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Black Mirror, dystopie numérique pas si surréaliste

Des lentilles de contact qui enregistrent chaque instant de notre quotidien, une vie où la qualité de nos interactions dicte notre place sur l’échelle sociale, un humanoïde capable de remplacer un être cher décédé… Oui, cela parait bien sortir du dernier film de science-fiction de Ridley Scott. Et pourtant, Black Mirror compte bien nous montrer que tout ceci ne se déroule pas dans un monde si différent du nôtre.

Des technologies devenues maîtres

Créée en 2011 par le journaliste Charlie Brooker, Black Mirror compte à présent trois saisons. Son originalité ? À chaque épisode, un casting, une ambiance et une histoire totalement différente. Tantôt on se retrouve dans le quotidien d’une jeune anglaise faisant face à la perte de son époux, tantôt aux côtés d’une unité d’élite dans un monde post-guerre. Avec un format allant de 40 à 90 minutes pour les plus longs épisodes, Black Mirror pourrait faire penser à une simple succession de courts métrages plutôt qu’à une série. Néanmoins, il y a bel et bien un fil conducteur qui lie l’ensemble de ces histoires : notre rapport au numérique, à la technologie, à tous ces écrans noirs.

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Dans «15 Million Merits», les individus sont entourés de murs d’écrans diffusant en continu des publicités

Tel est le sens que le créateur de la série donne à son œuvre. « Le ‘black mirror’ du titre est celui que vous trouverez sur chaque mur, sur chaque bureau, dans chaque main : l’écran froid, brillant, d’une télévision, d’un moniteur, d’un smartphone », écrit Charlie Brooker dans un article paru dans The Guardian en 2011.
Côté scénario, Black Mirror n’a rien à envier aux thrillers les plus sombres. Dès le début, avec le tout premier épisode, la série britannique se lance dans un récit à l’absurdité totale mais qui laissera à coup sûr le spectateur avec un sentiment de dégoût, mêlé à l’idée que tout ceci n’est pourtant pas si invraisemblable…

« The ‘black mirror’ of the title is the one you’ll find on every wall, on every desk, in the palm of every hand: the cold, shiny screen of a TV, a monitor, a smartphone. »

Charlie Brooker

Récits au réalisme troublant

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« Nosedive » se déroule dans une société où l’évaluation est reine

Car la force de Black Mirror c’est bien de nous renvoyer à notre propre existence et notre rapport à la technologie. Nul besoin donc d’introduire des artefacts futuristes. Au contraire. La série captive car elle dépeint un monde qui pourrait devenir le nôtre, quand ce n’est pas déjà le cas. Dans « The Waldo Moment » (saison 2, épisode 3), la popularité politique d’un petit ours bleu en images de synthèse évoque de manière flagrante l’importance grandissante des réseaux sociaux et du ‘buzz’ dans les campagnes électorales, au détriment des débats de fond.

Sentiment également partagé dans « Nosedive » (saison 3, épisode 1), où chaque personne est constamment notée sur cinq points par son entourage, poussant ainsi à obtenir la note maximale, synonyme d’un accès à de meilleurs services. Certes, il semble actuellement impossible de concevoir que l’achat d’un appartement dans un quartier huppé dépende de nos interactions avec le serveur d’un café. Mais force est de reconnaître que le règne de l’évaluation s’impose peu à peu. Un clic sur notre smartphone pour donner deux étoiles à un chauffeur Uber qui roulait trop vite, cinq étoiles pour le charmant hôte dans ce AirBnB à Rome : les exemples ne manquent pas pour illustrer ce nouveau réflexe numérique.

Plus étonnant encore, les lentilles en cours de développement par Sony, permettant d’enregistrer et de rejouer des morceaux de notre vie. Un nouveau gadget qui fait singulièrement écho au monde dans lequel évolue Liam Foxwell, jeune avocat à la recherche d’un emploi et contraint par ses amis à la projection gênante de son entretien d’embauche (saison 1, épisode 3).

 

Succès international pour une saison 3 marquée d’une pointe nouvelle d’optimisme

Depuis octobre 2016, finie la diffusion sur la chaîne anglaise Channel 4 : Black Mirror est désormais disponible sur Netflix. Et avec le géant du streaming comme producteur, le budget de la série a été revu à la hausse. Résultat, la saison 3, compte six épisodes, contre trois ou quatre pour les saisons précédentes. Cette nouvelle ère est aussi devenue synonyme de succès international pour Black Mirror. La série est distribuée dans plus de quatre-vingt pays et jouit d’un accueil enthousiaste de la critique.

Pour ces nouveaux épisodes, on retrouve les thèmes de prédilection de Charlie Brooker et son ton résolument sombre. Mais pas uniquement. Un vent d’optimisme semble en effet souffler sur ce troisième acte. Loin d’être complètement contraints par les technologies, certains personnages nous montrent que l’individu peut rester libre et s’affranchir du carcan technologique. Une pointe de légèreté qui marque également « San Junipero » (saison 3, épisode 4), histoire d’amour entre deux jeunes femmes qui se rencontrent dans une boîte de nuit en 1987. Un sujet au premier abord banal, mais qui, en repoussant les notions de temps et d’espace, se révèle extrêmement poignant.

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« San Junipero » marque la volonté de la troisième saison de rompre avec un discours en grande partie pessimiste

Malgré ce subtil changement de ton, il n’en reste pas moins qu’avec cette nouvelle saison, comme pour le reste de l’œuvre, on ne ressort jamais indemne d’un épisode. Chacun d’entre eux nous invite à la réflexion et à remettre en question notre rapport à la technologie. Loin d’adopter un ton purement moralisateur, Charlie Brooker n’a pas fini de nous laisser en proie au questionnement et à la recherche de nos propres conclusions. La saison 4 est d’ailleurs actuellement en tournage et sa date de diffusion devrait être annoncée prochainement.

Alice Galopin

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