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BETTER CALL SAUL’, ‘BREAKING BAD’, UNE SATIRE DU RÊVE AMÉRICAIN ?

BETTER CALL SAUL’, ‘BREAKING BAD’, UNE SATIRE DU RÊVE AMÉRICAIN ?

Définir le rêve américain comme l’entendaient les politiciens du début du XXIe siècle à l’image de Barrack Obama devient véritablement compliqué -si ce n’est pas pour dire impossible. L’éducation, le bonheur ou encore la stabilité ? L’égalité, sont-ils encore suffisamment accessibles pour garantir le succès ? Il n’en n’est rien, et c’est en réalité à se demander si tel a déjà été le cas. Ainsi nombreux sont les artistes plus ou moins démunis par cette réalité immuable ; ce qui est néanmoins intéressant, c’est d’observer les différentes façons de représenter ce désarroi et en particulier dans le cinéma, ce qu’a fait Vince Gilligan avec brio à travers Breaking Bad, mais encore plus dans sa plus récente oeuvre : Better Call Saul.

Entre recherche maladive de succès à travers un capital économique toujours plus colossal, considération moindre de la jeunesse – en particulier immigrée-, pauvreté et mythe de la méritocratie, là est le véritable visage des États-Unis.

     Souvent citées comme deux des meilleures séries jamais écrites, Breaking Bad et Better Call Saul se rejoignent et partagent le même storytelling (Better Call Saul se présentant comme un préquel de Breaking Bad et produite postérieurement). Globalement, il est question de personnes prises au piège dans un système qui ne fait pas de fleurs, attirées par le gain. Des personnes qui étaient on ne peut plus honnêtes : professeur (Walter White, personnage principal de Breaking Bad), avocat (Jimmy M. McGill puis Saul Goodman), policier (Mike Erhmantraut), mais qui présentent le point commun d’être de près ou de loin liées à un système néfaste. Ces récits montrent globalement comment l’ascension sociale bascule dans la criminalité lorsque l’Etat et le marché abandonnent les classes moyennes et les classes populaires. Et c’est davantage vrai lorsqu’on se penche sur la manière dont Vince Gilligan dépeint la place des latinos américains aux Etats-Unis dans ses deux œuvres.

La représentation latino américaine

     La série Better Call Saul prend place au Nouveau Mexique et au Mexique, tout comme Breaking Bad, et utilise abondement les personnages latinos pour subtilement critiquer les dynamiques de pouvoirs et les inégalités structurelles aux Etats-Unis. Il faut en effet percevoir ici l’immigration précarisée comme véritable point de départ. En 2020, les latinos représentaient environ 18% de la population américaine soit 59 millions d’après Misterprepa.net, parmi lesquels on retrouverait 34.2% d’immigrés et 11 millions de sans-papiers, 19.4% vivaient sous le seuil de la pauvreté. Bien sûr, tout cela est sans compter le racisme ambiant, qui en devient presque maladif pour certains politiciens, qui influe considérablement sur l’intégration sociale de l’ensemble d’une communauté. Cette précarité économique et juridique montre comment l’accès difficile à des emplois légaux sur le sol américain, mais aussi à la protection sociale pousse effectivement une part significative des communautés latinos vers la criminalité organisée, parce que “it’s not about what you want, when you’re in you’re in”. Avec trois des pays les plus grands producteurs de cocaïne (la Colombie, le Pérou et la Bolivie), l’Amérique du Sud environne la violence avec un taux d’homicide parmi les plus hauts du monde d’après France Info. Ainsi, cette violence est particulièrement retranscrite dans Breaking Bad ; par là j’entends la crainte, l’aspect caricatural qui sculpte une image unique du criminel latino américain. Mais dans Better Call Saul – travail beaucoup plus subtil et fin à mon sens- Vince Gilligan nous montre les contre-points : la vulnérabilité, l’humanité qui manquait tant. Et ce à travers le personnage d’Ignacio “Nacho” Varga.

Nacho Varga, personnification de la sensibilité 

      Le personnage de Nacho interprété par Michael Mando, a souvent marqué les spectateurs de par la façon dont il est constamment en contraste avec son environnement ; un environnement criminel et dangereux. Parmi les antagonistes que composent le cartel, il est le seul chez qui il est possible de lire les conséquences morales des actes qu’il effectue, et ce avec beaucoup d’intensité : amour, tristesse et regrets constants. L’arc narratif de Nacho est de ce fait très important pour mesurer que ce qu’on regarde n’est pas seulement de la fiction. C’est, ou ça a aussi été, la réalité de vrais individus, même dans de moindres mesures. A titre d’exemple, selon l’édition du National Youth Gang Survey, 11.2% de jeunes impliqués dans des affaires de gang déclarent l’avoir fait par peur des représailles. Si nous quittons les faits purement statistiques, l’histoire de Nacho est parsemée de réflexions philosophiques faisant de lui un des personnages les plus aboutis. Il représente l’espoir évanoui avant même de naître, complètement dépouillé par la violence. Ses aspirations morales sont constamment relayées au second plan, à l’image de son rôle, lui aussi secondaire. L’unique épisode qui lui est consacré entièrement est celui qui conclut son arc narratif par son suicide dans un désert. Encore une fois contraint par la loi du plus fort, son acte signifie surtout la survie et la protection de son père, un acte ainsi dépourvu d’égoïsme, mué par l’amour. Habillé en blanc au milieu d’hommes ayant depuis longtemps perdu leur humanité, Nacho s’élève moralement et dénonce par la même occasion les maux qui pourrissent notre société : l’orgueil et la cupidité.

Les droits américains : santé, liberté sont-ils toujours acquis ?

     Vous l’aurez donc compris, le droit américain apparaît comme étant une vaste blague (non plus seulement d’un point de vue fictif malheureusement). Le personnage de Saul Goodman semble incarner à lui tout seul cette caricature du droit. Il présente ce dernier comme un produit de luxe, qui n’est pas accessible à tous. Une défense qui se fera sans accroc si le prix y est. Cette réflexion peut faire sourire lors du visionnage, néanmoins c’est une réalité à laquelle fait face un grand nombre de citoyens, en particuliers les immigrés. Saul Goodman est une mise en abîme, (un personnage joue un personnage), un vrai clown extravagant qui fait beaucoup parler de lui ; comme les libertés américaines, il est superficiel. Le pays qui a bâti toute sa constitution (en théorie) sur les droits et sur la liberté, devient progressivement un pays destructeur de libertés (celle d’avorter par exemple), la corruption et la soif d’argent les détruisant aussi inévitablement.

     En effet, la source principale de tous les maux, ce qui relie tous les fils, ce n’est que le capitalisme. L’argent manque, le crime en produit. L’argent est un problème, le crime le blanchit. Vous êtes un criminel, l’argent achète votre liberté. L’argent achète même la santé et conditionne encore une fois une partie de la population qui ne fait pas partie d’une élite économique à se satisfaire de la maigre compensation de leur mutuelle de travail s’ils sont contraints de faire de la rééducation ou de se faire opérer. (mutuelle qui n’est pas systématique et que les travailleurs perdent s’ils sont licenciés ou s’ils démissionnent). Ce système de santé amène les Etats-Unis vers un âge de mortalité légèrement plus bas que la moyenne mais déjà de trop pour un pays développé (76 ans pour les hommes aux USA en 2021, pour 80 en France selon l’INSEE). Une grande responsable de ce taux est notamment la crise des opioïdes, une substance psychotrope de synthèse. Celle-ci est consommée à outrance par les américains des classes populaires pour divers maux tels que les rages de dents, maux de tête ou encore comme somnifères. Cette substance a des impacts irréversibles sur le cerveau et contribue à l’apparition d’addictions souvent mortelles. Autant dire que Walter White a assez rapidement fait son choix, et ce pour une bonne raison.

https://misterprepa.net/immigration-hispanique-aux-etats-unis/

https://nationalgangcenter.ojp.gov/survey-analysis

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/11/29/l-esperance-de-vie-a-encore-baisse-en-2017-aux-etats-unis_5390173_3210.html

https://www.franceinfo.fr/sante/drogue-addictions/cocaine/la-production-de-cocaine-a-atteint-un-record-historique-en-colombie-en-2023_6847394.html

 

 

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