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Test : Quel.le féministe es-tu ?

“Mais c’est bizarre pour une fille, normalement ça reste à la cuisine”

L’autre jour, alors que j’assistais à mon cours de boxe, dans mon club, rituel hebdomadaire, je me retrouve pour un exercice avec Georges (le nom a été changé au cas où, même s’il ne lira jamais cet article). Georges, 49 ans, me demande alors pourquoi j’ai commencé la boxe. Je commence à lui expliquer que j’ai envie de me dépenser, de me défouler, que la boxe m’aide à me changer les idées. “Mais c’est bizarre pour une fille, normalement ça reste à la cuisine”. Pour tout vous dire, j’ai rassemblé toute ma force pour le coup qui a atteint sa cuisse juste après qu’il a prononcé cette phrase. Il me frappe gentiment l’épaule : „allez Mona, ça va, je rigolais, c’est bien, vous avez besoin de vous défendre”. Je rigole nerveusement et lui dis „fais gaffe, je suis féministe”. Et là, tout d’un coup, terreur dans son regard. Il arrête son uppercut et me laisse porter le prochain coup fatal. Cette phrase l’a plus déstabilisé que mes poings et mes jambes, comme quoi un quadriceps ne rivalisera jamais avec de sages paroles. Sages, vraiment ?

Aujourd’hui, se revendiquer comme „féministe” peut provoquer à la fois des réactions de dégoût, de rejet, de surprise ou d’admiration. „Je ne te pensais pas extrême comme ça”, „donc tu détestes les hommes en fait”, et bien d’autres, sont des réactions qui sont communes et pourtant tellement incompréhensibles. Comment dire „Je suis féministe”, aujourd’hui, sans choquer, sans dégoûter, sans faire déguerpir son interlocuteur.trice ?

Des féminismes ou un féminisme ?

Le Féminisme est, pour moi, comme une convergence des luttes, pour employer des termes connus dans un contexte peut-être inapproprié. Il est un regroupement de féminismes si pluriels et divers qu’il en existe pour tous les goûts. Je sais, j’enfonce des portes ouvertes. Mais il est important de faire cette distinction entre les différents types de féminismes, entre leurs différents degrés, entre l’activisme et le militantisme, entre les „militants-fantômes” et les hypocrites, entre le Féminisme et un féminisme.

Jamais je ne me targuerai de connaître tous les types de féminismes qui existent, ils sont infinis et tous aussi puissants les uns que les autres.

Cependant, je peux tenter de donner une définition succincte mais universelle du féminisme, tel qu’il devrait être compris et interprété par toutes et tous.

Le féminisme est universel. Les femmes représentent 51% de la population mondiale et sont pourtant discriminées. Aussi bien économiquement que soc(iét)alement. Elles sont, en moyenne, moins bien rémunérées que les hommes à emploi équivalent voire égal, elles ne se voient confier que peu de postes décisionnels par rapport aux hommes, leurs corps sont bien souvent sexualisés pour vendre. Le principe intrinsèque du féminisme est de lutter contre ces discriminations, qu’elles soient sociales, économiques, ethniques. Seulement voilà, les formes de lutte sont différentes, et certaines sont connotées politiquement, si bien que certain.e.s semblent leur assigner une certaine dangerosité qui ne leur était pourtant au départ pas inhérente. Ils et elles stigmatisent alors le Féminisme à partir d’UN féminisme qu’ils ont sûrement mal compris. On a observé une recrudescence de ce phénomène de généralisation négative, de stigmatisation du mouvement complet féministe, ce qui pousse certain.e.s à négliger voire à critiquer durement le mouvement.

Alors toi, qui lis cet article, quel.le féministe es-tu ? Ne t’en fais pas, être féministe est un titre honorifique et non un danger (et certain.e.s doivent vraiment en prendre de la graine).

Le féminisme „passif”

C’est un peu dur de le qualifier de la sorte, mais le premier degré de féminisme est un peu celui de base de toutes les femmes. On naît femme et on le reste en contestant les inégalités, comme tout être humain qui se respecte (qui ne lutte pas contre les inégalités à part les producteurs.trices de ces inégalités ? Qui sont-ils/elles dans ce cas précis du féminisme ?).

Si tu te rends compte et prends conscience des inégalités qui séparent femmes et hommes, si tu n’es pas content.e par rapport à ces inégalités, alors tu es un.e féministe de degré 1. Tu es un.e féministe „passif.ve” (ne t’inquiète pas, c’est un petit pas pour la femme mais un grand pas pour l’Humanité) (pas le journal bien entendu) (même si…)

Le féminisme „doux”

Je mets des guillemets parce que ce sont les termes que j’aurais tendance à employer, moi, personnellement, ne me frappe pas s’il te plaît, tu les qualifies comme tu veux. Ce sont seulement des observations empiriques et comment je les qualifierais. Bref. Tu es un homme ou une femme, tu te rends bien compte des inégalités et tu les trouves révoltantes. Ta réaction ? Tu mets „Intéressé.e” aux marches féministes, aux réunions et autres rassemblements pour la cause féminine. Tu commences à lire des articles de philosophes du genre ou de philosophes féministes, tu achètes des Folio à 2€ sur les inégalités hommes/femmes. Tu t’intéresses au sujet, je t’en félicite. Tu es un.e féministe doux.ce ! (et je suis sûre que ça vaut pour ton physique) (tu vois, entre humains faut se faire des compliments, c’est pas compliqué) (sauf si t’as fait une coupe CRIT, là désolée…)

Le féminisme „actif”

Tu commences à m’intéresser toi. Tu mets „Je participe” aux événements féministes sur Facebook et tu commences à lire des essais sur le genre et comment il affecte la position des femmes dans la société, comment sa construction sociale est étroitement corrélé avec l’image de la femme. Chez toi, des affiches. „Ras le viol”, par exemple. Avant de t’endormir, entre l’hydratation via ton thé à la menthe digne d’un stand du marché de Wazemmes et la confection d’une belle fiche de lecture en science politique, tu trouves le temps de lire Judith Butler et Michel Foucault. Tu es très engagé.e pour lutter contre les inégalités hommes/femmes, mais tu luttes aussi pour la cause et les droits des femmes au quotidien. Pour toi, le 8 mars, c’est tous les jours. Les serviettes hygiéniques et autres tampons devraient être gratuits et à disposition dans les écoles. Tu es féministe actif.ve et je t’en félicite.

Le féminisme „militant”

C’est pour moi le dernier stade du féminisme (ne t’inquiète pas, il en existe tellement d’autres au-delà de mes observations de novice dans le monde du féminisme…). Si tu appartiens à ce mouvement, j’aimerais que tu écrives un livre pour que je puisse te lire tous les soirs. Je t’admire tellement, tu sais ? Tu milites activement, tu te démènes pour mener des actions à l’échelle locale, tu aspires à étendre tes projets à l’échelle de la France entière. Pour toi, tout ce qui est fait n’est jamais assez. Tu as la niaque, une hargne telle que tu te destines forcément à des études de genre à l’EHESS. Le Georges dont je te parlais dans l’intro, tu lui aurais fait une thèse, une antithèse et une synthèse sur le pourquoi du comment des inégalités entre hommes et femmes. Tu t’enflammes lors de débats, à chaque remarque sexiste suivie d’un „On ne peut plus rien dire”, „on ne peut plus rire de rien avec ces féministes” ou même „Sale féminazi.e”, tes compétences d’orateur.trice se démultiplient, tu n’es plus qu’arguments et exemples (piochés dans le dernier Butler, bien sûr, dois-je encore le préciser ?), tu es une flamme qui fais briller le coeur des femmes et des hommes, qui derrière leurs remarques, j’en suis persuadée, t’admirent. Tu vis pour l’égalité et la justice sociale, et c’est pour ça que tu dois continuer. Tu dois perpétuer la lutte, quitte à ce que l’on n’entende que toi. Va au devant de la scène, n’aie pas peur d’être insulté.e de tous les noms. Après tout, tu peux te targuer de défendre la plus belle des causes. Tu défends la cause des femmes. Si tu te reconnais dans ce paragraphe, sache que ta voix compte, même si cela peut par moments paraître vain. Continue la lutte, elle en vaut la peine. Tu en vaux la peine.

Puis-je conclure ? J’ai tellement de choses à dire sur cette belle cause qu’est celle des femmes et la défense de leurs droits, sur ce mouvement infiniment magnétisant qu’est le féminisme. Il est critiqué. De plus en plus. Mais réfléchis : pourquoi est-il si critiqué voire détesté par certain.e.s ? Parce qu’il prend de l’ampleur. Parce qu’il amène à de belles choses. Parce que les femmes ont de plus en plus confiance en elles. Parce qu’elles se sentent de plus en plus légitimes. Parce qu’elles sont nées femmes et fières. Parce qu’elles sont certes nées femmes, mais elles le sont aussi devenues. Parce qu’elles ont de l’ambition. Parce qu’elles font des métiers qui auparavant leur étaient interdits. Parce qu’elles ont les ovaires de parler. Parce qu’elles ouvrent leur gueule. Parce qu’elles dénoncent. Parce qu’elles aiment la vie. Parce qu’elles en font leur chose. Parce qu’elles ne subissent plus. Parce qu’elles sont émancipées. Pourquoi sont-elles fières ? Parce qu’elles sont des femmes. Seul le féminisme peut se targuer d’accomplir cette mission qui est de faire du sexe féminin non pas le deuxième sexe, ni le premier, mais le sexe égal. Alors oui, le féminisme est stigmatisé, notamment au sein de notre IEP. Mais ne tiens pas compte des remarques, jeune palien.ne, sois féministe et fier.e. Moi, je suis fière de toi.

Mona Sabot

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