Ce jeudi 15 janvier, Science Po Lille a accueilli quatre candidats aux élections municipales de mars 2026, ainsi que plusieurs associations environnementales de Lille. Ils ont participé à une conférence, suivie d’un débat, organisés conjointement par L’Arène et La Ruche, sur les sujets liés à l’environnement, la densification urbaine et l’aménagement territorial de la ville.

Les principaux enjeux d’aménagement du territoire présentés par les associations
De la friche Saint-Sauveur aux rives de la Haute-Deûle, les associations environnementales de Lille proposent des alternatives aux projets d’aménagement actuels.
La friche industrielle de Saint-Sauveur, territoire de 23 hectares situé au cœur de la ville entre Moulins, Lille-centre, Five et Wazemmes, constitue un premier enjeu. Depuis la fin des années 2000, la ville souhaite mettre en place un « écoquartier », en construisant 2500 nouveaux logements, ainsi que des bureaux, des commerces et des équipements publics. L’association PARC Saint-Sauveur s’oppose à ce projet et propose d’en faire un grand parc, considérant la friche de Saint-Sauveur comme un enjeu de justice sociale et de santé publique. En effet, selon l’OMS l’accès à des espaces verts de proximité a des impacts positifs sur la santé mentale et physique des habitants. Or, on observe un grave déficit de nature publique à Lille : on compte seulement 17m² de nature publique par habitant contre 50 m² en moyenne pour les 50 plus grandes villes de France. De plus, les espaces verts se concentrent principalement au niveau de la Citadelle et du quartier Vauban. Ce déficit de nature est donc accentué pour les quartiers populaires. En outre, l’association argumente que le projet ne correspond pas à la demande réelle des habitants : les logements PLAI correspondent à 80% de la demande de logements sociaux, alors qu’ils ne représentent que 35% des logements sociaux prévus.
Un autre point du débat portait sur l’aménagement de la friche Québécor dans la commune d’Hellemmes, une ville en déficit d’espaces verts et d’infrastructures piétonnes et cyclables. Le collectif citoyen LM Oxygène a été créé par des habitants d’Hellemmes pour s’opposer au bétonnage de cet espace. Ils dénoncent une opération de « greenwashing » : le projet est présenté comme un moyen de stopper l’étalement urbain et de proposer des habitats proches de la nature, mais en réalité il va bétonner et densifier encore plus la ville, avec la construction d’immeubles hauts et serrés, et n’empêchera nullement l’étalement urbain. L’association propose un véritable contre-projet, qui utiliserait d’autres types de matériaux pour instaurer des maisons basses, des habitats participatifs, des transports en commun et de grands espaces verts.


Les quartiers du Marais, du Bois-Blanc et de Mont-à-Camp, anciennement industriels, représentent également un enjeu social et environnemental car possèdent de nombreuses friches. Un grand projet d’aménagement des rives de la Haute Deûle prévoit de construire plus de 300 000 m² de surfaces de plancher sur 38 hectares en deux phases. Si la première est presque achevée, l’association Deûl’Air souhaiterait revoir la seconde afin de privilégier des logements à prix modérés et des espaces verts, notamment pour lutter contre les îlots de chaleur qui touchent les quartiers les plus modestes. L’association se bat aussi pour conserver le parc Rosa Bonheur dans son état actuel et pour préserver la biodiversité en limitant les activités humaines sur la presqu’île de Boschetti, tout en questionnant l’utilité réelle de ces constructions frénétiques, comme le projet de routes La Lino au Nord-Ouest de la métropole.
Les propositions des candidats vis-à-vis de ces territoires
Les têtes de liste des élections municipales de 2026 ont présenté leurs différentes visions concernant l’aménagement de ces territoires.
Arnaud Deslandes, maire sortant qui avait succédé à Martine Aubry en mars 2025 suite à sa démission, est aujourd’hui la tête de liste du Parti Socialiste. Il défend le projet actuel de Saint-Sauveur, qui permettraient de répondre aux questions sociales et écologiques avec des infrastructures publiques, des logements sociaux et des espaces verts, tout en prenant en compte les enjeux thermiques.
Au contraire, Lahouaria Addouche, tête de liste LFI, considère la friche de Saint-Sauveur comme le deuxième poumon de Lille et souhaite la laisser à la nature, tout comme elle s’oppose à la bétonisation de la friche Québécor. Elle propose également de favoriser la participation citoyenne dans l’élaboration des projets d’aménagement urbain.
Stéphane Baly, tête de liste Les Ecologistes, préfèrerait quant à lui raccorder la friche de Saint-Sauveur avec le parc Jean-Baptiste Lebas et construire des logements à forte valeur sociale. Il rappelle ensuite qu’il a voté contre le projet de La Lino et qu’il s’oppose aux plans locaux d’urbanisme ayant une vision de marchandisation du territoire, tout en insistant sur la nécessité d’avoir de la nature à proximité pour lutter contre la pollution de l’air et pour améliorer le bien-être des habitants.

Pour finir, Violette Spillebout (Renaissance) considère que Lille a souffert de dizaines d’années de mauvais choix et d’inaction. Elle propose de prendre en compte l’avis les citoyens et de les inclure dès le début dans les projets d’urbanisme. Par exemple en 2020, elle avait coconstruit avec les habitants des projets prévoyant le développement des mobilités douces et des forêts urbaines. Elle souhaite ainsi modifier les projets actuels : pour Saint-Sauveur, elle prévoit un parc de 15 hectares avec une dimension pédagogique, laissant l’aménagement des 8 hectares restants ouvert aux propositions citoyennes.
Des enjeux environnementaux et urbains globaux
D’une part, l’association Entrelianes souligne que la métropole lilloise ne respecte pas l’esprit de la loi Climat‑Résilience : malgré l’objectif national de réduction de l’artificialisation des sols, le PLU3 (plan local d’urbanisme de la MEL) prévoit encore la destruction de plus de 1000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers. Cette dynamique fragilise ainsi la ressource en eau potable, déjà fortement sollicitée par les activités économiques.
D’autre part, l’association Aut’mel élargit la critique en montrant que la métropolisation vient accentuer les fractures territoriales, les grandes métropoles captant l’essentiel des richesses au détriment des zones rurales. La métropole lilloise cumule par ailleurs une pollution atmosphérique élevée et de nombreuses pressions urbaines liées à la densification. Face à ces limites, l’association propose de repenser le modèle métropolitain en s’appuyant davantage sur les communes moyennes, pour instaurer un développement équilibré, soutenable et cohérent avec les ressources du territoire.
Finalement, au cours du débat, des citoyens présents dans la salle ont soulevé les questions de gentrification et de spéculation immobilière qui pèsent sur les logements.
Les réponses des candidats aux problématiques soulevées
Pour répondre à ces problématiques, les candidats apportent différentes propositions.

Lahouaria Addouche (LFI) voudrait faire un état des lieux dès le début du mandat pour identifier les priorités, puis de mettre en place une planification pluriannuelle construite en collaboration avec les habitants, afin de protéger les ressources. Elle fait part également de sa volonté de lutter contre la spéculation immobilière en surveillant les projets immobiliers, de privilégier la réhabilitation des bâtiments existants et de réquisitionner les bureaux vides pour développer davantage de logements sociaux.
Stéphane Baly (Les Ecologistes) préfère quant à lui utiliser le terme de « ménagement du territoire ». Pour réponse à l’urgence climatique, il insiste sur la nécessité d’avoir une vision régionale, en prenant en compte les territoires adjacents à la métropole. Il propose ensuite des alternatives à la densification : l’objectif de ZBN (zéro bureau net), la lutte contre les logements vacants, la rénovation pour avoir des logements de qualité. Enfin, il voudrait développer un tramway qui répondrait aux besoins de mobilité des habitants.
Pour finir, Violette Spillebout (Renaissance) souhaiterait favoriser la biodiversité, la régénération et la dépollution des sols, ainsi que préserver la qualité de l’eau et de l’air. Face aux problèmes liés au logement, elle propose de réhabiliter plusieurs quartiers comme Five ou Wazemmes, d’offrir des logements adaptés aux familles, aux étudiants et aux personnes âgées, de construire des logements dans une partie du port, et de transformer les logements et bureaux vacants en logements d’urgence ou durables.
Silvia Saroli

