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Bienvenue chez les Ch’tis, vraiment ?

Vous rêviez de débarquer dans la capitale des Flandres pour son ancrage territorial ? Manger des welsh, du maroilles et se délecter du doux crachin nordiste ? Sciences Po Lille, école désormais forte de son ouverture à l’international, ne peut malheureusement plus se permettre de crier haut et fort “Bienvenue chez les Ch’tis”. Et pour cause, la marque « SPL » veut à tout prix séduire, place donc aux anglicismes pour américaniser à tout prix, sans avoir peur du ridicule.

“Go”, c’est le petit nom du -tout neuf- tote-bag 2020-2021 de Sciences Po Lille. Ne vous méprenez pas, on ne vous parle pas là du célèbre jeu de société originaire de Chine, mais bel et bien du verbe anglais, “aller”. “GO”, c’est le dynamisme, le mouvement, les idées qui fusent, la jeunesse quoi ! Welcome to SPL (à prononcer “es-pi-èle”) où désormais la traduction de toute notion vers l’anglais est presque coutume. Nos étudiant.e.s internationaux.ales seront ravi.e.s d’un accueil aussi chaleureux qui leur permettra de s’orienter au mieux à l’intérieur du campus. Mais il s’agit en réalité d’un effet d’aubaine. L’anglais est moins un cadeau aux inters qu’une preuve -irréfutable- à la modernité de notre établissement, qui doit polir son image pour mener au mieux son ouverture vers le Monde. Depuis plusieurs années maintenant, il faut bouleverser la structuration complète des études jusqu’au système de notation pour faire plus “américain”.

  • Charlie Delta

Oubliez donc tout de suite vos 14/20, qui se transformeront désormais en B, ou en C, selon l’enseignant.e. Il peut même valoir D si vous avez la malchance de tomber avec certains professeurs tatillons qui n’ont vraisemblablement toujours pas compris le système. Il faut dire que noter par lettre, par “compétences” officiellement, personne n’en a l’habitude. Alors attendez vous à être les martyrs de cette période de transition, ou vous recevrez un beau E alors que vous n’avez pas rendu copie blanche, ou vous n’aurez pas le droit à une mention alors que 90% de vos lettres sur votre bulletin sont des A et des B. Expériences testées et approuvées.

Les mentions, parlons-en également. Pas d’anglais cette fois-ci, du latin. Summa cum laude, traduisez “mention Excellence”, est une des deux mentions presque distribuées donc a bene placito (selon le bon cœur (-du jury-)). Mais le lien avec l’anglais n’est finalement pas si loin : il suffit de regarder où les étudiant.e.s sont majoritairement noté.e.s par lettres et distingué.e.s par mention latine : aux Etats-Unis. Sciences Po Lille s’américanise à toute vitesse. Le “modèle us” est déjà celui qui règne depuis un moment en Asie, il est arrivé en France par les écoles de commerce -ou plutôt business school-, il déteint à toute vitesse, aussi, sur les Sciences Po et IEP. Charabia garanti. 

Good practices, art du pitch, benchmarking

Remplacez “conseiller.e d’orientation” par séance avec un “coach personnel”, le Didier Deschamps de l’épanouissement, la Corinne Diacre de la “self confidence”. Grande place faite à la positivité, au dynamisme, au mouvement. Mais une question nous taraude tous l’esprit, n’y aurait-il pas la Junior Entreprise derrière tout ça ? “Good practices”, “art du pitch”, “benchmarking” le vocabulaire de l’asso sciencepiste se rapproche en effet drôlement de la nouvelle “comm’ djeun’s” de Sciences Po Lille. Coïncidence ? Nous en doutons. Mais nous ne mènerons pas l’enquête, nous nous contenterons comme tout bon éditorialiste de lancer des idées sans trop de fondement, au fond de nos confortables fauteuils…

  • Consanguinité, vraiment ?

Mais plus que la JE, n’imitons-nous pas notre cher collègue roubaisien avec lequel nos collusions nous ont même poussé à créer un double-diplôme (avec des prix là aussi américains) ? Oui, l’EDHEC, business school pour son nom entier, répétant sa fierté d’être l’éminent représentant de la “French Tech” dans le Nord. Traduisez là encore : le formateur par excellence de milliers de petits Manus, jeunes entrepreneurs bilingues qui après la piscine, s’adonnent au cours de “market”… Bien sûr, Sciences Po Lille n’est pas encore au niveau, espérons que ça dure, mais une fois que “la dynamique” est lancée, on ne l’arrête plus. Car ne soyons pas dupes, il n’y a pas que les intitulés que l’on tente d’américaniser, la mentalité des étudiant.e.s est aussi à terme un objectif, pour établir la Start Up Nation.

Défendre la langue française. On va encore nous prendre pour des réacs. Ou peut-être cette fois-ci pour des gaulois réfractaires. Mais mettons de côté les galéjades, Sciences Po Lille n’est pas encore devenu un campus américain, il n’aspire toujours pas à monter dans le classement du Financial Times. Peut-être faut-il tout de même s’inquiéter de la “dynamique” avant que notre directeur devienne notre manager, et les étudiant.e.s des collaborateur.trices… Soyons honnêtes tout de même, tout ça nous fait surtout rire, et pour le contentieux avec la JE, on règlera ça en conf call webinar, promis.  

Syllabusquement, 

Rab’s et Caza

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