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Alberto Tikiti, le musicien sans trompette ?

Mercredi. 16h. Peu de monde en cette fin de journée chargée pour les 1A. Et pour cause : le droit constit’ est devenu le véritable assommoir de tous les étudiants de 1A. Rare sont les rescapés qui demeurent, plus ou moins conscients, au cours magistral de droit constitutionnel. Mais qui sont-ils ? On entend des gloussements, on voit des gens dormir sur leur table, peu d’étudiants : le droit n’enchante pas tout le monde ! 

Et pourtant, il y en a bien un qui se démarque des autres. Il est considéré comme le “héros” de tous les 1A. Tout le monde le connait, mais personne ne le voit. Pourtant il est là : il sort sa trompette, en milieu de cours, pour nous réveiller. Mais un petit point d’actualité s’impose, pour ceux surtout qui aurait déserté l’amphi : Alberto est de plus en plus réfuté(e) par notre professeure. Et face à la censure, de plus en plus alarmante, contre celui/celle qui se prénomme Alberto Tikiti, on se le demande tout : Notre protagoniste est condamné(e) aujourd’hui à jouer des fausses notes ? 

Et finalement l’idée me vient : Pourquoi ne pas l’interviewer pour vous en peindre le portrait ? Rassembler, puis trier les nombreuses questions que vous voulez lui poser, et enfin (le plus dur, sans doute) : fixer une date d’interview. Après des recherches, des démarches et après ses farces pour me dissimuler son identité, nous avons enfin pu nous rencontrer. Et quelque part dans l’amphi, lors du dernier cours de droit constitutionnel avant les vacances de la Toussaint, Alberto a pu répondre à vos questions.  

Pourquoi “Alberto” ? 

“Alors, ça vient de très loin ! Je jouais avec des amis, j’avais 8/9 ans. Je ne sais guère pourquoi, je commençais à prendre un accent hispanisant et à dire “Je suis Alberto Tikiti”, et je ne sais pas d’où ça venait. Et depuis c’est un pseudo que je reprends toujours sur internet.” 

Comment a-t-il eu cette idée ? 

C’est parti d’un problème technique. Je ne voyais pas l’écran sur zoom en cours. Comme l’écran est toujours éteint, je mets le zoom pour voir la diapo. Par mégarde, j’ai activé mon partage d’écran, ce qui fait qu’on a vu des photos. Ça m’a fait rire, et je me suis dit qu’on pourrait s’amuser avec ça. Ça s’est fait sur un simple accident. Et ensuite j’ai eu la musique les “mots bleue” de Christophe. Je me suis dit “il faut que je le mette, là, tout de suite” et c’est comme ça qu’Alberto est né(e).” 

Est-ce que tu es seul(e) sur ce projet ? 

Je suis toujours tout(e) seul(e), j’ai quand même la collaboration des personnes, en créant mon compte (Instagram) pour avoir un petit sondage sur les musiques. Sinon c’est toujours une initiative personnelle(le). Pareil pour les vidéos.” 

Comment organises-tu tes projets ? 

“ Au début j’ai vu qu’une option existait : « partage de son ». Ensuite j’ai vu qu’il y avait « partage de vidéo ». C’est comme ça, tu découvres. Et je fais mes vidéos pendant le cours. Par exemple le prof d’économie a dit hier que Marx n’était pas un économiste. Ça m’a vexé. Donc j’ai fait une petite vidéo en économie, pour m’exprimer sur le sujet. ” 

Est-ce que tu as d’autres projets ? 

 Alberto a de très grandes ambitions pour son pays. C’est pourquoi j’annonce qu’il/elle se présentera à l’élection présidentielle de 2022. Il y aura une très grande opération axée sur les présidentielles : “Alberto, pour une France qui danse ! 

Ton opinion sur notre prof de droit ? 

“ Tout à fait sympathique, j’ai beaucoup d’intérêt pour sa matière. Serais-tu prêt(e) de faire une collaboration avec notre prof ? Si elle sait démontrer le talent dans la danse, ou dans le théâtre de mouvement, avec plaisir je ferais un montage d’elle en train de danser. Rien d’insultant, si elle veut collab et qu’elle veut danser, je serais prêt à le faire. ” 

Petite remarque dans le contexte : notre professeur n’avait pas encore allumé l’ordinateur. Donc pas de zoom, pas d’Alberto ? 

Malgré la censure, comment comptes-tu faire ? 

J’ai dans mon sac, une enceinte Bluetooth. Un jour, en cas d’extrême urgence elle servira. Quand il y aura des lois trop liberticides, quand sciences po me censura, Alberto s’en sortira. La prof m’a déjà viré du zoom, mais il faut savoir que lorsque tu es viré de zoom ton adresse IP est supprimée. Donc j’ai essayé de créer un nouveau compte, ça n’a pas marché. J’ai dû utiliser un VPN et recréer un nouveau compte. Donc malgré la censure, Alberto s’en sort toujours ! 

Mais que penses-tu de cette censure ? 

“ Je pense qu’elle est tout à fait justifiée si je nuis au bon déroulement pédagogique des cours, auquel cas je ne m’y oppose pas. Cependant, je trouve qu’elle est injuste (si elle n’intervient pas par exemple dans un moment de pause) je n’empêche pas les personnes de travailler. Donc si on me censure je trouverai des stratégies informatiques. J’ai un réseau d’amis en école d’informatique, et on trouvera une solution. Je ne les ai jamais consultés, et le jour où je le ferais, croyez bien qu’il n’y aura plus un seul écran dans l’IEP qui ne sera pas exploité. 

N’as-tu pas peur des représailles (professeurs, administration de l’école) ? 


“ Mais quelle représailles ? Premièrement, j’ai toujours mis un point d’honneur à ne jamais vexer les professeurs. J’ai tenté avec cette prof, elle n’a rien dit. Elle a dit, je cite : “ça met une bonne ambiance”. Car lors du premier cours, je suis parti(e) la voir. En prétextant lui poser une question lors de la pause, je lui ai demandé ce qu’elle en pensait, sans qu’elle sache que c’était moi bien évidemment, et elle a dit ça. Donc je me suis dit que je pouvais continuer. La semaine d’après, c’était trop fort pour elle, j’ai donc baissé le son. Je l’ai également fait en Science Po lorsque Mme. Leveque a fait la pause : elle a eu une réaction plus que mitigée. Donc je me suis dit que je ne tenterai plus dans cette matière. Je le fais avec le consentement du prof et en toute politesse. ” 

As-tu l’intention de le faire uniquement en droit ? 

“ J’ai tenté de le faire dans les autres matières, mais les autres professeurs n’ont pas l’air très enthousiastes à cette idée. Ça marche en droit, donc je ne le fais qu’en droit. Et étant donné que je dépends du zoom, en td ça me semble complexe. Mais si un cas contact ne veut pas se rendre en TD, il peut tout à fait m’envoyer un message avec un lien pour le zoom pour que je m’y incruste, à distance. C’est un appel du cœur. 

Mais si on regarde la nature juridique d’un consentement, il faut qu’il soit éclairé. Mais là, elle ne sait pas vraiment avec qui elle a à faire. 

Le professeur est consentant dans la mesure où si ça ne lui plait pas, il ferme le zoom. Elle ne l’a fait qu’une fois en justifiant que c’était trop fort, ce que j’ai fait. 

Et si, un jour, elle te censure totalement ? 

Eh bien, on arrêtera ! 

Quand comptes-tu ne plus garder ton identité secrète ? 

“ J’ai mis en place cette mesure du face reveal à 300 abonnés sur Instagram. Parce qu’on m’avait demandé à 100 abonnés, j’ai dit oui. Mais en réfléchissant, je me suis dit que c’était con et que je pourrais en avoir plus. Ensuite on m’a bien rappelé que la barre était peut-être trop haute, car il n’y avait que 280 personnes dans la promo. Eh bien ! Maintenant les gars qui ne me connaissent pas et qui veulent connaitre mon identité, vous créez des comptes.  

Que penses-tu d’être considéré comme la star de notre promo ? 

 J’estime juste être une mission de service publique. Ce n’est pas la popularité qui m’intéresse. Mais si un jour Alberto est appelé(e) par le peuple, je saurais répondre. Je ne suis pas un(e) héros/héroïne. Et je tiens à dire que ce n’est pas fini, et qu’ils ne seront pas déçus. ”  

 

Sur cette fin, Alberto a déclaré : “On y arrivera !” Il/elle a pris ses affaires, et est sorti(e), sans que personne ne l’ait remarqué. Mais sans non plus avoir eu la possibilité de remplir sa “mission”. 

Il n’y a pas de conclusion en droit. Mais quelques éléments semblent indispensables ici pour y voir plus clair dans cet article. Article qui, d’ailleurs, peut sembler pour certain enfantin mais il convient de montrer qu’une question se pose ici au-delà du portrait que je vous donne : Qui est réellement Alberto ? Un simple mouvement d’enfantillage ? L’image d’une rébellion ? D’étudiants qui veulent s’exprimer davantage face aux professeurs dominants ces amphithéâtres ?  

Et pourtant, au regard de ces difficultés, il serait légitime de remettre en cause l’optimisme d’Alberto : Sa trompette n’est-elle qu’une simple mélodie inaudible face à un orchestre trop puissant, ou une note capable de changer de son ? D’autres interrogations se posent : pour ce nouveau semestre, Alberto sera confronté à de nouveaux musiciens. Alberto n’existait qu’à travers notre ancienne professeure de droit, qui était la seule à autoriser ces pauses et qui permettait, par la même occasion de s’exprimer. Le départ de notre ancienne professeure signe-t-elle la fin de carrière d’Alberto ? 

 Hebbar Nadia

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