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Matinée d’échanges à Sciences Po Lille – « À travail égal, salaire égal » ?

La Manufacture a assisté pour vous à la Matinée d’Echanges organisé jeudi dernier (25 avril) par La Cravate Solidaire et Bon Chic Bon Genre sur le thème des inégalités femmes/hommes dans l’emploi. Si l’égalité entre les femmes et les hommes, surtout en termes salariaux, est inscrite dans la loi, la situation reste encore aujourd’hui très inégale : en moyenne, les femmes gagnent encore entre 10 à 25% de moins que les hommes. Analyse et pistes d’amélioration.


C’est après une courte présentation de l’association que nous tous.tes présent.e.s à cette conférence avons pu participer à un jeu de questions-réponses. Mais, ce jeu n’avait d’amusant que le nom : Kahoot, car les statistiques à deviner faisaient froid au dos.

À « d’après vous, en 2018, en France, à partir de quelle date une femme travaillait-elle gratuitement ? », la réponse est connue de nombreux.ses d’entre nous, mais reste consternante : le 6 novembre, à 15h35, les femmes travaillent gratuitement.

Pas d’égalité salariale avant 2168

Et La Cravate Solidaire de renchérir : d’après les statistiques, en France, nous n’aurons pas d’égalité salariale avant 2168. Eh oui, mesdames, en plus d’être les plus nombreuses à nous occuper du travail domestique, nous travaillons gratuitement pendant presque deux mois de l’année, et ce n’est pas prêt d’être fini !

À « Tout au long de sa vie, en France, une femme gagne combien de moins qu’un homme ? », la proposition la plus basse est de 50 000 euros et semble déjà ubuesque. Mais non, c’est en moyenne 300 000 euros qu’une femme gagne de moins qu’un homme durant sa vie.

Et, vous qui vous destinez peut-être à des postes de hauts-fonctionnaires ou de cadre supérieur, l’écart n’en sera que plus grand. Un silence consterné traverse la salle durant le jeu, rappelant que même si la plupart de ces statistiques sont connues, elles n’en demeurent pas moins difficiles à digérer.

Crédits : Anaïs / La Cravate Solidaire

 

Un sentiment de culpabilité : être mère ou travailler

À ce jeu succède une intervention de Bénédicte Berthe, Docteur en Sciences Economiques et Maitresse de conférence à l’Université Bretagne-Sud. En analysant les comportements et les attitudes des femmes dans la vie quotidienne, elle développe brillamment le sentiment de culpabilité. Pour l’expliquer simplement, si l’on ne se conforme pas à une injonction à laquelle on adhère, on éprouve un sentiment coupable. Et cela, on l’observe principalement chez les femmes dans le cadre du travail. Comment expliquer que ce sentiment de culpabilité soit davantage partagée par les femmes ?

Tout d’abord, il faut s’intéresser aux caractéristiques que sont les attentes sociales, l’intériorisation et la standardisation de comportements. Ceux-ci font que les femmes au travail ne sont pas uniquement vues comme des professionnelles, mais aussi comme des mères. Face au « mommy myth », les femmes se sentent aujourd’hui coupables de ne pas s’occuper assez de leurs enfants, ou du moins pas assez selon la société, et régulent leurs actions au travail en fonction des attentes qu’on a d’elles.

Des pistes intéressantes

Mais, même après un tel constat, il faut garder espoir : du côté des employeurs, et de Sciences Po Lille, la donne est en train de changer.

Depuis sa prise de poste il y a un mois, on découvre enfin qui est Catherine Saupin, la Chargée de mission Égalité de genre de Sciences Po Lille. Donnant suite à la Charte pour l’Égalité de genre à Science Po Lille, elle explique son nouveau rôle au sein de l’IEP, en tant qu’accompagnatrice dans les situations d’harcèlement sexiste et sexuel, comme une oreille à l’écoute, une aide pour une potentielle orientation.

Mais les défis sont nombreux, même à Sciences Po Lille. Comment assurer que les étudiant.e.s soient présent.e.s sur ces thématiques ? Et surtout, comment sensibiliser les directeurs et les deux seules directrices de masters de notre école ? Ce travail à plusieurs échelles ne se développe pas uniquement dans notre IEP, mais dans de nombreuses autres écoles et entreprises présentes à cette matinée d’échange.

Un nouveau regard

Bénédicte Berthe rappelle d’ailleurs face au sentiment de culpabilité, qu’il faut aujourd’hui avoir un nouveau regard, surtout de la part des entreprises, sur le rôle de la femme en matière d’inégalités professionnelles.

En effet, nous sommes aussi actrices de notre propre inégalité par l’auto-régulation que nous nous infligeons. Mais, en prenant du recul par rapport aux attentes sociales de genre et en revalorisant le travail à la maison, nous pouvons diminuer ces inégalités.

Un important rôle à jouer du côté des entreprises

Du côté des employeurs, c’est lors des tables rondes que nous avons vraiment pu échanger sur les mesures à prendre pour corriger la situation. En expliquant leur démarche, des intervenants du cabinet d’expertise Syndex ont développé leur plan en trois temps afin de modifier la structure des entreprises qui les consultent avec la volonté d’encourager l’égalité femmes-hommes.

Crédits : Anaïs / La Cravate Solidaire

S’il faut tout d’abord mettre à plat la situation, ce n’est qu’en recherchant les causes qui structurent les situations observées et en formulant des préconisations que les entreprises peuvent vraiment s’impliquer. Mais, un des problèmes les plus graves est celui des accords, peu contraignants pour les entreprises. En effet, « cette entreprise s’engage à promouvoir l’égalité femmes-hommes » n’est pas très astreignant.

Quand aux intervenantes de la compagnie Barrière, elles expliquent qu’une honte s’installe dans le harcèlement. À cause du manque d’empathie général, si une femme rit à une blague sexiste envers elle, elle a honte parce qu’elle pense l’avoir encouragée d’une manière ou d’une autre. Les tables rondes se finissent sur les trois plans d’action que les entreprises peuvent mettre en place pour assurer un système plus égalitaire : la formation des managers, une intervention auprès de tous les collaborateurs, et un cadre légal plus contraignant.

Si les entreprises décident de ne pas afficher clairement que le harcèlement et la discrimination ne sont pas tolérés dans l’entreprise, alors elles sont complices de ces torts. L’inaction par les oppresseurs force toujours à l’action des opprimés, et, si les entreprises peuvent corriger leur système, alors, peut-être, nous arriverons à corriger ces inégalités avant 2168.

 

Valentine Le Lourec

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