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Entrez dans l’Arène #5

Le week-end dernier, un vaste mouvement protestataire populaire a eu lieu sur les routes françaises, bloquées par des hommes et femmes vêtus de gilets jaunes. Pourquoi une telle colère ? Ce mouvement national du 17 novembre fait écho à la hausse des prix du carburant annoncée par l’Etat. Cette augmentation des prix est due en partie à la hausse des taxes que l’Etat justifie par la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi à l’augmentation du prix du pétrole. Le nombre de manifestants est encore contesté et le ministère de l’Intérieur est accusé de minimiser la contestation populaire.


L’équipe d’ « Entrez dans l’Arène » est donc allée solliciter les différents groupes parlementaire de l’Arène sur la question suivante :

Le gouvernement doit-il tenir compte des manifestations populaires contre la hausse du prix du carburant ?

Le Front pour la Tradition et la Gloire

« Non, l’Etat ne doit pas se faire prendre en otage par quelques pseudos-révolutionnaires jaunes qui défendent un pétrole à bas-prix venus d’orient.
Oui, au FTG, nous revendiquons la taxation du carburant étranger en faveur de subventions pour du carburant français.
Aidons nos petits producteurs qui se démènent pour faire des produits de qualité au sein de notre grand terroir. Subventionnons le bioéthanol produit à partir de nos betteraves, un produit typiquement de nos régions, en particulier du Nord. Regardez les terres fertiles et non lointaines de la Picardie qui regorgent de l’or rouge, la betterave, ce produit d’avenir qui nous permettra d’avoir un carburant de grande qualité, produit du terroir, écologique et qui aidera nos agriculteurs français ainsi que notre indépendance énergétique .
Alors, Français ne luttez pas contre l’augmentation du carburant, mais luttez pour la défense du terroir Français. »

Clément Germain, représentant de France Souveraine

« Il fallait s’y attendre. La « France périphérique »*, la France du périurbain, des petites villes de province et des espaces ruraux, la France des ouvriers et des employés, la France du vote RN, la France des délocalisations, la France des laissés pour compte de la mondialisation s’est rebellée. Pour cela, elle n’a eu besoin ni des partis politiques traditionnels, ni des syndicats, dont elle sait qu’ils ne la représentent plus et dont, à vrai dire, elle s’est libérée depuis longtemps. Pour nous offrir le plus grand mouvement social depuis les occupations d’usines de Mai 68.

Qu’on ne s’y trompe pas, la question de la taxation du diesel n’est rien de plus que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du mécontentement des classes populaires. La mobilisation des gilets jaunes a exprimé le ras-le-bol général de catégories populaires que les classes supérieures, bien à l’abri – et encore, les gilets jaunes n’étaient-ils pas à deux rues de l’Élysée ? – dans les métropoles mondialisées ont toisées d’un mépris de classe flagrant. « Jacquerie », « beaufs d’extrême-droite » sont tout autant de termes qui permettent de ne pas dire « ouvriers », « employés », « agriculteurs » … et qui témoignent de la déconnexion radicale du monde d’en haut vis-à-vis du reste de la société.

Les gilets jaunes, parmi lesquels les classes populaires sont surreprésentées, ne dénoncent rien de plus qu’un modèle mondialisé qui ne fait plus société. Ces élites qui veulent conserver le pouvoir tout en refusant d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis de leurs citoyens : lutte contre le chômage et la pauvreté, maintien de l’État-providence, maintien de la cohésion sociale et culturelle. Les gilets jaunes, d’après leurs chants, ont la « colère noire » contre ces élites débonnaires qui dès qu’on remet en cause le modèle mondialisé, hurlent au fascisme, à l’extrême-droite, au racisme, au « beaufisme ». Ces élites qui donnent des leçons de morale écologiste tout en organisant la pollution à l’échelle planétaire via le libre-échange et la DIPP.

Le gouvernement a plus qu’intérêt à écouter les gilets jaunes. Les catégories populaires n’ont pas été écoutées après avoir voté pour les partis dis « populistes » pendant 30 ans, elles sont passées au stade supérieur pour faire pression sur le monde d’en haut. Les gilets jaunes vont peut-être échouer, mais d’autres mouvements viendront, toujours plus mobilisateurs et, craignons-le, peut-être plus violents. Le mouvement est déjà enclenché, il est irréversible : Les élites devront accepter le mouvement général de la société ou elles disparaîtront.

* Le concept de « France périphérique » a été développé par le géographe Christophe Guilluy, lire son dernier essai No society : la fin de la classe moyenne occidentale (Champs Flammarion, 2018). »

Louis-Henri Weingarten pour le Front Internationaliste Républicain et Écologiste

« Par les manifestations du 17 novembre, une part importante du peuple français a choisi de se mobiliser pour montrer sa profonde opposition à une décision faisant une fois de plus montre d’un mépris de classe profond de la part du gouvernement. C’est en effet une situation inacceptable en ce qu’elle vient pénaliser les personnes les plus précaires, dépendantes de leur véhicule pour accéder à l’emploi et pour qui les frais de transport constituent déjà une part élevée du revenu.
Si toutefois les revendications portées par certains manifestants, relatives notamment aux cotisations sociales, vont à l’encontre du modèle de protection sociale que nous défendons, ce mouvement appelle à deux constats majeurs montrant l’incompétence et le mensonge du gouvernement actuel.
Mensonge, car ces hausses de taxes étaient annoncées dans un but de financement de la transition énergétique, or (en mettant même de côté l’injustice de cette fiscalité reposant majoritairement sur les classes moyennes et populaires) ce sont 577 millions d’euros issus des taxes sur les carburants qui ne seront finalement pas versés au budget de la transition écologique mais au budget général de l’Etat. Vaste hypocrisie donc, d’un impôt qui vient combler les avantages donnés aux plus riches via la suppression de l’ISF et la pérennisation du CICE.
Incompétence, car cibler les automobilistes ne constitue pas le levier d’action le plus pertinent. La rénovation des logements (encore démontrée par les événements de Marseille), la taxation des placements financiers polluants, la consommation en circuit-court, la réduction des protéines animales et le développement du fret ferroviaire et des infrastructures cyclables et j’en passe, ont un impact beaucoup plus conséquent sur notre empreinte carbone.
Ces constats devraient être pris en compte par le gouvernement, tant pour la réalisation des objectifs annoncés en terme de transition écologique que pour éviter un soulèvement populaire d’une ampleur encore plus grande, poussés par les nécessités environnementales et économiques. »

Othmane Chengiti pour la Nouvelle Gauche

« Quand les français sont en colère, quand les conditions de vie des plus pauvres se précarisent de jour en jour, quand les élus jouent la sourde oreille et quand la contestation atteint le stade de mouvement de masse, ne pas tenir compte des manifestations populaires va au-delà de l’intransigeance dont le gouvernement se targue. C’est de l’irrespect absolu. Le mutisme du gouvernement est insoutenable, celui-ci doit absolument réagir, et la raison est très simple : Ce mouvement de contestation n’est pas un mouvement politique. Nous ne sommes pas aux manifestations du premier mai, mais dans un véritable mouvement indépendant, amorcé par les citoyens eux-mêmes, qu’importe leur idéologie ou leur catégorie sociale. Les français ont manifesté leur mécontentement face à cette mesure absurde qui ne va en rien améliorer les choses, sinon précariser la situation des classes populaires qui n’ont d’autre choix que d’utiliser leur voiture. Il faut en finir avec cette écologie punitive qui atteint les classes populaires et les décourage, alors que ce sont les premières touchées par le dérèglement climatique. La rigueur budgétaire les étouffe sans qu’on ne voit une once d’amélioration des conditions de vie promise par les utopies libérales. Ne pas réagir relève alors du mépris de classe, visiblement figure de proue des actions des élus. Nous sommons le gouvernement de réagir à cette injustice. »

Le Rassemblement de la Droite Républicaine 

« STOP à l’injustice sociale de la transition écologique !
Aujourd’hui, plus de 70% des français soutiennent la mobilisation des « gilets jaunes », près de 300 000 « gilets jaunes » ont manifesté partout en France samedi, plusieurs distributeurs sont en difficulté dans l’approvisionnement des centre commerciaux, une baisse de près de 35% du chiffre d’affaires des zones commerciales : à la question de savoir si le gouvernement doit prendre en compte cette mobilisation, il est évident que oui !

Nous, députés de la droite républicaine, nous affirmons notre soutien à la mobilisation des gilets jaunes. Nous condamnons toutefois, avec la plus grande fermeté, les violences physiques commises durant les journées de samedi et de dimanche, notamment contre la Préfecture et la Mairie de la ville de Troyes. Or, ne tombons pas dans le piège tendu par la Macronie qui consisterait à faire l’amalgame : la politique menée par le gouvernement avec la hausse de la taxe sur les carburants est une injustice économique et sociale qui pèse majoritairement sur les plus modestes, et sur ce que beaucoup appellent la France Périphérique. C’est cette France des territoires qui a parlé le weekend passé : en tant que responsables politiques, nous nous devons de l’écouter et de la prendre en compte. D’autant plus, que le gouvernement ment aux français en affirmant que cette hausse viserait à financer la protection de l’environnement : cette taxe n’y contribue qu’à 19%, la reste allant dans les caisses de l’État et des collectivités.

Notre groupe parlementaire propose plusieurs mesures pour mettre un terme à l’injustice sociale menée délibérément par la Macronie.
1. Un moratoire sur la fiscalité environnementale : baisser la taxe sur les énergies et réfléchir à une stratégie de transition écologique inclusive et non punitive
2. Une régionalisation de la taxe sur le carburant : nombre de régions françaises ne disposent pas d’alternative à la voiture (réseaux de transports en commun). Il faut un taux différencié par région.
3. Renforcer la prime à la conversion pour les plus modestes

L’Écologie punitive, c’est convaincre la société qu’il n’est pas dans son intérêt de suivre la transition écologique. L’Écologie inclusive, c’est celle qui permet à chacune et chacun, peu importe son milieu socio-économique de changer ses comportements. C’est l’écologie politique à laquelle nous croyons et que nous souhaitons mettre en place. »

Hugo Talon pour La République en Marche

« Non, le gouvernement ne doit pas reculer face aux gilets jaunes. Comme pour les blocages d’université du printemps dernier, le gouvernement se doit de réagir avec fermeté, mais tout cela dans le dialogue et l’explication. Afin d’apaiser les colères, l’État accompagne les Français vers la transition écologique, qui ne se fait pas qu’au détriment des plus fragiles. Face à la radicalisation du mouvement, le gouvernement doit intervenir. Certains élus de La République En Marche ont été menacés tandis que d’autres gilets jaunes sortent les armes blanches. Il est même vrai que certains routiers ne rejoignent pas le mouvement qui ne fait de facto pas l’unanimité, et réclament même le déblocage par les forces de l’ordre. De plus, il y a eu une récupération qui a été faite de ce mouvement contestataire ; c’est celle de l’extrême droite, qui s’est accaparée du mouvement. Quand il y a aussi une dizaine de personnes entre la vie et la mort, une personne décédée et 527 blessés, c’est tout simplement dire la vérité que de penser que ce mouvement a perdu de sa crédibilité.
Les Français en ont en marre des taxes ? Ça tombe bien, la taxe d’habitation a été supprimée, cette taxe qui était injuste. Les Français ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et ne voient que des taxes qui viennent s’ajouter sans cesse. En réalité, le gouvernement fait tout pour en supprimer aux bénéfices des classes les plus touchées en France.
D’autant plus que c’est une taxe qui permet de sauver la planète, à but écologique. Cette taxe existe en Suède et a divisé par deux le taux de pollution dans le pays. Et personne ne se plaint en Suède, contrairement à la France, car on lutte pour l’intérêt général et la sauvegarde de notre environnement. En France, tout le monde n’y voit qu’une taxe supplémentaire pour « voler » l’argent des plus modestes. C’est faux, lorsque l’on regarde l’ensemble du projet du gouvernement. C’est vrai évidemment, si les Français ne savent pas regarder les réformes dans leur ensemble. Un projet politique doit se regarder dans sa globalité. Alors oui le prix des carburants augmente, mais l’objectif c’est la transition écologique : (prime à la conversion, chèque énergie …) et l’État accompagne et donne des aides pour tout cela. Nos ressources sont limitées et il est temps de changer de méthodes si on veut laisser une planète digne de ce nom aux prochaines générations. Au Portugal, le carburant est encore plus cher et personne ne se plaint. Et pourtant, le revenu médian, ou moyen en France est beaucoup plus élevé. Le prix de nos carburants est certes plus élevé que beaucoup de pays européens, mais il suffit d’aller en Italie ou au Portugal pour y voir que dans ces pays, les citoyens ne vont pas bloquer les routes pour protester. C’est typiquement français le fait de privilégier l’intérêt privé aux dépends de l’intérêt général (la protection de notre planète). Ce n’est pas de l’écologie punitive, c’est de l’écologie réelle qui se met en place dans un contexte d’essoufflement de nos ressources qui ne sont pas illimitées. De plus, le prix de l’essence ne dépend pas que de l’État français, il dépend des pays pétroliers ; même s’il est vrai qu’une grande part de la taxation est liée à l’État. (hausse mondiale des cours du pétrole, donc ce n’est pas que de la faute « à Macron »). Quitte à manifester, il s’agit de bloquer les préfectures ou l’Élysée (ce qui a été fait) car cela serait plus efficace que de bloquer les routes, être confronté aux dangers sur les routes, et aux CRS. Empêcher les autres d’aller travailler n’est pas une solution, et encore moins quand on met sa vie en danger ; il faut aussi avouer que dans ces gilets jaunes, beaucoup viennent seulement dans l’optique « de s’opposer à Macron ». Il y a donc un fourre tout d’idées et ce mouvement perd de sa crédibilité car il ressemble plus à une opposition globale du gouvernement qu’à une véritable revendication contre cette fiscalité verte. Enfin, ce mouvement des gilets jaunes peut être compris, entendu. Le pouvoir d’achat diminue avec cette nouvelle taxation « a priori ». Mais lorsque l’on regarde la globalité des réformes menées par le gouvernement on se rend compte que les salaires augmentent pour tous les Français à la fin du mois.
À court-terme nous avons presque tous une vision négative de cette nouvelle taxation. A long-terme, elle ne peut qu’être positive. C’est le problème avec les politiques aujourd’hui, qui ne peuvent plus avoir une vision sur le long-terme, car les Français sont trop pressés, ils veulent aussitôt du changement sur leur fiche de paie ou en terme de résultats. L’efficacité de cette réforme ne pourra qu’être évaluée sur une dizaine d’années minimum, comme cela a été le cas en Suède. En résumé, c’est une fiscalité écologique qui sera bénéfique pour tous à l’avenir, il faut en avoir conscience. »

 

Leïla Bordignon, Ysé Mercury, Margaux Vassal et Gwendoline Morel


Crédit : NICOLAS TUCAT / AFP

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