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Carnets de 3A/FIFE – Salamanca, mi amor : pour le meilleur et pour le pire

« Salamanque en riant s’assied sur trois collines,

S’endort au son des mandolines

Et s’éveille en sursaut aux cris des écoliers. »

C’est bien coincée entre ces trois collines dont parle Victor Hugo que je me réveille chaque matin, non pas en sursaut mais avec cette flemme matinale qui caractérise un mode de vie espagnol à la cool. Ok j’avoue, l’Espagne ça fait a priori pas très vendeur comme destination face aux îles asiatiques, aux pays chauds et colorés de l’Amérique Latine ou à l’American way of life… mais c’est un pays qui a également des côtés sympas !

Faculté de filologie
Faculté de filologie

Ville imprégnée par l’histoire : Salamanca is the new Game of Thrones

48… 47… 46… Le compte à rebours s’accélère, les jours défilent et l’échéance approche. Dans quelques semaines, l’université de Salamanque fêtera son 800ème anniversaire. Et oui, 800 ans ! Pour la petite histoire, elle a été fondée en 1218 par Alphonse IX de León. C’est la plus ancienne (encore en activité) du monde hispanique et la 5ème plus ancienne d’Europe. Pas mal non ? Salamanque est située dans la communauté autonome de Castille-et-León (en haut gauche du pays en gros).  A l’image de l’Espagne, elle regorge de splendides édifices religieux, palais, musées et autres joyaux architecturaux dont son fameux pont romain. On se croirait presque dans Game of Thrones en se promenant dans le centre historique. C’est pour moi une cité à la croisée de l’Histoire, des histoires mêmes, puisque son palais épiscopal fut la demeure de Franco pendant la première partie de la Guerre Civile. Il n’est pas rare d’apercevoir sur les façades un symbole, un nom de rue ou une fresque de nature franquiste. La mémoire de la Guerre Civile tout comme celle de la période franquiste font l’objet de débats et de controverses qui divisent encore aujourd’hui la société espagnole. Salamanque n’y échappe pas, bien au contraire, ce qui rend cette ville que j’aime à qualifier de « bulle cristallisatrice d’histoire » d’autant plus intéressante.

Par ailleurs, la vieille ville a rejoint en 1988 la liste du Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco, témoignage de son architecture à la valeur singulière. Salamanque est une ville très culturelle, qui attire de nombreux touristes. L’originale Casa de las Conchas (maison des coquillages), qui accueille aujourd’hui une bibliothèque publique, fait partie des centres d’intérêts  incontournables. Pour avoir une vue panoramique sur la ville depuis les hauteurs, deux possibilités : les tours médiévales de la Cathédrale ou celles de l’église de La Clerecia. Qui vient à Salamanque ne manquera pas de s’attarder devant la façade de la vieille Université, sur laquelle se cache une petite grenouille (« la rana ») qui apporterait chance et santé à qui la repère. Salamanque, ville du savoir, regorge de vendeurs de livres de seconde main, de vinyles et autres curiosités…

La Plaza Mayor, centre de rencontre et coeur de la ville
La Plaza Mayor, centre de rencontre et coeur de la ville

Vida loca et fiesta : España is the place to be pour “chopper de l’Erasmus”

Ce qui fait avant tout l’identité de Salamanque, c’est sa culture de la fête ! Ville estudiantine par excellence, elle voit affluer chaque année plusieurs milliers d’étudiants. Lorsque la nuit tombe, on se donne rendez-vous sur la Plaza Mayor, cœur de la ville, pour ensuite aller manger des tapas accompagnés d’une cerveza (compter 2/3€ la bière) ou d’un tinto de verano (alors littéralement c’est un « vin d’été », mais on en boit encore en novembre). Tortilla, pinchos, jambon ibérique, patatas bravas, croquetas, empanadas… comme on aime à le répéter ici : « La nourriture, en Espagne, ça se partage » (c’est ce qu’a dit le serveur du resto japonais, mais je suppose que ça s’applique aux mets espagnols…) ! Tout au long du semestre, de nombreuses soirées sont organisées à l’incontournable Irish Theatre (un genre de bar/boîte de nuit/théâtre) par les associations en charge de l’intégration des étudiants Erasmus et internationaux : beer pong (chaque lundi), thématiques (un pays mis à l’honneur chaque mardi), karaoké (chaque mercredi) ou encore DJ (chaque jeudi). Vous l’aurez compris, il y a de quoi faire la fête tous les soirs ! A l’espagnole, on commence dans un bar sympa avant d’aller se déhancher sur du reggaeton jusqu’au bout de la nuit, sans oublier bien sûr le petit détour par la chupiteria (littéralement, « bar à shots »). En Espagne, on sort beaucoup plus tard qu’en France puisqu’on se retrouve vers 23h30 pour aller au bar et pour les plus valeureux, direction la discothèque vers 3-4h du matin ! En contrepartie, la ville est encore endormie à 9h et s’anime peu à peu, tout doucement, despacito. Il est agréable, de temps à autres, de prendre en terrasse, sur la Plaza Mayor, un petit déjeuner typique d’ici mais non moins calorique : le fameux chocolate con churros. Il faudra attendre 14h-15h pour déjeuner avant une petite sieste à l’espagnole. Et oui, jusque 17h30-18h les commerces et beaucoup de centres d’intérêts sont fermés puisque l’après-midi est réservé aux loisirs et au repos !

Par ailleurs, ce qui est vraiment agréable depuis que je me suis installée à Salamanque, c’est que je n’ai pas pris une seule fois le bus ni la voiture, pas même le vélo. Salamanque est une ville à taille humaine et compte 145 000 habitants environ (un peu comme Tours ou Nîmes, à titre de comparaison). Tout se fait à pied. Le campus où se trouve la fac de droit est à 15 minutes du centre.

Ainsi, les frais liés aux transports sont absolument nuls. Pour ce qui est du coût de la vie, comptez des dépenses similaires à la France pour des courses en grandes surface. Par contre, la qualité de produits est malheureusement moins élevée. Trouver du pur jus de fruits ou tout simplement des fruits non bourrés de produits suspects s’avère être un défi de taille. Il ne nous reste plus qu’à faire un régime jambon-tortilla. Concernant le loyer, la différence est réellement notable par rapport à la France, et elle est en ma faveur ! Comptez entre 150€ et 250€ pour une chambre en collocation de 3 ou 4, auxquels il faudra ajouter les charges. Peu de studios ou appartements solo, énormément d’appart’ à partager ou de colloc’ à rejoindre façon auberge espagnole. L’hébergement étudiant à Salamanque, c’est tout un business, ça vient et ça repart régulièrement ! Aucune difficulté donc pour trouver un logement, il y en a pour tous les goûts et dans tous les quartiers. Pour ma part, je partage un appart’ avec une camarade de FIFE, Camille, et notre poisson rouge, Robin. Nous vivons à deux pas de la Cathédrale et de la vieille Université, pour un loyer de 250€ TTC chacune.

Façade de la vieille Université

En retard tu seras et ton QCM correctement tu compléteras

Parlons maintenant… des cours ! Il y a deux trucs que je trouve vachement cool ici. Premièrement, si vous avez l’habitude de ne jamais être à l’heure en classe, et bien vous allez vite la perdre, car même en étant 5 minutes en retard, vous serez tout de même 5 minutes en avance,voire 10, voire… bon ok j’arrête là. Ou sinon vous pouvez très bien terminer 10 minutes en avance, ou 20, ou 30…. Et oui, en Espagne, on ne se presse pas, on ne se stresse pas, on est relativement relax. Une habitude espagnole à prendre, qui sera peut être difficile à oublier une fois de retour à Lille… Et puis deuxièmement, fini les dissertations ! Problématique ? Contextualisation du sujet ? Développement en 3 parties 2 sous-parties ? Ici, on ne connait pas ! En contrôle continu, on te demandera éventuellement de rédiger un essai de quelques pages, de temps à autres, selon les matières. Les devoirs à la maisons consistent en des « practicas » de formes diverses et variées, mais jamais très longues ni difficiles : recherches, lectures, questionnaires à compléter, commentaires de vidéo… Enfin, tu auras la joie d’expérimenter les fameuses « pruebas tipo test », à savoir les examens sous formes de QCM. Oui, oui, des QCM, en partiel ! Plutôt cool non ?

Pour ce qui est des horaires de cours, à toi de concocter ton emploi du temps comme on prépare un mojito, en veillant à ce que les horaires coïncident, bien évidemment. tu dois piocher les cours qui te plaisent dans différentes années de différentes licences qui sont dispensées dans différentes facultés. A Salamanque, tu es pas mal libre dans le choix de tes cours. A titre d’exemple, certains FIFE suivent les cours suivants : Sexualité, genre et pouvoir, Criminologie, Littérature francophone du Maghreb, Histoire des USA, Politique extérieure de l’Espagne, Coréen, Développement soutenable, Genre et Société, Sociologie des syndicats… Par ailleurs, tu peux prendre autant de cours que tu le souhaites. Toujours comme un mojito, pas de limite pour le rhum mais par contre il faut quand même en mettre un minimum. Il est tout à fait possible de regrouper les cours sur 3 jours pour se laisser du temps libre, ou profiter du week-end pour voyager.

Non loin de la frontière portugaise, le parc naturel de Arribes del Duero
Non loin de la frontière portugaise, le parc naturel de Arribes del Duero

Parce que l’herbe est toujours plus verte ailleurs…

Visiter Salamanque, c’est sympa, mais bouger à travers l’Espagne, c’est mieux ! Les asso’ organisent des excursions quasiment tous les week-end, dans les villes de la région mais aussi à Séville, Bilbao, Lisbonne et même au Maroc. Mais je préfère découvrir la région par moi-même. Avec mes amis de la FIFE, on a pas mal bougé en voiture autour de Salamanque. Dans la province voisine, la ville de Ségovie a beaucoup de charme, avec son Alcazar et son célèbre aqueduc romain. Avila quant à elle est connue pour sa muraille aux 87 tours ! Mais bien que la région du toro bravo nous réserve des surprises, comme ses villages abandonnés ou ses barrages hydrauliques imposants, je dois admettre que ses paysages n’ont guère su suscité mon émerveillement. Il fait très sec, le cadre est quasi désertique avec des arbres morts et de l’herbe grillée à perte de vue. Je suis souvent nostalgique de la verdure et la fraîcheur des contrées du Nord. Les Asturies et la Cantabrie, au nord du pays, sont connues pour être deux régions magnifiquement vertes, et avec de superbes plages. Idéal pour faire du camping au printemps, encore un peu de patience ! Salamanque est très proche du Portugal, comptez 3h30 pour rejoindre Porto en voiture, ou 6h en bus (à partir de 30€ A/R). De même, en 2h30 vous atteignez la capitale espagnole. Plusieurs Blablacar circulent chaque jour entre Salamanque et Madrid pour une dizaine d’euros le trajet. Depuis l’aéroport de Madrid, de nombreuses destinations, européennes comme marocaines, sont accessibles pour des prix variables. Jusqu’à maintenant, je m’en sors pour entre 20€ et 40€ l’aller-retour Madrid-Bruxelles Charleroi ! Il suffit d’être flexible sur la date et la destination et hop, on s’envole pour quelques jours !

Peña de Francia, zone montagneuse au sud de Salamanque
Peña de Francia, zone montagneuse au sud de Salamanque

L’Espagne, pays aux deux saisons

Je terminerai par un petit point météo : pas besoin de préciser que le temps nous est ici plus favorable qu’à Lille. En revanche, l’hiver arrive si vite que du jour au lendemain il faut ranger les shorts et les robes pour sortir les gros manteaux et les écharpes. Si dans le sud du pays, le mois d’Octobre est encore doux, à Salamanque la saison hivernale n’attend pas ! Toutefois, la pluie reste rare, et le soleil nous laisse encore profiter de ses doux rayons.

Alors oui, c’est bien à Salamanque, entre trois collines, que je suis coincée pour un bon petit bout de temps, pour le meilleur et pour le pire. Le pire c’est que ça passe vite. Mais tu sais quoi ? Le meilleur, c’est que ça recommence l’an prochain !

Fiona DE SAINTE MARESVILLE

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