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Projet d’EPE : la liste Avenir SPL regrette que leur”proposition concernant la représentation étudiante n’aie pas été retenue”

Dans l’optique du vote de projet d’EPE le jeudi 22 avril, la Manufacture donne la parole aux listes d’élu.e.s étudiant.e.s pour qu’elles puissent mettre en avant leur vision du projet. La liste Avenir SPL a choisi de s’exprimer juste après le CA de jeudi dernier

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’EPE et quelle vision en avez-vous ?

Le rapprochement de quatre grandes écoles publiques de l’agglomération lilloise (ESJ, ENSAIT, SPL, ENSAPL) autour de l’Université de Lille au sein d’une organisation commune dans un but de valorisation universitaire nationale et internationale.

Le vote a eu lieu  jeudi (22 avril), pouvez-vous nous dire quel a été votre vote, et vos motivations ?

Nous ne sommes pas contre l’idée principale de l’EPE. La coopération approfondie du monde universitaire portée par le projet afin de valoriser les établissements composants à l’international – notamment dans la recherche – nous semble être une cause bénéfique pour toutes et tous. Toutefois, certains points dans la manière d’atteindre ce but nous posent problème. Comme nous avions déjà communiqué à ce sujet, la sous-représentation étudiante au Conseil d’administration de l’EPE – 6 sièges pour 44 en tout – et l’absence de garanties de représentation des étudiants des écoles composantes au profit de ceux exclusivement de l’université nous dérange fortement. Nous avions par ailleurs proposé une alternative qui garantissait la représentation de chaque école à ce conseil d’administration : au lieu de seulement 6 places d’élus étudiantes et étudiants pour les 80 000 étudiants sans aucune assurance que toutes les écoles soient représentées, nous étions pour élargir le collège à 9 sièges. Ceci se serait fait, certes, au détriment des BIATSS qui perdraient 3 sièges sur 6, mais nous pensons que dans un établissement universitaire, les étudiants doivent avoir un poids suffisamment conséquent tout en garantissant une représentation du personnel, étant usagers principaux des lieux d’enseignement avec leurs enseignants. Ces 3 sièges supplémentaires auraient garanti une majorité des sièges étudiants (5) à celles et ceux de l’Université de Lille, nettement plus nombreux (75 000 contre 5 000 pour les 4 écoles) et la représentation de chaque établissement-composante qui auraient chacun un siège étudiant (les 4 sièges restants). Bien que des réformes aient été obtenues en notre faveur ces derniers mois, nous offrant de fait des garanties non négligeables, notre proposition concernant la représentation étudiante n’a pas été retenue. Cette sous-représentation des étudiantes et étudiants de Sciences Po Lille, voire leur absence même au Conseil d’administration de l’EPE et les risques de perte d’autonomie et d’identité de notre école subsistent. Notre vote s’est donc opposé au projet.

Votre position a-t-elle évolué entre le moment où on vous a proposé le sujet et aujourd’hui ?

Dire que non serait mentir. Nous n’avons jamais exprimé un enthousiasme grandissant à l’égard de l’EPE. Reprenez notre programme aux élections de décembre 2020, nous appelions à une intégration des élus étudiants aux discussions et disions que cela pouvait être une bonne opportunité pour l’école, mais nous exprimions déjà des doutes vis-à-vis de l’identité, autonomie et indépendance de l’école. Cependant, ce qui nous a définitivement fait pencher vers le non est la sous-représentation des étudiants de Sciences Po Lille et des écoles-composantes au sein des instances dirigeantes de l’EPE. Nous sommes allés porter auprès de la direction des solutions concrètes (réduction du nombre de représentants BIATSS) : on nous a fait comprendre que cela n’était pas possible. En tant qu’élu étudiant représentant les étudiants, Avenir SPL ne pouvait approuver un projet qui ne représentait pas ces mêmes étudiants, malgré des opportunités certaines.

Dans ce projet, est-ce que les plus désavantagés sont vraiment les écoles ou plutôt l’Université ?

Ce sont clairement les écoles-composantes : bien que SPL et Pierre Mathiot, avec l’aide et la détermination d’Etienne Peyrat qu’il faut ici saluer, soit parmi les écoles les plus enthousiastes et volontaires concernant l’EPE, c’est bien à l’Université que les avantages seront certains. Pour l’Université, ça signifie une mutualisation de certaines ressources avec les écoles, une meilleure force de frappe et visibilité au niveau national et international et de nouvelles formations d’excellence qui peuvent naître, en dehors de celles qui existent déjà. Pour les écoles, bien que cela peut ouvrir la perspective de nouveaux partenariats, d’un meilleur classement et d’une affirmation de l’enseignement supérieur public lillois, c’est surtout la crainte d’une perte d’autonomie et d’identité au sein de l’EPE (il est par exemple question que les logos des établissements de l’EPE soient concordants), d’une plus grande main prise d’intervenants extérieurs dans les décisions stratégiques de l’école et une faible représentation de leurs étudiants : la seule garantie que les étudiants des établissements-composantes ont, c’est qu’ils seront représentés par un de leurs étudiants dans le Conseil Étudiant, et qu’au moins un des Vice-Présidents étudiants délégués (ils seront quatre, avec le VP étudiant) sera issu d’un de ces quatre établissements (donc pas nécessairement le leur). C’est trop peu. Certaines directions pensent que c’est une avancée au vu d’où le projet part : nous ne le pensons pas et ne nous réjouissons pas. Aucune place n’est garantie pour les étudiants de chaque établissement-composante au sein du Conseil d’Administration (6 étudiants pour un CA de 44 personnes, alors que les étudiants et leurs professeurs restent le principal public usager des établissements d’enseignement supérieur) : c’était l’objet de notre proposition, afin de garantir à chaque école au moins un siège étudiant au CA. Ce n’est pas la direction prise par les négociations, nous le regrettons. Les étudiants seront donc représentés par des listes composées d’étudiants de toutes les composantes de l’EPE : quelle place pour les écoles composantes dans les listes pour l’EPE quand l’Université compte 75.000 étudiants sur les 80.000 de l’EPE ? Nous avons déjà la réponse, et nous la regrettons encore une fois.

Concrètement, qu’est-ce que changerait l’EPE pour Sciences Po Lille ?

Dans les premiers mois, honnêtement, pas grand-chose. Sciences Po Lille ne va pas connaître une restructuration de masse, la direction ne va pas changer et Praline sera toujours là pour nous faire des câlins. La première étape, ce sera la mise en application concrète de cet EPE : toutes les composantes vont se réunir autour de la table et décider comment mettre en œuvre concrètement le bout de papier appelé “statuts” qui a été voté. Pour les étudiants, la première échéance sera les élections de la fin d’année 2021, afin d’avoir un Conseil d’Administration et des instances opérationnels pour le 1er janvier 2022. L’autre échéance importante sera le passage à Lille du jury international pour la confirmation du label I-SITE et ses 15 millions, qui est nous le rappelons, la cause de tout cet EPE (label qui n’est pas assuré d’être délivré malgré la mise en place de l’EPE, nous le rappelons). Ensuite, les changements concrets seront plus visibles sur le long terme : une nouvelle formation par ci, une restructuration administrative des services partagés par là. Un autre élément plus concret : les questions budgétaires. L’EPE fixera des grandes lignes budgétaires que les établissements devront suivre, avec un droit de regard du Conseil d’Administration dessus. Enfin, l’autre impact direct, celui que nous redoutons le plus, est celui de l’identité de l’école. L’identité de Sciences Po Lille est un élément essentiel de sa visibilité extérieure, nous craignons que l’EPE n’aille vers une uniformisation des identités, rendant SPL invisible parmi tous les établissements lillois.

Ne peut-il pas y avoir un intérêt à mettre en commun les enseignements, les programmes de recherches et des financements ?

Comme le dit l’adage “l’Union fait la force”. Tout l’intérêt de l’EPE est d’assurer justement une union des programmes de recherches notamment pour valoriser nos diplômes à l’échelle européenne mais aussi à l’international.

Ne craignez-vous pas qu’à terme l’EPE favorise les doubles cursus avec les écoles partenaires (type parcours ESJ aujourd’hui) au détriment des licences “classiques” de l’université de Lille, qui se retrouveraient discréditées ?

Il nous semble que les formations inter-écoles ne peuvent que contribuer à la richesse de l’enseignement proposé. Nous ne pouvons nier le fait que ce type de parcours constitue un vecteur d’attractivité pour l’EPE. Favoriser la diversité des enseignements proposés n’est pas un danger pour les licences “classiques”, au contraire, cela permettrait aux étudiants qui suivent ces cursus de s’inscrire dans ce corpus de formations reconnues. Un diplômé d’une licence dite classique bénéficiera du “tampon” de l’EPE qui viendra attester de la qualité de sa formation.

Propos recueillis par Hugo Jumelin

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