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Ce que l’affaire Weinstein dit de notre société

L’AFFAIRE

Le 5 octobre, le New York Times publie un article dans lequel huit actrices témoignent contre le producteur américain Harvey Weinstein en l’accusant de harcèlement ou d’agression sexuelle. S’ensuit la publication d’une enquête dirigée par le New Yorker qui recueille à son tour treize témoignages contre le producteur, dont trois accusations de viol. Suite à ces révélations, plus d’une  quarantaine d’actrices comme Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Judith Godrèche ou encore Katherine Kendall sortent du silence pour dénoncer le comportement d’Harvey Weinstein.

Le célèbre producteur, surnommé le « nabab » à Hollywood (c’est à dire vice-roi, gouverneur) et « le porc » à Cannes, se défend maladroitement : « J’ai grandi dans les années 60 et 70, quand toutes les règles sur le comportement et les lieux de travail étaient différents. C’était la culture à l’époque. ». Voyant que l’affaire continue à prendre de l’ampleur (on compte une quarantaine de plaintes déposées), il se met dès le 6 octobre en congé de la Weinstein Company, qu’il avait fondé avec son frère en 2005 avant d’être licencié par le conseil d’administration de sa maison de production.

« TOUT LE MONDE SAVAIT »

L’affaire divise Hollywood : si beaucoup crient au scandale et affirment n’avoir jamais eu vent d’un tel comportement (Matt Damon, Meryl Streep, Annette Bening…), d’autres dénoncent cette hypocrisie et s’en offusquent.

Déjà en 2005, lorsqu’une journaliste demande à Courtney Love de donner des conseils aux jeunes actrices, elle répond brièvement : « Si Harvey Weinstein vous invite à une fête privée au Four Seasons, n’y allez pas. ». Elle se voit alors bannie du CAA, une agence artistique, pour avoir tenu de tels propos contre le producteur. En 2013, lors de la cérémonie de présentation des nominés aux Oscars, l’acteur et réalisateur Seth MacFarlane lance aux cinq actrices concourant pour le prix du meilleur second rôle féminin : « Félicitations à vous cinq, mesdames. Vous n’aurez plus à prétendre être attirées par Harvey Weinstein ». L’auditoire en rit.

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A la suite des révélations, Léa Seydoux, une des quarante plaignantes, explique dans son témoignage que son agression n’avait rien d’une surprise pour elle : « Je suis partie, complètement dégoûtée mais je n’ai cependant jamais eu peur de lui car je savais dès le début à qui j’avais affaire ». D’autres actrices comme Jessica Chastain et Mélanie Laurent affirment en effet « avoir été prévenue(s) » au début de leur carrière pour s’en protéger. C’est l’acteur français Albert Dupontel qui dénonce le mieux l’attitude d’Hollywood : « Même moi, depuis le quatorzième sous-sol où je vis dans la société du spectacle,  j’étais au courant ! Et aujourd’hui les grands de ce monde se drapent dans leur dignité en disant : « Mon Dieu ! je ne savais pas… » »

MAIS DE QUOI PARLE-T-ON ?

Tout le monde le sait mais personne n’en parle. On peut résumer ainsi notre position actuelle sur le harcèlement et les agressions sexuelles, qu’on ne saurait par ailleurs que très vaguement définir et cerner.

Les deux sont pourtant des délits – contrairement au viol qui est un crime – et tombent sous le coup de la loi : « Tout acte sexuel (attouchements, caresses, pénétration…) commis avec violence, contrainte, menace ou surprise est interdite par la loi et sanctionné pénalement. »

Les agresseurs jouent sur la question du consentement, qui n’est jamais donné de façon tout à fait claire. La loi définit le consentement comme une approbation ne pouvant jamais se faire sous contrainte. La contrainte peut aussi bien être physique que morale :  si votre employé use de son autorité pour obtenir une faveur, c’est une violence sexuelle. Si votre mari ou femme use de sa position pour obtenir une faveur sans votre consentement, c’est une violence sexuelle.

Il est donc urgent d’en finir avec l’ image d’une femme qui se débat, un couteau sous la gorge, pour se représenter une violence sexuelle. Les agressions sexuelles ne sont jamais les mêmes, et le comportement de leur victimes non plus, mais on ne saurait les hiérarchiser et sous-estimer leur gravité.

UNE AFFAIRE QUI ENTRAÎNE UNE LIBÉRATION DE LA PAROLE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

A la suite de ces révélations, les témoignages affluent dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Leur but ? Libérer la parole et faire baisser le seuil de tolérance envers le harcèlement et les agressions sexuelles. Les réseaux sociaux se sont alors transformés en tribunaux où les victimes ont pu témoigner de leur expérience grâce aux hashtags #balancetonporc sur Twitter et #meetoo sur Facebook.

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En moins de deux jours, le hashtag a été utilisé par des milliers de femmes mais également par des hommes qui ont tenu à rappeler avec #balancetatruie que, si elles ciblent majoritairement les femmes, les agressions n’ont pas de genre.

POURQUOI AVOIR ATTENDU SI LONGTEMPS ?

Comment expliquer que l’affaire Weinstein ait délié tant de langues ? Stéphanie Mulot, Professeure de sociologie et d’anthropologie à l’Université de Toulouse II, explique que les femmes ont été inspirées par le courage des actrices qui ont témoigné contre le producteur, et se sont senties soutenues par le nombre de témoignages similaires aux leurs sur les réseaux sociaux. Twitter et Facebook ont ainsi donné aux victimes un lieu d’expression et de solidarité sans précédent. Mais c’est surtout l’anonymat qui permet aux victimes de s’exprimer plus librement : en effet, selon la journaliste Sandra Muller, 95% des femmes qui dénoncent des violences perdent leur emploi, ce qui freine radicalement l’envie de témoigner.

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Quant aux détracteurs qui accusent les victimes de mal parler de leurs agressions, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, chargée de l’égalité entre les Hommes et les Femmes, a répondu que si « Twitter ne remplace pas un tribunal, […] tout ce qui peut permettre aux femmes de parler est une bonne méthode». Après les avoir défendues et remerciées de leur courage, elle précise qu’ « il faut se garder de dire aux femmes comment elles devraient parler ou ne pas parler […]. » Chaque témoignage compte, et on ne saurait dire à leur auteur comment le verbaliser.

« LA HONTE DOIT CHANGER DE CAMP »

« Il y a urgence à mieux condamner socialement et judiciairement les violences sexuelles. La honte doit changer de camp. » C’est en ces termes que la présidente du HCE (Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), Danielle Bousquet, invite la société à changer son regard et à baisser son seuil de tolérance vis à vis de ces violences encore difficiles à délimiter. Plutôt que de demander à une femme qui porte plainte de décrire la tenue qu’elle portait, elle invite à l’écouter et faire en sorte que son agresseur soit jugé.

Une telle libération de la parole donne l’espoir de voir se transformer progressivement le regard que porte la société sur les violences sexuelles. Entendre les victimes, c’est prouver aux autres qu’elles peuvent parler et porter plainte. Juger les agresseurs, c’est montrer qu’on ne tolère plus, et qu’on ne fait plus la différence entre l’homme et l’artiste.

ENCORE UN LONG CHEMIN À FAIRE

Dans un monde où le président des États Unis est publiquement accusé d’agressions sexuelles par une dizaine de femmes et où Harvey Weinstein était considéré comme un demi-Dieu, nombreuses sont les victimes qui préfèrent renoncer à la parole, de peur que cette dernière ne s’écrase dans le vide.

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C’est précisément pour cette raison qu’il faut continuer à témoigner : beaucoup de personnalités célèbres ont poussé cette semaine des « coups de gueule » contre l’objectivation et la culpabilité des femmes. Dans Quotidien, Florence Darel s’énerve : »Quand est-ce que les hommes vont  considérer que les femmes ne sont pas un trophée, pas un butin qu’on ramasse quand on a le pouvoir ? » et appelle à la responsabilisation : « Il faut que les hommes et les femmes autour de ces prédateurs prennent conscience de leur rôle effectif et ne se taisent plus, ne se couvrent plus ».

Il est temps de reconnaitre que le harcèlement et l’agression sexuelles sont des délits à part entière, et il est temps de les juger comme tels devant les tribunaux, et pas seulement sur les réseaux sociaux. Il est temps de profiter de ce déferlement de la parole pour écouter les victimes et prévenir des agressions futures.  Et surtout, il est temps d’éduquer, pour commencer à guérir.

 

Anne-Lyvia Tollinchi

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