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Julien Quintin - 21 mars 2020

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Coronavirus : la violence des validistes

Beaucoup de journaux titrent sur l’ « indiscipline » des français.es face aux mesures de confinement. Encore une fois, l’important est ailleurs. Nous laissons collectivement l’individualisme prendre le dessus sur la solidarité. La question n’est pas celle de la discipline mais comment voulons-nous faire société ?

Les blagues, le détachement comme sentiment de ne pas se sentir concerné.es, le fait de continuer à faire la bise et serrer la main, penser que les gestes barrière ne s’adressent pas à vous : tout ça constitue un ensemble d’actions et de comportements validistes et individualistes et donc violents et discriminants. Le validisme (ou capacitisme) est le système de pensée et de discrimination dans lequel la personne valide (ou capable) est la norme sociale. Toute personne malade et/ou en situation de handicap est donc perçue comme différente et déviante. Elle n’a qu’à se débrouiller toute seule pour se protéger et encaisser l’indifférence collective.

Le but de cet article n’est pas de véhiculer des consignes hygiénistes ni d’être moralisatrice. Mon but n’est pas non plus de contribuer à la psychose qui accompagne chaque crise sanitaire. Il s’agit seulement de mettre des mots sur la violence validiste que revêt chacun de nos comportements individuels quand on décide de ne pas prendre les principes de précaution au sérieux.

Ça commence par des blagues. Ces blagues participent à la création d’un climat, où celleux qui suivent juste les gestes barrières pour ralentir la propagation du coronavirus, sont perçus comme des guignol.es. Elles ont souvent des personnes dites « fragiles » dans leur entourage. Et en tant qu’aidant.es ce n’est pas drôle. Pour elles, le risque létal est incarné et ça change tout. Comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes souffrant de maladies chroniques (hypertension, diabète), les personnes âgées ou immunodéprimées (mon cas) ou asthmatiques ou fragiles présentent un risque plus élevé. Oui, en fin de compte ça fait quand même beaucoup de monde et ce sont dans la majorité des cas invisibles.

Le cas du coronavirus est seulement l’expression de notre impossibilité à penser la vulnérabilité autrement que par le prisme de la pitié ou celui du détachement mais toujours de loin, désincarnée. La violence est à la hauteur de l’individualisme qui nous caractérise collectivement.

Ce n’est pas aux personnes fragiles de fuir les lieux publics, les écoles, l’espace public. C’est à nous tous.tes de considérer collectivement les vulnérabilités. Il est urgent de comprendre qu’un tiers des personnes n’auront aucun symptôme (la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement) et que pourtant iels transmettront le virus à d’autres.

A continuer vos attitudes individualistes vous allez mettre en danger les personnes perçues comme fragiles par défaut d’attention. C’est une vigilance de tous les instants et non pas une vigilance à géométrie variable.

Qu’est ce qui est le plus « grave » au fond ? Celleux qui cèdent à la psychose et au pire achètent trop de boîtes de conserve ou celleux qui, comme les étudiants de Sciences po, ne changent rien à leurs comportements individuels (sûrement car iels n’ont jamais été contraints par la nécessité auparavant) ? Sans se soucier que dans les cas plus sévères, la maladie peut entraîner un décès.

Pour rappel, les gestes barrières sont :

  • Se laver les mains très régulièrement (le gel hydroalcoolique ne remplace rien c’est un complément).

  • Tousser ou éternuer dans son coude.

  • Saluer sans se serrer la main et sans se faire la bise.

  • Utiliser des mouchoirs à usage unique.

  • Porter un masque quand on est malade (sur prescription médicale).

Le port du masque chirurgical s’adresse aux personnes malade et aux personnes fragiles, sur prescription médicale, et aux personnes contact à haut risque, potentiellement contaminées, également sur prescription médicale. Acheter des masques quand on en a pas besoin c’est priver quelqu’un.

Inès Magouri

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