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Excision, parlons-en !

200 millions : c’est l’estimation du nombre de femmes qui ont subi une excision, toutes nationalités confondues. Cette pratique souvent méconnue affecte pourtant une jeune fille toutes les quatre minutes. Présentée comme une « affaire de femmes » par certains de ses défenseurs, la mutilation génitale féminine doit plus que jamais devenir une affaire de société. Il est pour cela nécessaire d’accompagner les femmes excisées de manière globale mais aussi d’informer, de prévenir, de sensibiliser toutes les franges de la population. C’est ce que montre très bien le dernier documentaire réalisé par Mireille Darc avant son décès, diffusé sur France 2 le 28 novembre 2017 et intitulé « Excision, le plaisir interdit ». Avec Nathalie Amsellem, Mireille Darc recueille les témoignages de femmes excisées, montrant ainsi les ficelles d’une pratique traditionnelle aujourd’hui jugée criminelle par le droit français.

 

Proportion de femmes excisées sur le continent africain, selon l'UNICEF
Proportion de femmes excisées sur le continent africain, selon l’UNICEF

Une construction sociale de la torture

C’est dans l’Egypte des Pharaons que naît l’excision, bien avant l’apparition des religions monothéistes. Il n’est jamais fait mention d’une quelconque obligation pour les femmes d’être excisée dans aucun texte sacré. Cette pratique n’a donc à l’origine rien à voir avec la religion : elle est le produit social d’une croyance. Le clitoris représenterait une trace de la masculinité qui sommeille en toute femme. Le caractère érectile de cet organe rappelle celui du pénis masculin. C’est pourquoi la circoncision et l’excision participent à éviter le « mélange des genres ». Il est cependant difficile d’admettre une comparaison entre les deux tant les implications sont différentes. L’excision consiste en effet à retirer le clitoris mais également les petites lèvres dans certains cas. L’infibulation, la version la plus radicale de l’excision, fait référence à l’ablation du clitoris et à la suture des petites et grandes lèvres en laissant une ouverture permettant à l’urine et aux menstruations de s’écouler. Autrement dit, il s’agit d’une castration de l’organe sexuel féminin, pratiquée le plus souvent sans anesthésie par une « exciseuse » à l’aide d’un couteau ou d’un rasoir dans des conditions d’hygiène déplorables. Outre une expérience violente et extrêmement douloureuse pouvant conduire au décès en cas d’hémorragie importante ou d’infection, l’excision a des conséquences physiques et psychologiques durables. Elle augmente les chances de rapports sexuels douloureux, de grossesses à risques et de fausses couches, d’accouchements dangereux pour la mère et l’enfant.

Représentation des différents types d'excision pratiqués
Représentation des différents types d’excision pratiqués

Comment justifier alors une telle pratique ? L’excision est conçue comme un moyen de s’assurer de la virginité des jeunes filles avant le mariage. Elle est d’ailleurs pratiquée sur des jeunes filles âgées de quatre à quatorze ans en moyenne. C’est aussi une pratique de purification de la femme mais également un moyen pour les hommes de contrôler la sexualité féminine. Parce que l’idéal masculin d’une future femme pure donc excisée est projetée de manière indirecte dans l’inconscient collectif, il participe à la perpétuation de cette tradition. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes, des mères, des tantes, des voisines qui organisent l’excision. Toutes les femmes sont donc enfermées dans un système normatif dicté par la société patriarcale : rejeter la faute sur les seules femmes n’a donc pas de sens. C’est pourquoi il est nécessaire d’impliquer les hommes dans le processus de sensibilisation.

Faire connaître la pratique pour mieux la faire disparaître

C’est le parti pris du collectif « Excision, parlons-en ! » qui a pour cela créé un site internet en 2013, pour mobiliser le plus d’acteurs possibles en faveur de l’abandon de cette pratique. Une campagne de sensibilisation a également été lancée en 2017 en France. S’il est vrai que l’excision est majoritairement pratiquée dans les pays subsahariens et d’Afrique de l’est, les immigrés, parfois d’autant plus attachés aux traditions nationales qu’ils en ont été arrachés, les perpétuent dans leur pays d’accueil. Le documentaire de France 2 dont le replay est encore disponible 21 jours sur le site de la chaîne estime qu’en France, « trois filles sur dix dont les parents sont issus de pays où l’on pratique traditionnellement l’excision sont en danger chaque été ». Des vacances dans le pays d’origine servent souvent de prétextes pour organiser l’excision à l’insu des adolescentes.

Affiche de prévention contre l'excision, par "Excision, parlons-en!"
Affiche de prévention contre l’excision, par « Excision, parlons-en! »

Si la France est l’un des premiers pays à avoir criminalisé l’excision, il est nécessaire de poursuivre et de renforcer l’accompagnement des femmes excisées sans les stigmatiser. Il est important de les inclure dans une lutte contre les violences faites aux femmes et non pas seulement contre l’excision. Le suivi psychologique peut aujourd’hui être accompagné, quand il est jugé nécessaire par la femme, d’un suivi chirurgical de réparation de l’organe clitoridien que pratique le chirurgien Pierre Foldès, surnommé « l’architecte du clitoris ». Ouvrir le dialogue entre hommes et femmes est aujourd’hui indispensable pour éviter à des milliers de jeunes filles de subir ce « rite de passage à l’âge adulte » précoce et violent imposant un idéal-type féminin, que de plus en plus d’hommes dénoncent.

 

 

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Julia Camus

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