Pierre Mathiot, l’interview

Clément Rabu et Hugo Jumelin

Pierre Mathiot, l’interview

Pierre Mathiot, l’interview

Clément Rabu et Hugo Jumelin
Photos : Hugo Jumelin
25 septembre 2020

Le directeur de Sciences Po Lille est la première figure de notre nouvelle rubrique Portraits. Il s’est entretenu avec La Manufacture sur son rôle dans cette rentrée inédite, mais plus largement sur les divers enjeux au sein de l’IEP : l’avenir du concours, l’associatif, la dépolitisation, l’égalité de genre ou encore l’écologie. Pierre Mathiot se revendique comme “cash”, il utilise aussi l’humour et les anecdotes personnelles pour convaincre et persuader.

Pour commencer, un petit résumé de votre parcours. Par où êtes-vous passé pour en arriver là ?

J’ai bientôt 54 ans, dans quelques semaines, je suis professeur des universités en science politique depuis 21 ans. J’ai fait un Bac littéraire, puis une hypokhâgne et Sciences Po Paris à l’époque en 3 ans puis un master. Après mon service militaire, une thèse à Sciences Po Paris de politiques publiques. Je suis arrivé à Lille en 1994 à Sciences Po Lille pour un poste d’assistant puis je suis devenu professeur à la fac de droit, puis à SPL. En 2004, je suis devenu vice-président aux études de l’université Lille 2 avant d’être élu en 2007 directeur de Sciences Po Lille puis réélu en 2012. J’ai démissionné en 2015.

Je suis ensuite devenu Délégué ministériel sur la question de l’égalité des chances sous le ministère de Najat-Vallaud Belkacem, puis j’ai été missionné par Jean-Michel Blanquer en 2017 pour réformer le bac, d’ailleurs un ancien collègue de Sciences Po Lille et en passant un très bon goal de foot lorsqu’on organisait le match profs contre élèves !!

J’ai ensuite bossé sur un rapport sur l’éducation prioritaire qui a été remis en 2019. Je me suis représenté au poste de directeur à SPL et j’ai été élu en janvier 2019 pour 5 ans. Cette situation n’était pas préméditée, je tiens à le préciser, ce n’était pas du Poutine Medvedev comme les étudiants l’ont parfois dit !

Revenons sur ce début de troisième mandat : l’an dernier il y a eu les mouvements sociaux qui ont entraînés les blocages de l’IEP, les collages qui vous accusaient de “transphobe”, la polémique de la non-invitation de Geoffroy Lejeune, le confinement. Désormais les cas positifs à SPL et l’exposition médiatique qui va avec : vous dormez quand Monsieur Mathiot ?

Je dors ne vous en faites pas ! C’est vrai que l’école n’a pas été épargnée par un certain nombre de difficultés et on ne mesure parfois pas le niveau de stress qui accompagne le fait de diriger une école comme celle-ci. On parle de charge mentale, de risques psychosociaux dans les entreprises, mais quand on dit ça on pense jamais vraiment au chef, au méchant qui dirige ! Si je prends l’exemple des blocages, mon premier souci n’a jamais été de débloquer à tout prix, cela a toujours été que les choses restent calmes. Je me suis parfois interposé dans le but que ça ne monte pas en crise, car ça serait terrible pour l’école que des étudiant.e.s ne se parlent plus voire s’affrontent, et puis je suis aussi soucieux de l’intégrité physique des élèves et des locaux. Sur le stress, mon métier et mes responsabilités veulent que depuis pas mal d’années je sois amené à gérer du stress, donc finalement je dors assez bien. Il faut nécessairement une certaine expérience mais le fait de faire du sport m’aide beaucoup aussi.

On s’est pris la fermeture de l’école en pleine face !

Est-ce que justement c’est un peu comme un marathon d’être directeur ?

Ce n’est pas un marathon parce que dans un vrai marathon, on sait que c’est 42km et le temps que ça prendra, on sait qu’après on ira boire une bière et qu’on se reposera ! Là, non, c’est une forme de marathon… à surprises, sans distance ni durée et avec un parcours escarpé ! Pendant cinq ans de mandats, on ne peut rien prévoir. Cela dit, c’est plutôt sympa, le challenge, si c’était un long fleuve tranquille je ne sais pas si j’aimerais encore être directeur. Bien sûr parfois j’aspire à souffler car parfois comme disait l’autre les emmerdes volent en escadrilles !

Sur la pandémie, comment s’adapte-t-on à une crise qu’on ne connaît pas ? Est-ce qu’à Sciences Po il y avait des protocoles prévus pour faire face à ce genre d’événements ?

Avec mon équipe nous avions commencé à bosser, mais totalement “hors Covid”, sur l’innovation pédagogique et quels avantages pourraient avoir une part de distanciel dans nos cours, davantage pour enrichir le présentiel que pour s’y substituer. Mais comme tout le monde on s’est pris la fermeture de l’école en pleine face ! Pendant un week-end on s’est dit “Wah, qu’est ce qu’on va faire ?”. Mais finalement je suis assez fier de la manière dont on a géré car les contraintes étaient très nombreuses et que nous étions toutes et tous chez nous avec d’autres soucis à gérer que notre seule école. J’ai la grande chance de pouvoir compter sur une équipe composée de gens qui sont super bons, super dévoués à cette école. On a passé quelques centaines d’heures en visio mais les circuits de décision très court à SPL nous ont bien aidés.

Mais ce que je vous dis n’est sans doute pas partagé par tout le monde, c’est normal. J’ai reçu et je reçois des mails qui me disent par exemple: “Pourquoi vous nous engueuler dans vos messages, pourquoi vous êtes patriarcal ?”  et d’autres au contraire qui me reprochent de ne pas faire la police des masques! Bon moi j’ai pas l’impression de vous engueuler, juste de faire passer des messages de la moins mauvaise des manières. On gère tout cela depuis mars de façon collective, en équipe, et je crois que grâce à ce collectif, et aussi parce que l’on écoute les personnels et les élèves, on a su progresser en inventant des trucs (partiels de l’an dernier), en incluant la volonté des élu.e.s étudiant.e.s. C’est tout cela qui nous a conduit notamment à nous interroger sur d’autres manières d’évaluer les étudiant.e.s.

Il y aura un concours en 2021, on ne le modifie pas.

Justement sur l’évaluation des élèves, quel est l’avenir du concours commun ? Son annulation cette année n’était-elle pas sans le vouloir la première étape d’une disparition de ce concours ?

La question de savoir comment on recrute c’était déjà LA grande question quand j’ai intégré, de justesse, Sciences Po Paris en …. 1986 : quels sont les critères les plus justes de recrutement ? En permanence, on se demande : pas d’oraux ? Des écrits ? Ou pas? Nous, on est attaché à un concours écrit. Et ce n’est pas parce qu’on a changé cette année du fait du Covid que l’on va remettre en cause les écrits, ça c’est clair. Mais on lance des réflexions bien sûr : cette année sans concours, le profil de la nouvelle promo est assez original : il y a plus de boursiers, moi je trouve ça très bien, mais il y a aussi encore plus de filles que d’habitude, de bac ES, de bac +1. On s’interroge donc pour savoir si la méthode de cette année doit nous inspirer un peu pour les autres années.

Très concrètement pour 2021, et comme ça vous aurez un scoop (rires), on ne modifie pas le concours. On attend 2022 pour le modifier en s’adaptant à la réforme du bac. Mais on prépare bien sûr un plan B pour 2021, si l’épidémie continue à nous embêter. Ce serait encore une voie alternative peut être sur dossier, peut-être avec demande d’un CV, d’une lettre de motivation. Pour 2022, ce qui tiendra la corde c’est des épreuves écrites et des notes obtenues au lycée. Tout cela suppose de se mettre d’accord à 7 avec le réseau des Sciences Po.

Y’a-t-il une forme de pression de la part de Parcoursup de vouloir quand même supprimer le concours et passer uniquement par les dossiers ?

Oui c’est assez évident. Le directeur de Parcoursup, que je connais bien, me charrie en ce moment en me disant : “regarde ça s’est très bien passé sans concours cette année, pourquoi vouloir le maintenir ?” Et en plus Sciences Po Paris l’a supprimé donc il y a encore plus de pression. Mais la direction des sept Sciences Po du concours commun est d’accord sur ce maintien et on se sent suffisamment forts pour dire “on ne bouge pas”. Si par contre en 2021 le concours saute une nouvelle fois ça va finir par devenir quand même compliqué.

“J’espère que la vie associative redevienne normale peut-être dans un an, quand il y aura un vaccin, à la rentrée prochaine”

Dans cette crise, il y a eu également d’autres sacrifices à faire, au premier chef desquels l’associatif, un gros marqueur de l’école. Il est aujourd’hui au pied du mur. C’est déjà un gros travail de faire tourner une association, est-ce possible de “se réinventer” aujourd’hui avec les moyens mais surtout le temps que ces dirigeant.e.s possèdent ?

La vie associative est un élément très fort de l’école, les étudiant.e.s et l’administration s’y investissent énormément. A Lille, c’est l’un de nos point fort, avec l’année de mobilité, et là le Covid nous met une claque et ce sont des choses perdues pour les étudiant.e.s qui avancent dans leur cursus. A l’heure actuelle on n’a pas les réponses à tout, j’espère que la vie associative redevienne normale peut-être dans un an, quand il y aura un vaccin, à la rentrée prochaine. Pendant ce temps, j’espère qu’on va pouvoir remettre en place des conférences, petit à petit, en testant grandeur nature. C’est dur de vous dire qu’on ne peut pas faire ceci ou cela, c’est contre notre philosophie historique. Moi j’adore comme pour la venue de Thomas Piketty l’an dernier que l’amphi soit blindé, qu’il y ait du monde assis par terre, dans les travées. Le plan pour l’instant c’est de laisser passer un mois de fonctionnement de l’école avec ces conditions assez restrictives puis voir la suite. Nous avons Pierre Rosanvallon qui sera un premier test par exemple. Cela pourra nous dire si l’on repart, et si c’est le cas, ça sera avec pré-réservation, 120 places maximum. On va tester, on essaye d’adapter aussi de notre côté. Jusqu’à un certain point aussi naturellement, le gala, le WEI là c’est clair qu’on ne pourra pas faire.

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Le concours, l’associatif, cela touche à la question de l’attractivité de Sciences Po Lille. Plus globalement, hors crise, comment combine-t-on cet objectif d’être une école toujours plus attractive sur le plan national, en jouant beaucoup sur la communication, sur la “marque SPL” en tentant tout de même de ne pas tomber dans le cliché de l’école de commerce, de garder une certaine conception du service public ? A ceux qui vous critiquent sur ce tropisme communicationnel qui éloigne de l’université, vous leur dites quoi ?

Que nous sommes une école, même une grande école paraît-il, et que nous ne sommes pas au sens strict un cursus universitaire. Et ceux qui critiquent cela peuvent tout à fait poursuivre leurs études à l’université ! Plus sérieusement, je suis universitaire, j’ai enseigné 13 ans à l’université, et je connais donc très bien les deux systèmes. Nous ici on doit gérer une sorte de tension entre nos valeurs profondes de service public, qui s’incarne par exemple dans le programme PEI, et le fait que pour rester très attractifs on doit proposer des formations qui correspondent aux attentes des élèves ou des futurs élèves. Vous savez ce n’est pas si facile que cela que de vivre uniquement dans le monde des valeurs pures. Pourquoi on a un accord avec l’ESJ, avec l’EDHEC ? Très concrètement parce qu’on considère que cela correspond à la volonté d’une partie des élèves qui voudraient venir chez nous. Ensuite parce que cela nous positionne de façon très positive puisque ces deux écoles sont des établissement très réputés dans leur domaine respectif. Ça renforce notre attractivité et si j’ose dire l’employabilité de nos étudiants !

“Certes, on utilise la comm’ mais la marque Sciences Po Lille n’est pas assise sur du sable !”

Je considère que notre cursus essaye de trouver un équilibre entre de la formation universitaire, intellectuelle, de l’esprit critique : le premier cycle, on ne fait pas des cours pour savoir comment tuer son voisin pour lui piquer son entreprise ! Je l’ai longtemps appelé le cycle de “l’honnête homme” et je crois que c’est vraiment ce que l’on veut faire. Mais on se doit aussi de vous préparer à l’après-diplôme, en master, car votre employabilité dépend également de la réputation de votre école d’où vous sortez ! Quand je parle d’employabilité ce n’est pas un gros mot! En 2007, vous étiez encore tout petits, l’IEP de Lille ce n’était rien ! Aujourd’hui moi je suis fier de la marque SPL qu’on a construit année après année, certes cela va passer par de la comm’ mais pas que, la marque Sciences Po Lille ne doit pas être assise sur du sable et elle ne l’est pas ! Regardez il y a des écoles de commerce qui mettent des milliers d’euros dans des gros panneaux publicitaires et au final elles sont vides, elles ne proposent rien sinon que les élèves paient des sommes astronomiques !

Il y a eu une réelle évolution de notre école. Beaucoup de services n’existaient pas auparavant, on était en 65 en poste à l’IEP en 2007, on est 120 aujourd’hui, le budget a triplé, etc… On vient de recruter Stéphane Beaud, un des sociologues français les plus respectés, Sandrine Lévêque, qui est la présidente de la science politique en France (au Conseil National des Universités) ! Donc, on est fier de ça et effectivement on n’est pas à l’université, vous êtes recruté.e.s par concours, vous payez des droits d’inscription mais on n’est pas non plus, du tout, une école de commerce en terme de culture critique. Et puis dans les écoles de commerce il n’y a pas ce qui fait le sel du métier de directeur: les syndicats étudiants !! (rires)

En plus des syndicats étudiants on voit le retour des Jeunes écologistes, macronistes, insoumis.e.s, tous en ordre de bataille pour la présidentielle. Mais quand bien même, la dépolitisation à l’IEP donne l’impression de rester un fait solidement majoritaire. Quel est votre regard là-dessus ?

Le retour des partis politiques, c’est un peu comme le retour des éléphants au Kenya ! Quand je suis redevenu directeur on a modifié le règlement intérieur pour accepter à l’IEP les organisations politiques. On a créé les conditions mais l’offre ne crée pas la demande. Donc moi évidemment en tant que directeur de Sciences Po, je suis favorable à ce que la FAGE, l’UNEF, les jeunes avec machin, les jeunes avec bidule viennent ou reviennent à l’IEP ! C’est l’ADN d’une école comme Sciences Po, ça ne s’appelle pas Science politique pour rien !

Je suis orphelin de ce débat pluraliste. L’empêchement de la prise de parole est antinomique avec ce qu’est cette école. 

Mais force est de constater que ce pluralisme de l’offre politique et syndicale a largement disparu ! Si l’on prend le pourcentage des personnes qui veulent faire Sciences Po pour s’engager politique, ce chiffre s’est cassé la gueule ! Si dans une école comme la nôtre, faire venir un ministre ne remplit plus un amphi, voire conduit certains à tenter de l’empêcher de rentrer, et qu’il y a plus de monde quand on invite un animatrice de C8, si c’est le cas à Sciences Po (et c’est le cas parfois) c’est que la France va mal. Je fais exprès de dire ça mais ne plus avoir de débat pluraliste à l’IEP me fait souci comme me fait souci vraiment le fait de vouloir empêcher des personnes de s’exprimer car ce qu’elles ont à dire, qui ne tombe pas sous le feu de la loi, ne correspond pas à ce que certains pensent.

Personnellement quand j’étais étudiant à Sciences Po Paris, j’ai presque autant appris en assistant à des conférences, en participant à des débats qu’en allant en cours, en titillant un homme politique que je n’aimais pas. En 1986, il y avait un groupe FN et j’ai appris beaucoup en m’affrontant à ses membres, pas physiquement, je n’en avais pas trop les moyens mais dans le débat, la dispute. Ça on l’a perdu, il faut le reconnaître ! Et on doit absolument le retrouver car on ne progresse pas en cherchant ses clés sous le lampadaire, en discutant avec des gens qui sont d’accord avec vous, ça c’est de la sécurité petite bourgeoise qui assèche l’esprit critique ! J’avais même des bonnes relations avec des camarades du Front : un jour les mecs du GUD (ndlr : groupe d’union défense, mouvement d’extrême droite réputée pour ses actions violentes) font une descente à Sciences Po pour s’en prendre aux militant.e.s de gauche comme moi (ça surprendra les étudiant.e.s peut-être d’apprendre que j’ai été “de gauche” !). Ce sont les gens de droite qui se sont interposés pour les empêcher de nous casser la figure….. et qui se sont fait fracasser !

Si l’on prend le pourcentage des personnes qui veulent faire Sciences Po pour s’engager en politique, ce chiffre s’est cassé la gueule 

Donc moi en tant que directeur je suis orphelin de ce débat pluraliste, et c’est largement aux étudiant.e.s de permettre que cela revienne ! Vraiment il faut savoir écouter les gens qui ne sont pas d’accord avec vous. L’empêchement de la prise de parole est antinomique avec ce qu’est cette école. Vous avez beau avoir 19 ou 20 ans si le Premier ministre vient, vous levez la main et vous dites que vous n’êtes pas d’accord dans le respect de la fonction ! C’est beaucoup plus efficace de titiller un “puissant” que de l’empêcher de parler. J’aimerais qu’on en revienne à ça, je rêve de ça. Maintenant lorsqu’un.e ministre vient, on a les CRS devant l’école, ce n’est pas possible.

Continuons sur la politique : vous avez mené la réforme du bac aux côtés de Jean-Michel Blanquer, vous avez été délégué ministériel, on vous a vu aussi avec le préfet à Lille il y a quelques semaines. Sur les réseaux sociaux, on a vu Benoit Hamon devant sa glace : et vous, vous pensez à quoi quand vous vous rasez le matin ? Une carrière en politique ?

Bon d’abord je ne me rase pas ! Sur la politique, j’ai eu une tentation que j’ai finalement mis à la poubelle et qui m’a vacciné. En 2017, j’avais donné mon accord pour être tête de liste des sénatoriales En Marche ici dans le département. Je suis quelqu’un qui vient de la gauche, j’étais rocardien dans ma jeunesse, je me considère disons comme un social-démocrate, un possibiliste pour ceux qui connaissent l’histoire du socialisme. Evidemment pour quelques étudiants, prétendre être de centre-gauche c’est être à l’extrême droite ! J’ai ensuite rencontré Macron, comme j’avais rencotnré Hollande en 2012, et donc on m’a fait cette proposition. Et au bout de dix jours finalement, un peu comme Bernadette Soubirous et ses apparitions mariales à Lourdes, je me suis réveillé à cinq heures du mat en me disant “Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Le sénat ? Pour quelqu’un qui tient à sa liberté de ton ?”. J’ai donc renoncé et mes proches ont été très rassurés!

J’aurais peut-être plus de chances que Benoît Hamon à la présidentielle !

J’ai été dragouillé aussi par la maire de Lille mais franchement ma manière de me rendre utile ce n’est pas en étant élu politique. J’ai énormément de respect pour eux, c’est un boulot de gueux en règle générale, mais je me sens plus à l’aise car plus libre en dehors de la politique. Donc non, même si j’aurais peut-être plus de chances que Benoît Hamon à la présidentielle, mais c’est pas difficile ! Je fais un très beau métier, donc l’après-directeur je l’envisage par un retour à ma formation de base, redevenir universitaire j’adore enseigner. J’ai pas de prétention particulière, c’est pas parce que j’ai fait ça qu’ensuite je dois faire ça : je viens en vélo, je cours, je suis en tatanes, je m’en fous un peu. Je veux garder ma liberté de ton, c’est tout ce qui m’importe.

Et le monde d’après, pour le CRIT cette fois-ci, est-ce envisageable de le revoir ici à Lille un jour ?

Oui. Je l’avais moi même annulé en 2014 car l’année d’avant cela avait été scandaleux. Mais il y a eu des progrès, la Fédécrit nous a expliqué comment elle travaillait désormais, je suis moi même allé voir le CRIT en 2019 et cela m’a rassuré. Mais comme je suis assez sportif, et que j’ai d’ailleurs gagné le CRIT il y a quelques années (ndlr : l’épreuve du cross), je considère que c’est d’abord un événement sportif. Le tour de France c’est d’abord la course cycliste, pas la caravane. Donc oui, si on arrive à le remettre en place, qu’on a une bonne équipe BDS comme l’an dernier par exemple, le CRIT aura lieu en 2024 à Lille, même si finalement je ne serai plus directeur depuis deux mois !

Comment avancent les nouveaux projets annoncés l’an dernier dans l’école ? Nous n’avons pas trop vu la Commission Egalité de Genre pour le moment. Pour ce qui est de “l’écologisation” de l’IEP, est-ce que l’on doit se contenter des affiches de Praline ?

Il y a pas mal de travail “en temps masqué”, on réfléchit, on se réunit, sans que vous le voyiez forcément et des chargées de mission travaillent à mes côtés sur ces enjeux essentiels. Il y a vraiment des discussions avec tout le monde, dans le principe de la démocratie participative. On a parlé avec les étudiants, les personnels, et plus les discussions sont ouvertes à du monde, plus c’est intéressant. Mais le contrecoup est aussi la difficulté d’arrêter une position après, et de hiérarchiser les mesures. Concrètement, sur l’écologisation, le premier gros projet sera sûrement l’installation des panneaux photovoltaïques, et on va d’ailleurs associer les étudiants sur nos réflexions sur le projet. Il est en cours mais les entreprises qui les vendent sont actuellement débordées !

Dans mes idées un peu rigolotes, j’avais pensé à une journée “off” par semaine, sans aucun smartphone ni ordinateur

On doit aussi engager une réflexion plus globale car les revendications étudiantes qu’on a eu viennent aussi heurter certaines pratiques étudiantes très ancrées : tout simplement la consommation d’énergie de l’ordinateur et du smartphone. Dans mes idées un peu rigolotes j’avais donc la proposition de faire une journée complètement “OFF” par semaine. Car ce n’est pas vraiment le papier recyclé ou le tri sélectif qui font la différence mais la réduction de pratiques plus structurelles. Le Covid-19 nous prend beaucoup de temps en ce moment mais on a lancé ces réflexions.

Sur l’égalité de genre, j’ai deux exemples de choses déjà mises en place. Dans nos communications, on est très attentifs à inclure le féminin et le masculin, on a notre propre charte d’écriture inclusive qui a été adoptée en CA. On a aussi depuis la rentrée enfin des toilettes mixtes, respectant aussi les élèves qui pourraient être dans une situation de non-choix. Nous sommes également en avance sur l’autorisation qu’on donne aux étudiant.e.s pour utiliser un prénom différent de leur prénom d’origine, en donnant consigne à tout le personnel de le respecter. Ce sont des petites victoires certes mais c’est aussi un travail de longue haleine car il faut faire évoluer les mentalités et je dois reconnaître que ce n’est pas évident, à commencer par moi qui suis une sorte d’archétype du “cisgenre-héténormé-blanc -de plus de 50 ans”, c’est dire le boulot que je dois faire sur moi! Pour moi,ces petits pas symboliques sont primordiaux dans le processus d’une transformation plus profonde et à long terme.

Le Covid-19 nous impacte mais ne nous empêche pas malgré tout de nous projeter.

Certains critiquent sans doute un petit bilan ou un rythme peu soutenu, c’est normal bien sûr mais assez injuste. Personnellement je me suis sensibilisé progressivement à ces thèmes qui, disons-le n’existaient presque pas lorsque, en 2007, je suis devenu directeur pour la première fois. Je crois que c’est en restant au contact permanent des étudiants, que l’on arrive à s’adapter à ce qui est parfois nouveau et déstabilisant pour nous et à comprendre l’importance de certains sujets pour la jeune génération. J’essaie vraiment de ne pas être un directeur déconnecté du reste, je reçois des étudiants un par un, même si c’est très chronophage, je dirige des mémoires, je consulte bref j’essaie de rester au contact. C’est aussi un peu mon drame à moi de voir passer au fur et à mesure des promotions qui ont toujours le même âge ! Rendez-vous compte, nous avons la plus jeune élève ici qui est née en 2004, j’ai également été le professeur à SPL de parents d’élèves qui y sont aujourd’hui! Mais cela me challenge vraiment d’essayer de comprendre ce que vous attendez, ce à quoi vous aspirez.

Le mot de la fin ?

Je voudrais que cela soit un mot collectif au nom de l’équipe qui m’entoure aussi. Je voudrais donc redire aux étudiantes et étudiants que la situation est incertaine, compliquée mais qu’on essaye vraiment de faire tout notre possible pour que cette année soit la plus acceptable possible, même s’il y aura forcément des trous dans la raquette, des petits bugs. Il y a des choses qu’on ne pourra pas faire, c’est un crève-cœur aussi pour nous. Au-delà de ça je reste très ouvert à des suggestions, des remarques, sans problème pour faire progresser ce que l’on fait. Mon ego ne va pas en prendre un coup si un étudiant me dit que je me suis planté sur un truc, surtout en cette période de crise nouvelle ! On maintient autant que possible des projets ( travaux de la bibliothèque, le nouveau café Format Poche, l’atelier d’écriture), le Covid-19 nous impacte mais ne nous empêche pas malgré tout de nous projeter.

Donc vous dites le Covid ?

Heu, oui ! J’ai trouvé ça un peu idiot de tout d’un coup l’appeler la Covid alors pour moi ça reste le Covid.

 

Propos recueillis par Clément Rabu et Hugo Jumelin

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