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Extinction Rebellion : une nouvelle voix (radicale ?) de l’écologie

Le mouvement social écologiste Extinction Rebellion, ou XR, s’est fait connaître en un temps record et attire de plus en plus l’attention des populations et des médias. Récemment, la « rébellion internationale d’octobre », mise en place du 7 au 13 octobre 2019 dans plusieurs grandes villes du monde, a été le théâtre d’actions de désobéissance civile pour dénoncer l’inaction des gouvernements face à l’urgence climatique. Mais quel est donc ce mouvement ? Pourquoi est-il considéré comme radical alors même qu’il prône la non-violence dans toutes ses actions ? Petit tour explicatif de ce qui se cache réellement derrière ce mouvement.

Fiche technique

Création : mai 2018, Royaume-Uni.

Fait distinctif : déclaration de rébellion face au gouvernement

britannique à Londres, devant le palais du Parlement

(sur la place Parliament Square), 1500 participants.

Localisation : internationale – branches en France, Allemagne,

Etats-Unis, Canada, etc.

(Naissance en France en novembre 2018)

Membres fondateurs : Roger Hallam, agriculteur biologique et chercheur sur le thème de la désobéissance civile au King’s College de Londres, Gail Bradbrook, docteure en biophysique, Simon Bramwell, ancien ouvrier en bâtiment et enfin Tasmin Osmond et George Barda, participants du mouvement Occupy London.

Quelques chiffres : en octobre 2019, XR compte plus de 100 000 militants, répartis dans 70 pays (selon Radio France internationale).

Logo : rappel de l’extinction de masse en cours (certains scientifiques parlent de la 6ème extinction de masse).  Un cercle pour la planète Terre et un sablier au milieu indiquant le décompte du temps, sous-entendu l’urgence d’agir. La couleur verte représente le combat écologique et le noir, couleur du deuil, représente la gravité de la situation.

Revendications :

1 – Une reconnaissance de l’urgence de la crise écologique et une communication honnête sur le sujet.

2 – Une réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre (neutralité carbone en 2025) via une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée.

3 – Un arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres.

4 – La mise en place d’une assemblée citoyenne pour décider des mesures à prendre et garante d’une transition juste et équitable.

Manifestion du mouvement Extinction Rebellion à Londres le 17 novembre 2018. Crédits : Extinction Rebellion

La désobéissance civile, synonyme de radicalité ?

Tout d’abord, définissons le terme radical, qui signifie, dans ce contexte, une volonté de transformation profonde, il y a un sous-entendu de caractère absolu. Radicalité et extrême, voire extrémisme, sont deux notions associées dans l’esprit de l’opinion publique. Il y a une connotation négative, c’est synonyme de violence(s). Antoine Jardin, ingénieur de recherche au CNRS, affirme « qu’il ne s’agit pas d’un concept scientifique rigoureux », c’est devenu un mot fourre-tout pour vaguement désigner une menace. Ainsi, certains médias et certains politiques, en collant cette étiquette de mouvement radical à XR, font clairement transparaitre une image, une interprétation négative. Une déconstruction des termes s’impose donc. XR revendique effectivement la radicalité de leurs objectifs mais pas via des actions radicales. Ils souhaitent un changement profond – et donc radical – de nos sociétés consuméristes et polluantes. Mais la non-violence est au cœur de leur philosophie. Peut-on considérer des actions de blocage et d’occupation de lieux stratégiques comme expressions radicales d’un mécontentement ?

C’est tout l’enjeu de la désobéissance civile promue par le mouvement : marquer les esprits de manière à la fois pacifique et forte. La désobéissance civile peut être définie comme un refus intentionnel et public d’obéir à une loi jugée injuste. C’est avant tout symbolique, il y a une volonté d’attirer l’attention de l’opinion publique, de réveiller la « majorité endormie ». L’acceptation de potentielles sanctions et la non-violence sont également associées au concept. L’idée de désobéissance civile voit d’ailleurs le jour en 1849 avec Henry David Thoreau, un philosophe américain, qui imagine ce mode d’action dans un essai du même nom. Il avait été mis en prison pour son refus de paiement d’une taxe destinée à financer une guerre contre le Mexique. Par la suite, Gandhi, les suffragettes ou encore, plus récemment, le mouvement Occupy London, se sont inspirés de cette philosophie de contestation. Ainsi, la question cachée derrière ce concept est celle de la justice : légal est-il forcément synonyme de juste ?

La non-violence, meilleure arme du changement

De plus, comme indiqué dans la liste des principes du mouvement, des recherches montrent que dans les sociétés démocratiques, la non-violence des actions rend celles-ci bien plus efficaces. Ainsi, Erica Chenoweth, professeure en politiques publiques à la Harvard Kennedy School et au Radcliffe Institute for advanced studies aux États-Unis, montre que les campagnes non violentes sont deux fois plus souvent une réussite que les campagnes violentes. De plus, leur efficacité grandit à mesure que l’on se rapproche de notre époque (son étude va de 1900 à 2006).  Sa conclusion est que si 3,5% de la population d’un Etat se mobilise, la révolution non-violente alors entreprise a de grandes chances d’être un succès.

Extinction Rebellion prône donc une révolution non-violente qui vise à faire prendre conscience de l’ampleur de l’impact de l’Homme sur la Terre et à changer le système actuel, toxique pour tous. Cependant, n’est-il pas un peu idéaliste de croire qu’un changement aussi profond des sociétés se fera sans aucune violence ? Le système mondial est-il capable d’une telle résilience ?

Pour aller plus loin :

– Le site français :

– Le site d’origine (anglais) :

– Le Tedx de Erica Chenoweth « The success of nonviolent civil resistance »

 

 

 

 

 

Chloé Volle

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