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Le bon vieux temps du RU Châtillon

« Est-ce que vous voulez du pain ? » Cette question rappellera sans doute des souvenirs aux étudiant.e.s qui mangeaient au RU l’année dernière. Cet article rédigé en février dernier n’avait pas vocation à être publié, mais après tout, chez Manu, il y a de tout, y compris des sujets plus légers comme celui-ci: voici un retour sur les personnalités du RU les plus emblématiques que les étudiant.e.s croisaient chaque jour l’année dernière. 

Tout à changé au RU Châtillon de Lille depuis qu’une 2ème file de self a été ajoutée. Lorsque les étudiant.e.s arrivent, ils accèdent à présent directement au niveau du self. Mais il n’en a pas toujours été de même. Des files d’attente de 30 minutes guettaient ceux qui avaient le malheur d’arriver au RU après 12h. Cependant, bien des choses n’ont pas changé: le couloir d’entrée, le papier peint vert, la règle des 3 périphériques maximum dont le fameux fruit obligatoire… Le personnel aussi est le même, d’ailleurs, certains visages me semblent aujourd’hui familiers.

Commençons par l’emblématique jeune salarié chargé de la distribution du pain et des couverts, plus communément appelé « Monsieur pain » par mes camarades et moi. Fidèle au poste, nous le retrouvons dès l’entrée au RU alors qu’il était auparavant placé au bout du self, lui qui constituait la clé de voute de la salle à manger. Quel plaisir d’être accueillis par Monsieur pain dès l’entrée dans le RU à présent! Lorsqu’il n’est pas surmené à des heures de grandes affluence comme 12h30 ou 13h, alors éreinté par deux longues heures de distribution, Monsieur pain affiche une mine enjouée. Il ne se contente pas de refiler à chacun un bout de pain, une fourchette, un couteau et une cuillère. Il demande assidûment à chaque personne « Est-ce que vous voulez du pain ? » et si la réponse est « oui », il prend soin de sélectionner un bout de pain de qualité dans son bac à pain. Ensuite, il n’oublie jamais de nous souhaiter une bonne journée, un bon appétit, un bon week-end ou parfois bon courage quand il parvient à lire l’anxiété derrière les masques.

Ayant connu une « dame de cantine » (comme nous les appelions avant) très peu aimable qui nous hurlait dessus au moindre dessert de trop, je suis comblée par le RU. Il s’agit pour moi d’une expérience à part entière dans laquelle Monsieur pain occupe une place importante. Nous échangeons chaque jour les mêmes mots (quoique l’intonation de sa question varie selon les jours) et il est vrai que je ne le connais pas vraiment. Néanmoins, je le vois plus que mes parents et je reconnais que ce bref échange quotidien, bien qu’il ne dure que quelques secondes, suffit à me remonter le moral.

Malgré son travail rébarbatif et ses mêmes gestes répétés chaque jour, il est toujours emprunt dune grande gentillesse. Il sait préserver son enthousiasme même lorsque les étudiant.e.s affluent sans fin au RU. En propageant la gentillesse et la bienveillance en ces temps compliqués, Monsieur pain fait bien plus que de distribuer du pain et des couverts. C’est pourquoi le stupide sobriquet que j’ai moi-même inventé pour le désigner, ne connaissant pas son nom, ne représente évidemment qu’une infime partie de ce qu’il incarne.

En arrivant au self, nous récupérons les mets raffinés préparés avec amour par Pas d’viande, autre surnom pour désigner le cuistot présumé du RU. Pourquoi ce surnom ? Eh bien parce qu’il est très à cheval sur l’équilibre des repas, et les ayant préparés lui-même d’après mes conjectures, il est toujours stupéfait lorsqu’il arrive à quelqu’un de ne prendre que des pâtes ou des légumes sans viande. De même, si un.e étudiant.e ne prend que de la viande, il sera là frappé d’étonnement et s’exclamera: « Pas d’légumes ? ». Comme vous le voyez, Pas d’viande s’intéresse à la qualité de l’alimentation des étudiant.e.s et insiste pour que chacun prenne de la viande ET des légumes (sauf s’il s’agit du « plat veggie », bien entendu.) Ainsi, Pas d’viande prône l’union des aliments contre le rejet et la division. Il cherche tant bien que mal à fédérer. Par ailleurs, « Pas dviande » est doté d’un sens de l’humour assez aiguisé. Il lui arrive de répondre « non » lorsqu’un.e étudiant.e lui fait part de son choix, puis de s’écrier « C’est une blague ! » en voyant la mine désappointée du jeune. Il peut aussi glisser à voix basse: « Ça à l’air dégueulasse mais c’est super bon », en vous servant. Bref, Pas d’viande est incontestablement un pilier iconique du RU.

Enfin, je ne manquerai pas d’évoquer ici Salut. Le plus souvent posté à la caisse au bout du self avec son bonnet à pompon, Salut sait ce qu’il a à faire. En voyant les étudiant.e.s arriver, il les incite à venir à sa caisse puis lance un « Salut » très audible en espérant instaurer une familiarité entre elleux et lui. Ensuite, il vérifie qu’ils aient le bon nombre de périphériques sur leurs plateaux, sinon ce qu’il y a en plus « ça dégage » ou bien « ça faut l’enlever ça ». Toutefois, attention: « Le fruit est obligatoire ! ». Ensuite il attend le paiement et lâche son habituel: « bisous », ce qui met bien mal à l’aise bon nombre étudiant.e.s. Parfois (lorsqu’il n’est pas trop occupé à écouter sa playlist), Salut regarde les étudiant.e.s se restaurer par dessus le muret devant lequel il est assis et n’hésite pas à prendre part aux conversations si le cœur lui en dit. Un jour, c’est un camarade assis à la table proche du muret de Salut qui invite ce dernier à la conversation en lui demandant s’il aime la sociologie. Salut répond que « ça a l’air chiant » mais une de mes amies lui dit qu’elle aime bien la sociologie. Alors Salut lance: « Ben si t’aimes bien, t’as du boulot, parce que la société c’est de pire en pire ! »

La distance séparant Salut de Monsieur pain dans le RU recouvre exactement leur divergence de caractère. Si Monsieur pain apparaît comme un optimiste bienveillant, Salut, lui, semble être un pessimiste résigné quant à l’avenir de la société. Mais peut-être lui faudra-t-il garder un peu d’espoir pour obtenir son Salut…

 

PS: Bien-sûr, je n’ai évoqué ici que les membres du personnel avec qui nous interagissions le plus au quotidien mais je pense également à tous les autres qui font un travail admirable.

 

Marie-Sarah Kaci

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