occasion.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans la gendarmerie ? Quels sont les avantages de votre métier (et les avantages qu’il y a à travailler dans la gendarmerie) ?

J’ai choisi la gendarmerie d’abord car j’ai toujours voulu être militaire. Ensuite, car c’est une force humaine, dont l’action et le fonctionnement sont basés sur énormément de principes et valeurs éthiques très importants pour moi. De plus, le contact humain, la protection et le secours aux populations qui constituent le cœur du métier de gendarme, sont des causes très nobles à mon sens. J’avais besoin d’exercer un métier qui ait du sens et une utilité publique.

« Aider son prochain, le protéger et le secourir »

Les avantages sont nombreux : Travailler en gendarmerie, c’est travailler pour l’État, mais en étant au service de la population. C’est aider son prochain, le protéger et le secourir. En termes de sentiment d’utilité publique et de reconnaissance personnelle, c’est donc très satisfaisant.

Les missions sont variées. Il existe de multiples métiers et spécialités en gendarmerie auxquelles on peut accéder sans forcément de prérequis de formation. Les mutations sont régulières selon les statuts ce qui permet de voir du pays, y compris à l’étranger et dans des institutions internationales (OTAN, etc.). Il existe aussi des possibilités pour se sédentariser un petit peu plus.

Les gendarmes bénéficient d’un logement de service : maison ou un appartement pour lequel on ne paie pas de loyer, seulement les charges. Les militaires ont des tarifs préférentiels sur énormément de choses. Il y a 45 jours de permission par an (sans compter les jours de repos etc.). Il est possible de changer de poste au sein de la gendarmerie.
En bref un métier qui exclue toute routine et tout quotidien lassant !

Quels sont les inconvénients de votre travail (actuel et futur) ?

Le statut militaire peut avoir ses limites en termes de satisfactions :

Nous sommes soumis à beaucoup d’obligations, notamment la mobilité. On peut parfois se retrouver affecté à un endroit qui ne nous plaît absolument pas sans avoir la possibilité de changer… Beaucoup de cérémonies, de protocoles, qui peuvent être contraignants pour ceux qui n’ont pas la fibre militaire ;

« On sait quand on part, on ne sait pas quand on rentre »

Pour les gendarmes sur le terrain : on sait quand on part, on ne sait pas quand on rentre. Nous pouvons être amenés à travailler la nuit, ou plusieurs jours de suite, même si nous étions censés partir à 18h, même si on avait prévu de fêter Noël ou de voir des proches un week-end… le service prime. Si par exemple on finit à 18h mais qu’à 17h45 une personne vient déposer plainte pour viol, on prend sa plainte et on ne quitte la brigade qu’une fois qu’on a fait son travail. Même si ça implique de partir à 23h…

Pourriez-vous me décrire une “journée-type” ? Ce que vous faites au travail ?

Ici je ne pourrais malheureusement pas décrire une journée-type sur le terrain, dans la mesure où j’ai choisi une affectation en école de formation initiale de manière à pouvoir avoir le plus de temps possible pour préparer mon concours officier universitaire.

En revanche, au sein de l’école voilà une journée-type :
Je commence à 7h30 le matin et finis entre 17h30 et 18h30 selon les jours. Mes journées sont ponctuées par de l’administratif en grande partie : je gère la planification du service. C’est-à-dire que je place les cadres sur les différents cours, permanences de sécurité, cérémonies, etc.

Ensuite je donne des cours aux élèves (tir, sport, droit, éthique et déontologie, …). J’assure également le suivi individuel des élèves (entretiens, notations, etc.). J’encadre certaines activités telles que marches en extérieur, bivouacs, exercices nocturnes, examens finaux, etc.
Je participe à beaucoup de cérémonies… au moins deux par mois si ce n’est plus.
J’assure des permanences de sécurité d’une durée de 24 heures, pendant lesquelles j’effectue des rondes et veille à la sécurité et au bon fonctionnement de la caserne.
Il y a aussi tout un volet ingénierie pédagogique. Je fais partie de la section innovation pédagogique, au sein de laquelle je participe à de la gestion de projet pour la création d’une brigade fictive. J’ai également participé à la création des cours de toute une matière.

Enfin, j’ai représenté l’école de Tulle (19) dans le cadre d’un partenariat entre l’IGGN (inspection générale de la gendarmerie nationale) et le Défenseur des Droits.

À votre avis, quelles sont les qualités requises devenir officier ? Et les savoirs et techniques à acquérir en dehors de Sciences Po Lille ?

La première chose pour être un bon officier, c’est l’exemplarité. On ne peut décemment pas être officier mais commettre des excès de vitesse, conduire en ayant bu de l’alcool, etc. Ensuite il faut avoir une force de caractère, ne pas se laisser marcher dessus, tout en sachant rester humble, chose réellement indispensable.

Les sous-officiers ont énormément de choses à apprendre aux jeunes officiers en raison de leur connaissance des réalités du terrain et de leur expérience. Il est donc nécessaire de savoir s’appuyer sur eux et de les écouter pour avoir un commandement légitime et juste.
Il faut également être bon sportif. Le niveau des gendarmes est testé tous les deux ans et est assez exigeant. Par exemple, jusqu’à l’âge de 40 ans, un gendarme doit être capable de courir 3000 m en moins de 18 minutes pour une femme et moins de 15 minutes pour un homme… Ce n’est pas donné à tout le monde donc il faut avoir la capacité à entretenir son physique.

Pensez-vous que votre travail est compatible avec une vie de famille et/ou personnelle ? Par exemple : à quelle heure rentrez-vous le soir environ ?

Le métier de gendarme est tout à fait compatible avec une vie de famille ou personnelle. Mais c’est parce que je suis affectée en école. J’ai quasiment tous mes week-ends, et 45 jours de vacances par an. J’ai donc beaucoup de temps libre. C’est en revanche un peu plus compliqué lorsque l’on est gendarme mobile. Bien qu’étant basé quelque part en France, les gendarmes mobiles sont en réalité absents en moyenne 280 jours par an, si ce n’est plus…
Il y a un gros avantage en gendarmerie que j’ai oublié tout à l’heure : l’institution prend en compte la situation familiale de ses militaires. Ainsi les personnels mariés ou pacsés peuvent demander des rapprochements familiaux en sortie d’école ou d’affectation en affectation.

Savez-vous pourquoi le recrutement d’officiers volontaires a été supprimé récemment ? Y a-t-il un problème de débouchés dans la gendarmerie ?

Le recrutement d’officier volontaire a été supprimé notamment en raison de la difficulté de positionnement pour les Aspirants. En effet, nous avons un statut équivalent à celui des gendarmes adjoints volontaires (recrutés à partir de 18 ans, aucune condition de diplôme, avec un niveau scolaire assez bas). Il y a malheureusement très peu de considération intellectuelle à l’égard de ces jeunes, auxquels les Aspirants sont souvent assimilés.
Malgré cela, les Aspirants occupent des fonctions habituellement occupées par des officiers de carrière, avec une solde équivalente au double si ce n’est triple de celle d’un Aspirant… De plus, nous sommes amenés à commander des personnels qui eux sont de carrière. Sous-officiers certes, mais avec 10, 15, 20 ans de gendarmerie. Si certains acceptent les règles de la hiérarchie et jouent le jeu, d’autres n’hésitent pas à mettre des bâtons dans les roues des aspirants et à les dénigrer. Le positionnement est donc très difficile à trouver…
Par ailleurs un nouveau statut devrait être créé (normalement). Il vise à allonger le temps des volontaires de 6 à 17 ans comme dans les autres armées. Il n’y aurait donc plus d’Aspirants ou de Gendarmes adjoints volontaires, mais un seul corps de volontaires qui pourraient servir plus longtemps.

A quoi ressemblera votre formation une fois le concours réussi ?

La formation se déroule sur deux ans à Melun (77). Les cours s’organisent sur phases de stages militaires intensifs en camps et centres d’entraînement, en internat pendant 1, 2, 3, 4 semaines. Et des moments un peu plus « ambiance fac » avec des heures de cours par-ci et par-là.
La première année reste malgré tout très intensive puisqu’on y apprend les bases du métier : bases du soldat, du combat, du commandement militaire, … En fin de première année, on part en renfort saisonnier sur le terrain.
En deuxième année, après avoir passé certaines qualifications, c’est le moment de choisir sa majeure. Il y a sécurité publique générale (pour travailler en brigade), sécurité routière, maintien de l’ordre (gendarmerie mobile), ou police judiciaire. A l’issue de la formation on choisit donc en fonction de la liste des postes ouverts et de son classement, un poste. Cela peut être commandant d’un peloton motorisé, d’une brigade de recherche (PJ), d’un PSIG (peloton de surveillance et d’intervention), d’un peloton de gendarmerie mobile, etc.

A quoi ressemblera votre métier une fois la formation terminée ? Avez-vous des préférences et si oui pourquoi ? Dans quel(s) secteur(s) de la gendarmerie préfériez-vous travailler ?

Pour ma part, j’aimerais commander un PSIG (peloton de surveillance et d’intervention) ou alors une brigade de recherche. Les deux métiers sont complètement différents donc on verra avec le temps vers quoi je m’oriente (et surtout si je réussis mon concours ! ). Le PSIG me plaît beaucoup car c’est le niveau au-dessus de la brigade en matière d’intervention. Les personnels ont plus de matériels et plus de qualifications pour intervenir dans certaines situations. Le reste du temps, les personnels remplissent des missions classiques (police route, PJ, etc.). Surtout, ils font énormément de sport pour être au top au moment d’intervenir. Étant assez sportive, cela me permettrait de joindre l’utile à l’agréable.

En brigade de recherche on a moins le côté physique et plus le côté intellectuel. On travaille beaucoup en civil, sur des enquêtes longues. On mène des gardes à vue (chose qu’on n’a pas vocation à faire en PSIG, où on va plutôt interpeller la personne à mettre en GAV (garde à vue), la livrer à ceux qui vont l’interroger et ensuite on repart).
Ceci étant, il est toujours possible au cours de sa carrière de faire les deux !

Avez-vous un conseil pour les étudiants de Sciences Po Lille qui voudraient devenir officier plus tard ?

Si vous souhaitez réussir le concours d’officier universitaire pas de secret : une bonne préparation. Donc restez dans le bain et ne perdez pas de temps à la fin du Master. Pour ma part voilà deux ans que je suis diplômée. Je ne vous cache pas que j’ai du mal à me mettre à fond dans les bouquins comme quand j’étais à Lille… Environ 400 candidats par an pour 20 places. Des candidats qui sortent de classe prépa sciences po Paris et autres, donc restez motivés !

Quelques liens utiles pour en savoir plus sur les diplômés, et la gendarmerie :

Marion Galard

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