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L’Europe sociale et écologique du MJS – L’écologie : “une bataille que nous devons gagner contre nous-mêmes.”

Le 15 mars dernier, la jeunesse bravait les pavés en faveur de la protection de l’environnement. Nous sommes allés à la rencontre de représentants des “jeunes” partis pour vous livrer leur point de vue et le point de vue de leur liste sur cette question cruciale qu’est l’environnement. Aujourd’hui, on s’intéresse au Mouvement des Jeunes Socialistes (MSJ), qui prône une Europe “écologique et sociale”. Rémi Boussemart, nous a parlé au nom du Mouvement des Jeunes Socialistes et il nous propose aujourd’hui de nous expliquer le projet européen du MJS.

Qu’est-ce que le MJS ?

Le mouvement des jeunes socialistes, souvent appelé MJS, est une organisation politique qui regroupe les jeunes entre 15 et 29 ans qui partagent les valeurs de la gauche et du socialisme, de justice sociale et d’écologie. Le mouvement entretient naturellement des liens étroits avec le Parti Socialiste, mais il reste totalement autonome et garde une vision critique des actions et décisions prises. Le MJS s’opposa par exemple à l’inscription du principe de déchéance de nationalité en 2015 ou encore à la loi dite « El Khomri ». Ainsi, élisant nos représentants nous-mêmes et ayant à cœur les fondements démocratiques de notre mouvement, nous n’hésitons pas à peser par nos idées au sein de la grande famille socialiste.

La grève du 15 mars, qu’en retirez-vous ?

Quitte à choquer certains, j’aimerais dire que cette grève n’a pas lieu d’être. Si aujourd’hui, des jeunes prennent la décision de sortir dans la rue, de refuser de s’instruire, et au contraire vont interpeller le gouvernement, c’est parce qu’ils comprennent qu’il est inutile de s’instruire pour plus tard, si demain le monde dans lequel nous vivons n’est plus viable. S’instruire, étudier, sont des éléments portés vers le futur, mais s’il n’y a pas de futur, à quoi bon ? C’est cette question que posent les grèves pour le climat. Et si je dis qu’elles n’ont pas lieu d’être, c’est parce que les adultes devraient eux-mêmes s’apercevoir du danger et devraient agir ! Si les adultes, si le gouvernement, si Emmanuel Macron s’étaient saisis du problème et avaient agi en conséquence, alors les jeunes ne seraient pas obligés de les interpeller et de chercher à résoudre eux-mêmes le problème. Pour ces raisons, le MJS a également participé à cette mobilisation, en soutien de ces jeunes qui s’engagent dans un combat dans lequel nous sommes également tous et toutes engagés : celui de l’écologie.

Pensez-vous avoir atteint votre objectif au terme de cette journée de mobilisation ?

En soi, nous n’avions pas d’autre objectif que celui de soutenir une initiative des jeunes. Cette marche fut toutefois l’occasion de rencontrer, de parler et de discuter avec des jeunes engagés de divers bords politiques. Réussir à se retrouver pour porter des combats communs, c’est pour moi quelque chose d’important. Je pourrais donc dire que oui, l’objectif de mobilisation a été atteint. La question à se poser maintenant, c’est la manière concrète dont vont se poursuivre les mobilisations. Ce qui est clair, c’est que le MJS est là en ce qui concerne la branche politique de l’action écologique et qu’il est prêt à accueillir ceux qui souhaitent se battre dans ce sens.

La jeunesse : la clé du combat écologique ?

La jeunesse désigne un tout qui n’existe pas en réalité. La jeunesse n’est pas à proprement parler la solution. Bien sûr, elle peut agir en levier et surtout en exemple, mais malheureusement, seule, elle est condamnée à l’inefficacité. Moi, je refuse cette idée qui place la bataille écologique au sein d’une bataille de générations. Si nous voulons lutter contre le changement climatique, contre les particules fines qui empoisonnent toutes et tous au quotidien, alors chacun aura un rôle à jouer, et pas seulement la jeunesse. Depuis des années en effet, des adultes et personnalités se battent, dans les partis politiques, dans les ONG, pour préserver notre planète. Leur action est tout aussi déterminante que la mobilisation des jeunes. C’est dans cette optique que, au MJS, nous travaillons en collaboration avec des associations, mais aussi des députés ou sénateurs socialistes afin de faire bouger les choses. Car c’est de ça dont nous parlons : une bataille où le seul objectif est de gagner contre nous-mêmes.

Cette jeunesse est-elle davantage connectée et donc renseignée sur le réchauffement climatique, plus que le gouvernement dans lequel nombre de ses membres n’ont pas grandi autour de la conscience écologique ?

Encore une fois, il ne faut pas tout confondre : si le gouvernement ne se mobilise que peu pour l’écologie, c’est plus à cause d’un dogmatisme qui l’enferme dans une vision libérale de l’économie qu’à cause de l’âge de ses membres. Certains ministres ou secrétaires d’Etats, à l’image de Gabriel Attal ou Brune Poirson ne sont pas beaucoup plus âgés que nous et se sont même permis de participer à la marche du 15 mars, une belle ironie. Je n’agiterai donc pas le drapeau de la jeunesse dès qu’il s’agit de parler d’écologie. Bien entendu, celle-ci doit être écoutée et a toute sa place dans le débat, mais il ne faut pas se méprendre : la jeunesse n’est pas un gage de conscience écologique. De la même manière, la jeunesse n’a pas le monopole de la conscience écologique. Toutes les organisations politiques de jeunesse ne sont pas autant engagées sur l’écologie que le MJS.

Au delà des manifestations qui semblent plus “symboliques”, avez-vous pensé à d’autres formes de mobilisations pour alerter sur le dérèglement climatique ?

Les manifestations ont un rôle d’interpellation et de mobilisation. Aujourd’hui, mobiliser est toutefois beaucoup plus compliqué qu’hier et tous les partis et mouvements politiques, les syndicats, sont confronté à cette nouvelle manière de militer. Nous, jeunes socialistes, sommes donc en permanence en réflexion pour innover et permettre l’émergence de nouveaux moyens d’action.  Nous nous ouvrons vers les associations, vers les initiatives citoyennes lors de nos multiples journées d’actions et les soutenons par la suite. Enfin, nous n’hésitons pas à interpeler, à Lille par exemple, la mairie et nos élus socialistes pour proposer des solutions et trouver ensemble des alternatives plus écologiques aux politiques publiques traditionnelles.

Entre la sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, l’échec de la COP24 et autres, on a l’impression que la bataille de l’écologie est vaine… selon-vous est ce le cas ou est-ce un manque de volonté politique ?

La bataille de l’écologie est tenable et les jeunes socialistes font tout pour y contribuer. C’est réellement d’un manque de volonté politique, et je dirais même de courage politique dont il s’agit. Pourquoi ? Car le problème est éminemment complexe et il demande de porter toute son attention dessus. Nous proposons par exemple au MJS d’élaborer toutes les politiques publiques au regard de leurs coûts environnementaux. Si aujourd’hui le combat pour sauver notre planète et l’Humanité semble faire du sur-place, c’est parce que le pouvoir de l’argent est fort, c’est parce que les lobbies contrôlent certains partis. Comment voulez-vous lutter contre la voiture lorsque vous êtes financés par Volkswagen ? Le problème vient donc d’un manque de courage politique mais également d’institutions politiques qu’il nous faut repenser pour s’engager pleinement dans cette bataille écologique et éviter que le pouvoir de l’argent ne remplace celui du bulletin de vote.

L’Europe a t-elle un rôle à jouer ?

En tant que socialistes et internationalistes, nous pensons que le combat pour l’écologie est vain si nous décidons de le mener dans notre seul pays. L’Europe est une échelle inouïe pour lutter contre un changement climatique qui touche toute la planète. Les élections européennes tentent de le montrer. Le MJS est entièrement plongé dans cette campagne, autour de la liste « Envie d’Europe, écologique et sociale » portée par Raphaël Glucksmann et par de nombreux jeunes socialistes en son sein. En rassemblant à gauche, nous avons pu faire une liste avec Pierre Larrouturou, qui, avec Jean Jouzel, a élaboré le « plan finance-climat ». Ce plan est simple : mettre la finance au service du climat, mettre l’argent au service de la transition énergétique, ce que l’on ne peut faire qu’à un niveau européen !

Que pensez-vous de la réponse de M. Blanquer à l’annonce de cette grève pour le climat : engager des débats dans les classes à l’horaire de la manifestation ?

M. Blanquer n’a encore une fois pas compris l’enjeu : l’écologie n’est pas quelque chose d’annexe que l’on peut conscrire à quelques heures de débat à la fin d’une journée, mais elle doit conditionner tout notre mode de vie. Cette tentative qu’a eu le ministre de l’Education nationale pour éviter une forte mobilisation des élèves est ridicule et reflète le manque de vision qu’il a pour l’éducation, ce qui forge pourtant les générations à venir. Si M. Blanquer avait réellement entendu l’appel des jeunes, il aurait développé des mesures, que les socialistes en 2012 et 2017 ont commencé à mettre en place : le bio dans les cantines, l’utilisation de produits locaux, etc. Le débat est utile et nécessaire, mais absolument insuffisant.

Que diriez-vous aux jeunes qui refusent de se mobiliser ou ne se mobilisent pas ? Et aux gens qui ne voient pas d’intérêt dans cette grève pour le climat ?

Chacun est libre de ses actions. Pourtant, se mobiliser est le seul moyen pour les jeunes de faire entendre leur voix. Comment par la suite être crédible lorsque l’on se plaindra d’un monde pollué et invivable si l’on ne s’engage pas afin de l’éviter ? Moi je respecte le choix de chacun mais souhaite qu’ils aient toutes les cartes en main : en 10 ans, si nous ne changeons pas radicalement notre modèle de société, nous fonçons droit dans le mur et il sera trop tard pour réagir. Aujourd’hui, la politique est un des moyens pour éviter la fin du monde tel que nous le connaissons actuellement. J’appelle donc chaque jeune à la prendre en main. La politique ce n’est pas le « vieux monde », c’est un objet malléable, que nous, au MJS, nous essayons de renouveler et utiliser pour plus de social, pour plus d’écologie. Le travail à faire est un travail de pédagogie, ce que nous portons à travers l’éducation populaire, au centre de notre manière de fonctionner au MJS.

Le mot de la fin… 

Je pense peut-être important d’ajouter que nous ne concevons pas l’écologie si elle n’est pas liée avec le social. C’est tout notre objectif au MJS : montrer que l’écologie qui oublierait de prendre en compte les problèmes sociaux n’aurait qu’une conséquence, le rejet. Le mouvement des Gilets Jaunes le montre dans un sens. Lorsque le gouvernement choisit de ponctionner les gens sans tenir compte de leur situation économique, cela est un échec. Nous, jeunes socialistes, soutenons donc une mesure portée par le Parti Socialistes et ses parlementaires qui se veut être le symbole de ce croisement entre écologie et social : l’ISF-vert. Créons un impôt sur la fortune visant à financer la transition écologique ! Nous savons que les très riches en France émettent 40 fois plus de carbone que les pauvres : mettons-les à contribution !

 

Propos de Rémi Boussemart, recueillis par Mona Sabot

 

 

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