Skip to content
Slider

L’avocat, le nouveau diamant de sang

Sushis, salade, guacamole, tant de plats qui utilisent ce fruit dont les européens, asiatiques et américains raffolent. Il est de nos jours extrêmement prisé de part son goût savoureux mais aussi de part ses propriétés nutritionnelles : l’avocat, star de l’exportation latino-américaine, l’est malgré les conséquences dramatiques qu’il a sur l’environnement.

Le chef Irlandais JP Macmahon, une étoile au Michelin, dénonce depuis quelques mois l’utilisation massive des avocats dans la cuisine mondiale, les qualifiant de nouveaux « diamants de sang » en référence aux diamants issus de pays comme la Sierra Leone et extraits dans des conditions de travail épouvantables au regard des Droits de l’Homme. Il a arrêté de proposer ce fruit dans son restaurant de Galway, d’autres chefs lui ont ensuite emboîté le pas : « Cela m’a frappé que l’avocat soit associé au changement climatique et à la déforestation parce que c’est un symbole de santé dans le monde occidental » (Entretien AFP). L’avocat est l’une des principales exportations des pays latinos-américains en particulier au Mexique, au Chili, au Pérou et en Colombie.

« Le diamant vert » du Mexique

Le Mexique, premier producteur d’avocat au monde, concentre à lui seul 30,9 % de la production : la majorité des plantations trouvant dans l’État de Michoacan (au centre du pays) sur la côte pacifique, il jouit donc d’un sol volcanique adapté. Mi-janvier, toutes les 6 minutes, un camion chargé d’avocat sortait de l’État pour répondre à la demande pour la final du Superbowl, le 3 février 2019.

En 2018, c’est 377 000 tonnes (80% de la production nationale) qui ont été envoyé au USA, soit une hausse de 13% par rapport à 2017. Plus de 57 000 tonnes ont été envoyé vers d’autres marchés (+8%) selon l’Association des Producteurs et Exportateurs d’Avocats du Mexique (APEAM).

Mais de plus en plus de plantations illégales ont entraîné la déforestation de milliers d’hectares dans cet état de 5 millions d’habitants, d’après une équipe chercheurs qui veulent dénoncer des contournements législatifs des grands groupes agro-alimentaire du pays. En effet, la législation locale autorise les plantations sur un terrain forestier quand les arbres ont été coupé ou ravagé par le feu. Luis Mario Tapia Vargas, chercheur à l’institut national de recherche forestière, agricole et d’élevage (Inifap), confiait à l’AFP : « Il y a une pratique très commune chez les propriétaires forestiers qui consiste à semer des avocatiers sous les arbres, et peu à peu, ils coupent les arbres pour laisser les avocatiers à découvert ».

Selon le chercheur, 95% des incendies de forêts sont intentionnels et peuvent ravager 10 000 hectares durant les années de sécheresses. Quand aux plantations illégales, 15 000 nouveaux hectares ont vu le jour en 2018 « De nouvelles plantations sont autorisés contre des pots-de-vin » souligne-t-il ».

Le porte-parole de l’APEAM, Ramon Paz Vega, affirme à l’AFP que cette déforestation massive a commencé dès 1997, bien avant que la production d’avocats n’explose : « Cela ne veut pas dire que la prod d’avocats n’a pas eu de conséquences sur l’environnement, elle en a », souligne t-il tout de même.

Selon l’organisation, la production industrielle d’avocats est néanmoins source de nombreux emplois : 75 000 directs et 30 000 indirects. « Sans cette culture, de nombreux petits agriculteurs et travailleurs agricoles seraient émigrants ou membres de bandes criminelles » explique Mr Paz Vega.

L’eau, source de conflits au Chili

Ici il y a des enfants de 10 ans qui n’ont jamais vu une rivière !“, s’exclame Rodrigo Mundaca.

C’est un des fondateurs de Modatima, une organisation pour l’accès à l’eau dans la province de Petorca, dans le centre du Chili. Or, cette même région, située à 150 km de Santiago, est la plus grande productrice d’avocats chilien destinés à l’exportation.

Toujours en pleine augmentation de sa production, le Chili a envoyé 159 700 tonnes d’avocats en 2016 à l’étranger (Europe, Argentine, Asie et Etats-Unis) et atteint une production totale de 225 000 tonnes sur la saison 2017/2018, sachant que la production destinée à la consommation locale ne représente que 30% de la production totale.

Mais la population locale accuse les entreprises de contribuer à la « Guerre de l’eau » et aux graves problèmes de sécheresse qui touchent le pays depuis 10 ans. En effet, il y a sur l’ensemble de la région 9000 hectares de plantations, soit 7000 de plus que dans les années 90, dont 60% qui n’étaient pas initialement prévus pour l’agriculture.

Les entreprises, pour s’assurer d’avoir des ressources en eaux suffisantes, drainent l’eau des fleuves et creusent des puits afin de capter l’eau souterraine mais également l’eau disponible pour les villes et les villages aux alentours/ 3000 personnes souffrent alors d’un accès limité à l’eau pour leur usage quotidien. Rodrigo Mundaca explique que les entreprises productrices reçoivent, normalement, des certificats de qualité qui leur permettent d’exporter à l’étranger. Réglementation qui est, selon lui : « facilement contournable ».

Les faits sont intéressants, surtout lorsque l’on prend en compte qu’un hectare d’avocat demande en moyenne 100 000 litres d’eau quotidien, soit la consommation d’eau de 1000 habitants. Ainsi, la production d’avocats, au-delà d’être responsable du détournement massif de l’eau dans la région et donc potentiellement d’une des plus graves crises humanitaire qu’ait connu le pays, a des conséquences désastreuses sur l’environnement.

La dimension écologique est donc inexistante, et à cela s’ajoute les conditions de transport grandement énergivore : les dégâts environnementaux sont catastrophique.

La production massive et l’exportation d’avocat ne s’arrêtera pas demain, bien au contraire, il en va donc de l’éthique personnelle de chaque consommateur, comme le dit le chef cuisinier JP Macmahon : « Avons-nous réellement besoin d’avocats toute l’année ? Nous devons commencer à réfléchir à la provenance des aliments ».

Jean-Baptiste Lamour

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *