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Cinq questions pour comprendre les enjeux du référendum en Macédoine

Le 30 septembre dernier, les macédoniens se sont rendus aux urnes pour un référendum statuant sur le changement de nom de leur pays. La République Yougoslave de Macédoine pourrait ainsi s’appeler la « Macédoine du Nord », conformément à un accord obtenu avec la Grèce, après un contentieux vieux de 30 ans. Explications. 

Pourquoi les macédoniens se sont-ils rendus aux urnes ?

Le 30 septembre dernier, les macédoniens ont voté pour statuer sur le futur nom de leur pays. Cette ancienne république yougoslave, qui a pris son indépendance en 1991 lors de l’éclatement de la Yougoslavie, s’appelle aujourd’hui officiellement « République yougoslave de Macédoine ». Ce pays compte 2,1 millions d’habitants mais il est très isolé diplomatiquement, du fait du contentieux avec la Grèce qui remonte à l’indépendance, et économiquement : après la chute de Tito, le passage à une économie de marché a été particulièrement rude et marqué par une forte augmentation du taux de chômage. Autre problème : le pays n’a pas d’accès à la mer.

Le référendum sur le changement de nom a été approuvé par 91,39 % des citoyens. Le premier ministre social-démocrate Zoran Zaev, à l’initiative du projet, s’est immédiatement félicité de ce résultat, en affirmant qu’il était au tour du Parlement de « confirmer la volonté de la majorité « . Seulement, près des deux-tiers de la population ne s’est pas déplacée pour aller voter. La barre des 50 % de votants n’ayant pas été atteinte, la validité du scrutin est remise en question.

Quelle est l’origine du contentieux avec la Grèce ?

Ce référendum pourrait mettre fin à trois décennies de tensions avec le voisin grec. Mais le litige avec Athènes est en réalité beaucoup plus ancien, puisqu’il puise ses sources dans des fondements historiques datant du IIème millénaire avant notre ère. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, que l’actuelle Macédoine prend le nom de « République socialiste de Macédoine » ; un nom qui n’avait jamais été contesté par la Grèce tant que cette région n’était pas un Etat souverain et indépendant. Mais lors de son indépendance en 1991, la Macédoine a commencé à bâtir son « récit national » sur des fondements historiques qui sont également revendiqués par la Grèce. Ces logiques de contestations identitaires remontent à Alexandre le Grand. Né à Pella, 300 ans avant J.-C., ville située en Macédoine (une région éponyme au sein de la Grèce), il est une figure largement héroïsée dans le discours national macédonien. De la même façon, le champ patriotique « Macédoine Célèbre » utilisé par la Grèce durant les guerres balkaniques dans les années 1910, est aujourd’hui repris par la Macédoine pour glorifier son propre patrimoine historique. Ces logiques de contestations identitaires ne sont donc pas nouvelles dans une région traversée par des conflits ethniques, lors des guerres d’indépendance, au début des années 1990.

La seconde raison qui alimente ce différend est que l’appellation « République yougoslave de Macédoine » entretient selon la Grèce une volonté, de la part de la Macédoine, de revendication territoriale sur une autre région grecque portant elle aussi le nom de Macédoine.

Que dit l’accord trouvé avec la Grèce ?

En juin 2018, les premiers ministres respectifs sont parvenus à un accord, signé à Psarades, village frontalier entre les deux pays, qui statuait sur le changement de nom de la Macédoine. C’est sur la base de cet accord que fut organisé le référendum. Toutefois, les deux chefs de gouvernement ont dû faire face à une forte opposition dans leurs pays respectifs, notamment de la part des nationalistes, qui y voyaient une  « trahison « .

Pourquoi ce changement de nom est-il bien plus important qu’il n’y paraît ?

Si le changement de nom a une portée sur le plan historique, au regard des contestations identitaires, il aura également un impact géopolitique non négligeable. En effet, les Occidentaux ont été les premiers à se réjouir de la majorité obtenue lors de ce référendum. De fait, l’Europe et les Etats-Unis ont contribué à mettre la pression sur les deux Etats pour parvenir à un accord.

« Il faut s’élever au-dessus des divisions partisanes et saisir cette occasion historique d’assurer au pays un avenir plus radieux en tant que membre à part entière des institutions occidentales. » – Communiqué du département d’Etat américain.

L’OTAN a en effet salué une « occasion historique« , arguant de la possibilité pour la Macédoine d’adhérer à l’alliance militaire. Une possibilité jusqu’ici inconcevable, dans la mesure où la Grèce opposait systématiquement son veto à l’entrée du pays au sein de l’UE ou de l’OTAN. Ce changement de nom apparaît tout à la fois bénéfique pour le pays, pour lequel une entrée dans les organisations internationales signifierait la sortie du marasme économique, mais aussi pour l’OTAN, qui continue d’étendre son influence vers l’Est de l’Europe, dans les anciennes républiques soviétiques.

« Nos collègues occidentaux ont opté pour une ligne de conduite tout à fait contraire et il est clair qu’ils ont tenté de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un État souverain » – Ambassadeur russe en Macédoine.

A ce titre, la réaction de la Russie ne s’est pas faite attendre. Le pays a dénoncé une ingérence des Occidentaux, dans la mesure où des émissaires de l’ONU et de l’OTAN ont été envoyés dans le pays peu de temps avant le référendum. L’hypothétique entrée de la Macédoine dans l’OTAN est surtout perçue par la Russie comme une provocation et une extension de l’Occident sur son espace d’influence.

Que va t-il se passer maintenant ?

On l’aura compris, le référendum est donc plutôt un échec, puisqu’il lui manque une légitimité certaine. C’est aussi un camouflet pour le premier ministre Zoran Zaev qui avait mis tout son poids dans la balance. Pour que le changement de nom soit approuvé, encore faut-il que le référendum consultatif soit ratifié par au moins les deux-tiers du parlement macédonien. La coalition du premier ministre n’étant pas majoritaire au Parlement, on peut douter de la validité du résultat. Et ce dernier a prévenu : si le référendum n’est pas approuvé par le Parlement, des élections législatives anticipées seront annoncées.

La route promet d’être encore longue.

Baptiste Coulon

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