RECIT. Retour sur deux jours de blocage à l’IEP de Lille

Corentin Mittet

RECIT. Retour sur deux jours de blocage à l’IEP de Lille

RECIT. Retour sur deux jours de blocage à l’IEP de Lille

Corentin Mittet
Photos : Corentin Mittet
10 décembre 2019

Alors que ce matin l’IEP était à nouveau bloqué, la Manufacture revient sur les deux premiers jours de blocage (jeudi 5 et vendredi 6) initiés par les étudiants et étudiantes du collectif “IEP de Lille mobilisé” dans le cadre de la grève générale. Récit. 

Ils sont une vingtaine à se réunir tôt jeudi 5 décembre au matin dans les rues adjacentes, à Sciences Po Lille. Lundi (2 décembre), le blocage de la Bibliothèque Universitaire et de l’IEP a été voté en Assemblée Générale. Alors que le thermomètre peine à dépasser le zéro, les militants et militantes s’activent pour récupérer du matériel; poubelles, panneaux et barrières sont rassemblés et disposés devant les différentes entrées des deux bâtiments. En moins de 15 minutes, elles sont bloquées. Très vite, après cette installation, un van de la police municipale se présente au bout de la rue Auguste Angellier. Il reste stationné, plein phare, avant d’être rejoint par une berline de la Brigade Anti Criminalité. Une dizaine de policiers descend des deux véhicules, puis s’approche des militants. Ils expliquent qu’ils n’interviendront pas car ils comprennent que c’est une « journée d’action ». Néanmoins ils annoncent qu’ils seront obligés de le faire si la circulation est bloquée. Cette position s’explique probablement par le contexte particulièrement tendu de cette journée du 5 décembre. Les mobilisations sont nombreuses et les effectifs de police ne permettent pas d’intervenir partout. Au moment de quitter les lieux, l’un des policiers remarque une pancarte avec l’inscription suivante : « Ici on rêve que les poulets rôtissent ». Il demande à ce qu’elle soit enlevée et repart avec. Ceci sera à l’origine de débats entre les militants ; « on joue dans leurs règles », « c’est comme si ils nous disaient; amusez vous mais soyez sages » ironise l’un deux.

Durant la journée, plusieurs voitures de police, banalisées ou non, passeront dans les rues autour du blocage. A partir de 8h, plusieurs riverains viendront récupérer leurs poubelles, utilisées par les militants pour barricader les entrées. Ces moments amènent de légères tensions qui font sourire les protestataires, notamment lorsque l’un des riverains se justifie en lançant « je veux ma poubelle ! ». Au fur et à mesure que 9h approche, heure d’ouverture de la bibliothèque, des étudiants et étudiantes arrivent et découvrent qu’il est impossible d’y accéder. Certains restent pour discuter avec les militants et comprendre les raisons du blocage. La plupart repart immédiatement.

« Le travail on en grève », « la précarité tue, la solidarité fait vivre »,« le CROUS nous mange » et « on ne battra pas en retraite » ; voici les différents slogans que l’on pouvait lire sur les banderoles. Ils résument les grandes lignes, les revendications et les raisons de ce blocage. Sur un flyer distribué par les militants ce matin-là, on pouvait lire en détails ce qui motive cette action.

À 10h, des membres de l’administration, Pierre Mathiot et Cécile Chalmin, arrivent pour discuter avec les personnes présentes et constater le blocage. Le directeur de l’IEP se plaint du manque de « courroie de transmission entre le collectif et l’administration ». Ils ont appris le blocage par un membre de l’administration présent à l’Assemblée générale, mais disent ne pas avoir reçu de revendications formelles. De plus, Pierre Mathiot souligne ce qu’il considère comme un souci de légitimité dans cette action ; « sur 1700 élèves – 1400 sans compter les étudiants en troisième année – seule une soixantaine sont présents ». Il continue en qualifiant le blocage de la bibliothèque comme problématique car « beaucoup d’étudiants, notamment défavorisés, viennent bosser ici et n’ont pas forcément la possibilité de bosser ailleurs ». Enfin, il précise que selon lui le blocage de ce jeudi n’aura qu’un faible impact puisque beaucoup de professeurs ne pouvaient de toute façon pas être présents. De plus, le personnel administratif a été excusé pour la journée, « ils seront quand même payés ».

A 12h, une Assemblée générale est organisée pour décider de la suite du mouvement, avant de partir à 14h vers la porte de Paris pour rejoindre le cortège de la manifestation. Une soixantaine de personnes est présente dont un petit groupe d’opposants au blocage. L’Assemblée générale commence par un bilan des actions de la journée au niveau national et à Lille. Puis, les propositions suivantes sont débattues ; maintien ou non du blocage de l’IEP, maintien du blocage de la bibliothèque, et si oui, sous quelle forme. Mais c’est aussi la question du rapport aux médias qui est évoquée. Pendant la matinée, un certain nombre de journalistes est venu se documenter sur le blocage. Si les journalistes de presse écrite ou sans matériel sont difficilement repérables, ce n’est pas le cas des photographes ou des JRI [Journaliste reporter d’images ndlr]. Ces premiers sont tolérés après que les militants aient convenu des modalités avec eux : ils ne veulent pas que leurs visages apparaissent sur les photos. La situation du deuxième type de journalistes est plus compliquée. Ainsi, un journaliste du Figaro venu avec une caméra dans le but de prendre des photos et de réaliser des interviews a été mal accueilli par les étudiants présents sur le blocage ; ceux-ci ne veulent pas être filmés. Après une dizaine de minutes d’explications et de tensions, il quitte les lieux.

Le vote pour le maintien du blocage de l’IEP est acquis à une grande majorité des présents, la bibliothèque quant à elle ne sera pas bloquée après une défaite à peu de voix de la proposition.

Peu avant 14h, les participants à l’Assemblée générale quittent la rue de l’IEP pour rejoindre le cortège Porte de Paris.

Le lendemain c’est sous une pluie battante que la dizaine de militants se retrouve pour reconduire le blocage. Dans les rues autour de Sciences Po, entre la place de la République et Sébastopol, les services de la mairie nettoient les dégâts occasionnés par les affrontements qui ont eu lieu, la veille, en fin de manifestations.

La barricade montée devant l’IEP n’a pas bougé depuis la veille, celle devant la bibliothèque a été défaite, le matériel utilisé pour celle-ci sert à renforcer la barricade devant l’entrée de l’école. A l’intérieur des locaux, une dizaine d’agentes d’entretien est présente; elles sortiront vers 7h en exprimant leur soutien. Peu de temps après, et comme la veille, une voiture de police se présente, cette fois seule. Deux fonctionnaires sont présents. Le discours est le même, tant que la circulation n’est pas bloquée, ils n’interviendront pas.

A 9h la bibliothèque ouvre comme prévu. Peu après, des membres de l’administration et des professeurs arrivent. Ils demandent la fin du blocage pour permettre l’ouverture des locaux et la tenue des cours. Les bloqueurs s’y refusent.

Aux environs de 10h, une dizaine de voitures de police se présente au bout de la rue. Une trentaine de policiers en sort, équipée de boucliers et de casques anti-émeutes. Le dispositif est impressionnant face à la vingtaine d’étudiants présente sur le blocage. Deux représentants des forces de l’ordre annoncent aux bloqueurs qu’ils feront usage de la force si l’entrée de l’école n’est pas dégagée. Les bloqueurs refusent. Pierre Mathiot discute avec les forces de l’ordre et les étudiants pour retarder l’intervention. La proposition suivante est faite aux bloqueurs par le directeur de l’IEP ; le blocage prend fin, les locaux sont ouverts et les cours sont maintenus mais les absences sont tolérées toute la journée, même pour les galops. Les bloqueurs acceptent et quittent rapidement les lieux. Une partie des professeurs, des membres du personnel administratif et quelques étudiants présents dégagent les barrières et les poubelles.

 

Rédaction et photos : Corentin Mittet

Mise en page : Baptiste Coulon

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