Skip to content

Carnet de FIFB - Un semestre au Kent

Aurore Courtes · 14 décembre 2018

Espagne: 40 ans après, l’heure n’est plus au dialogue

César Casino-Capian · 13 décembre 2018

Marion Crépin y Léa Martinet Jannin ·
11 décembre 2018

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Carnets de 3A – Estonie : “Mais pourquoi t’as choisi ce pays ?!”

Lorsque j’ai annoncé  à mes proches que je partais pendant un an en Estonie, il y a eu deux réactions : la réaction honnête et la réaction malhonnête. La réaction honnête consistait à me demander très spontanément d’une manière interloquée « Mais qu’est-ce que tu vas faire dans ce pays? ».  La réaction malhonnête consistait à me répondre quelque chose de très vague  « Ah ouais quand même! » tandis que je pouvais lire dans leurs yeux la frénétique recherche d’une moindre information sur l’Estonie, en dehors de son existence sur le plateau du Monopoly.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Qu’est-ce donc que cet endroit, pourtant si près de nous, mais dont on connaît si peu ? L’Estonie est un petit pays d’Europe d’un million trois cent mille habitants. Concernant sa localisation en Europe, c’est déjà plus compliqué : n’importe qui situerait l’Estonie en Europe de l’Est, cependant le pays cherche à se revendiquer comme appartenant à l’Europe du Nord, s’appuyant principalement sur sa proximité avec la Finlande. Il est vrai que les deux pays voisins se ressemblent sur beaucoup d’aspects : même topographie, même climat, même rapport à la nature et à l’humain en général, cultures similaires…

En moins de 30 ans l’Estonie a drastiquement changé son modèle de société depuis qu’elle a pris son indépendance de l’URSS. En l’espace d’une génération le pays s’est converti à l’économie de marché, a intégré l’Union Européenne, l’Eurozone, l’OTAN et a adopté un mode de vie numérique.

Le pays tire beaucoup de fierté de son modèle de société digitale, l’e-Estonia, qui est réputé pour être le modèle le plus performant au monde, et une administration efficace et transparente aux yeux d’un français, c’est incroyable. Pour la population estonienne cela se traduit quotidiennement par la capacité de tout faire grâce à internet : voter, souscrire à un emprunt, ouvrir en moins de vingt minutes sa société ou consulter son dossier médical.

La déclaration en 2018 de leur présidente définit bien la politique du pays “A small country has only one natural resource and it is located between our ears”. L’Estonie est un pays dynamique qui commence à s’imposer malgré sa petite taille grâce à ses connaissances dans le domaine du numérique.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Néanmoins le pays connaît de sérieuses difficultés, notamment en matière de développement avec 21% de la population qui reste sous le seuil de pauvreté avec moins de 468 euros par mois. Ce problème concerne majoritairement la minorité russophone d’Estonie, et particulièrement les apatrides, les anciens citoyens soviétiques qui n’ont jamais soumis de demande de citoyenneté. En général, la minorité russophone qui représente 24% de la population connaît des difficultés d’intégration dans la société estonienne, freiné notamment par la barrière de la langue et le manque de mixité sociale ; les russophones fréquentent des écoles, des marchés, des quartiers voire des villes où ils sont en extrême majorité.

Les Estoniens sont  très fiers de leur culture que l’occupation soviétique n’a pas réussi à éroder. Un des points essentiels de la culture estonienne est le festival de chant üldlaulupidu qui se produit tous les 5 ans et réunit pas moins de 30 000 chanteurs. Les estoniens ne sont de manière générale pas des grands blagueurs, mais il est encore plus dangereux de se moquer de leur très cher festival. Pour rappel, c’est notamment grâce à la chanson et à ce festival en particulier que les Estoniens ont réussi à sortir pacifiquement du joug soviétique, ce qui explique son importance. Un autre aspect important pour eux est leur langue, relevant de la famille finno-ougrienne, c’est un enfer à apprendre, parfois classé la langue la plus difficile du monde avec ses 14 déclinaisons. Néanmoins les Estoniens parlent très bien anglais, donc nul besoin de se torturer davantage, même si ils apprécieront que vous connaissiez les basiques, bonjour-merci-au revoir.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La vie quotidienne à Tallinn

Tallinn est la capitale, ce qui en fait la ville la plus active et la plus connectée du pays. Dans la vieille ville règne une atmosphère médiévale qui en fait une ville pleine de charme et très apaisante. Petits bobos ne vous inquiétez dont pas, il y a bien un quartier hipster, Telliskivi, peuplé de bars, de restos branchés et de friperies. Par ailleurs amis végétariens/vegans, il vous sera assez simple de bien manger ici. On retrouve l’amour des grands espaces et de la nature des Estoniens dans une ville aérée, jamais bondée et d’où il est très facile de s’évader vers la mer, les forêts environnantes, un lac, une île ou encore vers les nombreux parcs naturels du pays. En été vous pouvez prendre le bus et vous vous retrouvez à la plage en quinze minutes, si vous n’êtes pas assez courageux pour vous baignez, vous pouvez toujours faire du beach volley.

La ville reste assez petite, mais vous n’avez pas le temps de vous ennuyer tant il est simple de voyager depuis l’Estonie : Finlande, Lettonie, Lituanie, Russie, Pologne, Norvège, Suède sont accessibles facilement et à petits prix. D’autant plus que l’association des Erasmus ESN organise des voyages vers des destinations difficiles d’accès par soi-même comme la Laponie à des prix défiant toute concurrence.

En général à Tallinn je dirais que les prix sont inférieurs à 30% à ceux pratiqués en France : vous pouvez vous loger décemment pour 250-350 euros par mois, les transports publics sont gratuits pour les résidents de Tallinn, l’alcool et les restos sont 30 à 40%  moins cher qu’en France, donc vous avez de quoi profiter !

Il est temps maintenant d’aborder le sujet sensible, le climat. Le point positif c’est qu’en Estonie on peut bénéficier de quatre vraies saisons. Concernant la température, la température moyenne annuelle est (seulement) de 5 degrés. Les hivers sont assez changeants d’une année à une autre mais en général on peut dire que les mois les plus froids tombent à une moyenne de -8 degrés avec de rares pics à -15, -20°. Mais comme le dit le fameux proverbe des pays froids, “there is no such thing as bad weather, only bad clothes”, vous pouvez tout à fait survivre au froid avec un équipement adapté (que vous pouvez trouver à petits prix dans une des nombreuses friperies de la ville). Le plus difficile est plutôt d’affronter la nuit en hiver, puisque les journées ne durent que 6 heures, et le manque de soleil joue beaucoup sur le moral si vous n’êtes pas préparés mentalement. Enfin rassurez-vous, rien d’insurmontable, et ça vous donne un prétexte supplémentaire pour traîner dans les bars !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Et les cours ?

La fac est assez récente, elle a ouvert ses portes en 2008, ce qui fait que les locaux sont impeccables et qu’il y a tout ce qui faut pour travailler. Concernant la charge de travail, les cours de licences sont vraiment accessibles avec juste un essai à rendre à la fin. Les cours de masters (bien plus intéressants), ne demandent pas vraiment de travail régulier à chaque cours,  mais un rapport à rendre. Par rapport à la France, le rapport au professeur est plus dans le dialogue, on veut vraiment savoir ce que vous pensez et que vous échangiez avec les autres élèves.

Si vous voulez apprendre ou perfectionnez votre russe, les cours de langue sont vraiment bons, et vous pouvez pratiquer dans la vie quotidienne.

Concernant le choix de cours, si vous aimez les gender studies, les sujets sur le développement durable, la communication, la sociologie…. la Tallinn University n’est pas du tout faite pour vous. En revanche si vous aimez le droit (international, européen, public, privé..), l’anthropologie, les sciences politiques, les relations internationales, il y a du choix et les cours sont de bons niveaux.

Un des points les plus agréables est que l’université n’est pas infestée de Français, et encore moins de sciencepistes, ce qui vous laisse plus d’opportunités pour sortir de sa zone de confort. Les étudiants internationaux viennent pour la plupart d’Europe mais on rencontre aussi des personnes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud, qui permettent d’élargir ses horizons. En revanche le gros point faible reste le manque de dynamisme associatif, que ce soit au niveau de la fac ou de la ville en elle même. Cela s’explique certainement par le fait que les Estoniens sont des individus assez timides qui aiment rester dans leur sphère privée.

Plongez dans l’inconnu, venez en Estonie !

Je pense que l’Estonie n’est pas une destination faite pour toutes les personnalités : si vous aimez les grands espaces, les vieilles pierres, les coins perdus, chiller dans un café, profiter de la neige et des voyages, alors vous aimerez l’Estonie. Le pays est extrêmement intéressant d’un point de vue culturel, sociétal, historique, économique, scientifique, technologique… On se trouve vraiment à la croisée entre l’Europe du  Nord, l’Europe de l’Est et la Russie, et ce mélange fonctionne extrêmement bien. J’ai bien conscience que spontanément l’Estonie est un pays qui ne fait rêver personne, mais il mérite plus d’attention car c’est un pays d’avenir et qu’il vous permet de sortir des sentiers battus des destinations plus conventionnelles.

Apolline R.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *