Quelques personnes réunies dans une salle sombre qui écoutent un homme, au centre, déclamer son poème sur une musique envoûtante. Non, ce n’est pas un cercle de poètes disparus, mais le spectacle One Poet Show de Souleymane Diamanka au Théâtre du Nord.
Le One Poet Show, c’est une heure entre le slam, la poésie et le stand-up. Vous n’avez aucun repère mais vous ne vous perdez pas, Souleymane vous guide à travers son histoire : sa naissance au Sénégal, puis son enfance à Bordeaux, son (premier ?) amour, et surtout sa découverte du hip-hop, puis de l’art oratoire. Il jongle entre le rire et les larmes, entre la langue française et la langue peule, entre les anecdotes de vie et les chansons qui appellent à la paix, entre les poèmes d’amour et les poèmes engagés, et parfois même il jongle (vraiment) avec des balles.
Il aborde de nombreux thèmes : de son addiction au tabac à sa rencontre avec une femme et leur nuit d’amour, en passant par la place de la poésie dans notre société et l’importance du hip-hop dans les quartiers populaires des années 80-90. Il construit son texte en sculpteur particulièrement habile et ajoute, couche par couche, des sonorités, des jeux de mots, des figures de style et des métaphores dans ses deux langues qui s’enlacent pour n’en faire qu’une. Avec sa voix grave et berçante, il récite des phrases qu’on a envie de coller partout comme des stickers. Et tout ça sur fond d’une musique envoûtante qui emprunte aux instruments traditionnels africains, au classique, au jazz américain. On ne décroche pas une seconde.
Dans son spectacle, la figure de ses parents est omniprésente. Son père, parti vivre deux ans avant sa famille à Bordeaux, envoyait régulièrement des cassettes à sa femme dans lesquelles il enregistrait des messages ou des extraits de la télévision. C’est comme ça que Souleymane découvre James Brown à 9 ans. Inspiré par la culture hip-hop dont la devise est « Crée avec ce que tu as » et l’extrait de cassette de son père, Souleymane écrit une chanson : « Senegal Soul ». De ses parents, il hérite également de nombreux proverbes en langue peule. Mon préféré se traduit par : « Il n’y a pas de difficultés, que des habitudes à prendre. » À sa mère, il dédie la dernière chanson du spectacle (« Le vœu exaucé de Dieneba »), une déclaration d’amour au Sénégal, à son nom qui est celui de sa mère et à son enfance.
Ce qui est particulièrement touchant, c’est le fait que le spectacle ait complètement sa place aujourd’hui. Dans une période angoissante marquée par la violence et la polarisation, Souleymane appelle à la paix. Une chanson m’est surtout restée en tête. Elle est tirée d’un proverbe peul que la mère de Souleymane lui répétait régulièrement : « Si quelqu’un te parle avec des flammes, réponds-lui avec de l’eau. ».
Avec sa poésie, son humour et sa voix douce, il constate, il dénonce.
« Tandis que la rue traduit la misère moderne et son jargon
Je te demande pardon, mais ce droit chemin-là n’est peut-être pas le bon
Y’a trop de cordes qui pendent aux balcons
Trop de colère qui court les rues avec la pleine lune dans le dos (…) »
Sa réponse à tout : la poésie, les mots, le dialogue, l’art.
« Dis-leur que la guerre périt, et la paix guérit. »
On ressort de ce spectacle avec de très beaux airs en tête, la sensation de retrouver espoir, l’envie d’écrire aussi bien que lui et en disant « Souleymane, c’est magnifique ».
Pour celleux qui voudraient l’écouter sur les plateformes : https://www.deezer.com/fr/artist/16173

