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Débat des Municipales : cinq candidats plongés dans l’Arène

Tant attendu à moins d’un mois des élections, le débat des Municipales pour Lille a abordé les sujets de fond pour la capitale des Flandres. Logement, sécurité et écologie étaient au programme pour les cinq candidats présents, dont la maire sortante, Martine Aubry, qui a dû défendre son bilan face à ses concurrents. Une confrontation cordiale qui n’a toutefois pas manqué de confirmer les clivages.

“L’événement de l’année” nous confiait déjà il y a un mois Robin Magisson Javeaux, le co-présentateur du débat et membre de l’Arène de l’IEP, l’association de Sciences Po Lille organisatrice de ce dernier. En effet, il n’aura fallu que… quatre minutes pour écouler toutes les places de l’amphithéâtre, toutefois déjà bien rempli par journalistes et équipes de candidats. Si bien que certains militants, dont ceux qui soutiennent une Protection Aménagement Réappropriation Collective (PARC) du site Saint Sauveur, n’ont pu assister à la confrontation, la loi du plus rapide l’emportant. Un comité d’accueil d’étudiants était également présent, banderoles en main pour proposer une voie alternative pour s’exprimer.

Evènement aussi car Martine Aubry réapparaissait pour la première fois depuis 2008 dans un débat de la sorte, elle qui était restée si discrète pour sa réélection en 2014. Face à elle, les quatre principaux candidats : Stéphane Baly (EELV, Génération.s), Marc-Phillippe Daubresse (Les Républicains), Julien Poix (La France Insoumise) et Violette Spillebout (LREM, UDI, Modem), avec l’absence notable d’Eric Cattelin Denu pour le Rassemblement National, qui a décliné l’invitation.

Quatre encore pour le nombre de sujets à traiter pendant les deux heures de débat, et donc une vingtaine de minutes de prise de parole par candidat. Dans l’ordre le logement, la sécurité, l’écologie et un zoom pour finir sur l’avenir de la Gare Saint-Sauveur.

Le débat des municipales 25 février 2020. Crédits : Alban Leduc
  • Logement : Lille, une ville pour tous ?

En 20 ans, le prix de de l’immobilier a triplé à Lille. Logements indignes, marchands de sommeil, passoires thermiques, chaque candidat consacre une place importante à la problématique dans son programme. Mais construire pour répondre à la demande criante serait paradoxal face aux objectifs écologiques revendiqués, d’autant que l’on s’accoutume chez l’opposition au surnom de Martine Aubry : “une maire bétonneuse”. Le maître mot sera alors la rénovation. Marc-Phillippe Daubresse est le premier à proposer un vaste plan axé sur le très social, le logement étudiant et les seniors. Idée reprise par Violette Spillebout qui propose de réunir ces populations dans des immeubles intergénérationnels et d’ajouter :”Il ne suffit pas de loger les lillois, il faut prendre soin des lillois”. Elle développe : “Il faut recruter des gardiens d’immeubles pour être à proximité des populations en difficulté.” Il y a aussi urgence pour Julien Poix, qui présente le cas d’une famille qui vit dans un appartement inondé depuis plusieurs mois.

” Je n’ai entendu que des bêtises sauf chez Martine Aubry”, Marc-Philippe Daubresse

Le candidat soutenu par la France insoumise s’étonne aussi du nombre de logements vacants (8 000) face aux trois mille personnes dans la rue. Stéphane Baly rappelle que la crise du logement en terres lilloises ne date pas d’hier et veut quant à lui repenser l’approche du logement en désengorgeant la métropole. Un équilibre à trouver pour ne pas non plus s’étaler sur les périphéries, une problématique encore et toujours liée à la transition écologique. Martine Aubry, qui prend la parole en dernier sur le sujet, pose les chiffres et ne manque pas d’afficher son expérience en soulignant son pragmatisme : “c’est plus difficile à faire qu’à dire”. Elle insiste toutefois sur un point : “A Lille nous sommes quasiment les seuls à construire du logement social. De plus, nous avons autant construit que rénové sur le dernier mandat.” Ancien Ministre du Logement, Daubresse croit même pouvoir prendre le rôle d’arbitre : ” je n’ai entendu que des bêtises sauf, objectivement, chez Martine Aubry !” lance-t-il sous le commentaire de Julien Poix : “une belle alliance!”.

Sécurité : des caméras et des armes ?

 Autre sujet central de la soirée, la sécurité à Lille, qui revient en premier dans les préoccupations des Lillois. Clairement, les clivages politiques se sont bien dessinés ici. Daubresse et Spillebout, voisins de fauteuil, s’accordaient bien sur un constat : “Les voyants sont au rouge”. Différentes manières malgré tout de répondre au problème. Pour la candidate de la liste “Faire respirer Lille”, la ville est en bas de classement quant au nombre de policiers municipaux. Elle souhaite doubler le total pour atteindre un ratio d’un agent pour 1000 habitants. Elle est favorable également à la vidéosurveillance, qu’on préfère appeler dans ce cas-là “vidéoprotection”. Daubresse, qui souhaiterait un adjoint municipal à la “tranquillité”, acquiesce sur ce dernier point, en voulant même aller plus loin : “La reconnaissance faciale peut être une option pour prévenir le terrorisme”. En face Julien Poix et Stéphane Baly sont contre cette “dystopie orwelienne”. La solution, c’est l’humain d’abord et une police de proximité, de confiance. Aubry essaye quant à elle de se placer dans un entre-deux, en clamant qu’elle a toujours été pour les caméras si celles-ci étaient utiles. Il y a aujourd’hui 6047 caméras à Lille mais qui n’appartiennent pas à la ville.

“Lille, ce n’est pas Gotham City”, Julien Poix

La maire sortante, qui a évolué au fil des mandats, critique la baisse de 400 policiers municipaux sous le mandat Sarkozy. Elle dit avoir harcelé Christophe Castaner (Ministre de l’Intérieur) pour que ceux-là soient de nouveau opérationnels dans la ville. A la question de l’armement de ces policiers, on retrouve ce même clivage, qui sert le discours anxiogène de Marc-Philippe Daubresse : “sans arme, on expose nos agents”. Julien Poix opposé à cette mesure et qui semble bien avoir préparé ses phrases chocs, rétorque : “Lille, ce n’est pas Gotham City”. Il est nécessaire selon lui d’expérimenter les salles de soins pour toxicomanes et réguler les frontières de l’UE, notamment les ports hollandais sujets à beaucoup de trafic en lien avec Lille.

Lille, capitale verte ?

Troisième et dernier enjeu des municipales lilloises et à bien d’autres échelles, la transition écologique avait naturellement sa place hier soir dans une ville allègrement polluée…25m² d’espaces verts par habitant dans la métropole lilloise, quand la moyenne française dans les grandes villes est de…48m², 1700 morts prématurés par an à cause de la qualité de l’air, etc… Les chiffres ne manquent pas pour constater l’urgence climatique que subit Lille, qui est par ailleurs désavantagée lors des pics de pollution par des vents venus d’Allemagne (qui se chauffe au charbon) et des ports européens (Anvers, Rotterdam) note Martine Aubry. Cette dernière affirme que, dès 2001 et son Agenda 21, elle s’est préoccupée de la question jusqu’il y a peu où son conseil municipal a voté la neutralité carbone de la ville d’ici à 2050. Marc-Phillippe Daubresse va, pour une fois, à l’encontre de la maire : “Vous n’avez accéléré votre ambition écologique qu’il y a seulement deux ans!” lance celui qui souhaite “un Green New Deal lillois” et une écologie positive, pointant du doigt Stéphane Baly.

“Ce n’est pas ce gouvernement, dont la grande mesure a été d’interdire les touillettes en plastique, qui va résoudre la question du réchauffement climatique !“, Stéphane Baly face à Violette Spillebout.

Ce dernier, expert en la matière, aurait du s’imposer sur le sujet. Le candidat écologiste, qui prône un changement “radical mais nécessaire”, n’a toutefois pas réussi à faire sienne une thématique qu’il défend depuis bien plus longtemps que les autres. Il a tout de même été le seul à remettre en cause la place de la voiture au sein de la ville, les autres préférant l’approfondissement des moyens alternatifs pour contrecarrer l’automobile. Parallèlement, il critiquait cette réappropriation de cette écologie réchauffée comme image de marque, notamment à l’égard de Violette Spillebout, affiliée au parti gouvernemental : “Ce n’est pas ce gouvernement dont la grande mesure a été d’interdire les touillettes en plastique qui va résoudre la question du réchauffement climatique !”. Julien Poix propose quant à lui la gratuité des transports en commun pour tous les lillois, ce qu’Aubry réserverait d’abord aux enfants, étudiants et seniors.

Les 5 candidats prêts à débattre. Crédits : Alban Leduc

L’avenir de la friche Saint Sauveur viendra clôturer ce débat sur la transition écologique. “Un grand poumon vert” clament Daubresse et Spillebout, derrière le sourire moqueur non dissimulé de Martine Aubry. Idem chez Julien Poix qui ne veut toutefois aucune construction sur l’ancien emplacement de la gare, au contraire de Stéphane Baly prêt à partager l’espace entre nature et logements. Bref, sur le sujet on frôle parfois la surenchère, à savoir qui proposera le meilleur projet !

Bilan

Ainsi malgré un Julien Poix en forme qui assumait l’animation “tel un professeur d’Histoire”, qui ironisait d’ailleurs sur les différentes piques échangées entre Spillebout et Aubry (“Il ne faudrait pas que ce débat devienne une réunion de cabinet!”), le débat s’est concentré sur le fond, frôlant d’ailleurs parfois un certain professionnalisme. Les candidats ont insisté sur leur présence sur le terrain pour toujours prouver davantage qu’ils étaient à l’écoute des Lillois, tout en parlant chiffres, notes à l’appui.

« Vous ne connaissez rien à mon programme » lance Violette Spillebout à Martine Aubry. Elle répond : «C’est vrai qu’il a beaucoup bougé ! »

“Un très bon débat” jugeait Violette Spillebout, d’accord sur ce point avec Martine Aubry qui a su intelligemment mettre en avant son expérience et son pragmatisme pour “s’opposer aux contre vérités et velléités des candidats (…). On peut causer mais on peut aussi faire !“, réagissait la maire. Tous étaient forcément frustrés d’un temps de parole limité mais s’inclinaient devant l’opportunité d’un tel débat, qui n’a ni donné réellement de gagnant ni de perdant. Étonnamment, Aubry n’a pas forcément été la cible des quatre autres, alors que chacun proposait du concret pour l’avenir. Aux urnes du 15 et 22 mars de trancher désormais, il était encore interdit hier soir de prononcer le mot “alliance”…

Clément Rabu

Crédits photo : Alban Leduc

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