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Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

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Avengers : Endgame : Le deuil d’une histoire

Critique du dernier né des studios « Marvel ». On est pas là pour plumer des canards sauvages, alors attention au spoil massif petit palien. Et toi qui entre ici sans avoir vu au moins les trois précédents Avengers, abandonne tout espoir de comprendre quoi que ce soit.

Avengers : Endgame”, le dernier né des écuries Marvel, est sorti sur nos écrans mercredi 24 avril. Teasé par une machine marketing surpuissante depuis trois mois, le film porte sur ses épaules une double responsabilité :  Endgame est à la fois la suite directe du très réussi Infinity War et le film de clôture du cycle 3 du Marvel Cinematic Universe (ou MCU pour les intimes). Il met donc le point final aux aventures de Tony Stark et consorts, entamées en 2008 avec Iron Man premier du nom, et marque la fin de contrat de nombreux acteurs centraux du MCU comme Chris Evans (Captain America), Jeremy Renner (Hawkeye) et bien sûr Robert Downey Junior (Iron Man). Il doit donc être l’épisode ultime, la grande apothéose d’une saga entamée il y a plus de dix ans et avec laquelle toute une génération a grandi.

Un scénario en trois actes

On retrouve la brochette d’Avengers survivants au lendemain de leur défaite face à Thanos (Josh Brolin), qui pour rappel a réussi dans Infinity War à anéantir la moitié de la vie dans l’univers (et au passage une bonne moitié des héros Marvel) à l’aide des six pierres d’infinité, qui constituaient jusque là le fil rouge reliant entre eux la bonne vingtaine de films que compte le MCU. Après que Tony Stark et Nebula (Karen Gillan) aient été sauvés in extremis par Captain Marvel (Brie Larson), nos héros se lancent dans une expédition punitive afin de retrouver Thanos pour tenter – à défaut de faire payer leur meurtrier – de ramener à la vie les disparus. Et, pas de bol, Thanos a détruit les pierres d’infinité, ce qui semble donc condamner l’univers à accepter son sort. Après que Thor (Chris Hemsworth) en aie fini une fois pour toutes avec leur adversaire, les Avengers retournent donc sur Terre, définitivement vaincus. S’en suit une ellipse de cinq ans qui mène aux événements de Endgame a proprement parler.

Au niveau de sa construction, le film se décompose en trois grands actes : un premier acte post-Infinity War, sur Terre, où on découvre ce que sont devenus nos différents héros cinq ans après leur défaite; un second axé autour de l’opération de “casse temporelle” où les Avengers survivants cherchent à récupérer les pierres d’infinité à différentes époques dans le passé afin de les utiliser pour effacer l’oeuvre de Thanos; et enfin un dernier acte en forme de grand bouquet final, où les Avengers au complet font face à l’ensemble des armées de Thanos, venu sur Terre depuis le passé pour en finir.

Du côté narration : Un retour aux sources

Contrairement à Infinity War qui faisait assez intelligemment de Thanos son personnage principal, Endgame revient aux sources d’un point de vue narratif en focalisant l’intrigue sur les six héros du premier volet, chacun d’entre eux incarnant de manière un peu stéréotypée une phase psychologique du deuil, avec par exemple Hawkeye resté bloqué dans la phase de la colère et lancé dans une sanglante croisade contre le crime masquant son impuissance, et surtout Thor parti en dépression profonde et particulièrement hilarant dans le genre viking obèse consacrant sa vie à la bière et aux placements de produits Fortnite.

En pratique, le film est globalement moins efficace qu’Infinity War, avec des volets un peu longuet et d’autres carrément précipités, comme la bataille finale qui ne doit pas excéder un bon quart d’heure. Là ou Infinity War savait faire monter la pression efficacement pendant deux heures trente, cet ultime affrontement fait enfin décoller un film un peu à côté de la plaque dans la gestion de ses enjeux dramatiques. Bien chorégraphié et spectaculaire, il comporte une bonne dose d’epicness et de punch qui manque un peu par ailleurs.  Il donne aussi lieu à une scène girl power un peu gratuite, et qui fait ressortir un autre gros point d’interrogation sur le scénario : pourquoi Captain Marvel n’a-t-elle pas une place plus importante dans l’intrigue ?

Pas vraiment un film : plutôt l’épisode final d’une série

Avengers : Endgame n’a clairement aucune prétention cinématographique au sens élitiste du terme, la mise en scène n’est ici qu’un prétexte à la narration, comme cela a souvent été le cas pour la grande majorité des films du MCU. Le montage est purement fonctionnel et la direction de la photo est toujours aussi tristement grisâtre que pour les précédents volets d’Avengers. Mention spéciale en revanche à la musique et aux effets spéciaux, qui fournissent comme d’habitude un café de qualité. On ne coupe pas à une dose d’humour made in Marvel, toujours plutôt efficace même si parfois en décalage avec les enjeux dramatiques du film. Même la direction d’acteur n’est pas toujours au top niveau, et l’idée brillante des producteurs de ne filer que des bribes de scénario aux acteurs pour éviter les fuites mène à certaines séquences un peu étranges (cf. Docteur Strange et son air complètement paumé durant tout le dernier acte, RIP Benedict Cumberbatch).

En fait, on ne peut pas vraiment parler de Endgame comme d’un film, c’est plutôt l’épisode ultime de la série cinématographique Marvel lancée en 2008. Et encore une fois se pose la question soulevée depuis ses débuts par le MCU : un film doit-il nécessairement exister par lui-même ? Ou peut-il n’avoir de sens qu’au sein d’une saga étendue ?

Un film “récompense” pour tout fan

Car c’est bien une démarche unique que le studio a menée depuis maintenant 11 ans : réaliser une “série cinématographique”, où chaque épisode est un film inclu dans un ensemble plus large aboutissant au grand final narré dans Infinity War et Endgame. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux films ont été tournés en même temps et tous deux réalisés par les frères Russo, par ailleurs tous deux habitués au format de la série télévisée et à la gestion complexe de nombreux personnages. Les deux films ne se conçoivent pas l’un sans l’autre, ni sans tous ceux qui les ont précédés. Ils constituent l’aboutissement d’une série, le season final qui récompense l’attachement du fan de dix ans qui retrouve ici ce à quoi il a été habitué tout au long de vingt films : ses héros, des références permanentes aux précédents volets à travers le coup du voyage dans le temps, un affrontement final péchu et spectaculaire, et une fin douce amère avec la mort de Tony Stark et la retraite anticipée de Steve Rogers qui laisse la porte solidement ouverte sur une suite et fera sans doute pleurer les fans hardcore (sans parler de la mort de Black Widow, merde).

Alors, pari réussi ?

Endgame montre très bien en quoi le cinéma, et en particulier le cinéma de genre, est par dessus tout une affaire d’attentes : il ne se destine pas à n’importe qui, n’est pas visionnable dans n’importe quel contexte. Le cinéphile hermétique à la saga Marvel n’y verra qu’un blockbuster de divertissement de plus, efficace mais sans âme, et aura sans doute raison. Et le profane n’ayant jamais goûté à la cuvée Marvel sera immanquablement largué dès le premier quart heure. Mais cela suffit-il à en faire un mauvais film ? Avengers Endgame est avant tout un film fait pour ses fans, et à ce titre, les fans y verront la dernière pierre à l’édifice bâti par Marvel depuis 2008, un film qui constitue l’ultime récompense de leur fidélité à la saga, porte un regard nostalgique sur l’ensemble de ceux qui l’ont précédé et fait le deuil de son histoire et de ses personnages.

Si on est de ceux-là, on ressort de ce Endgame avec au moins un petit pincement au cœur, et au pire un bon paquet de larmes.
Avengers, c’est bel et bien fini.

Pierre VIGNERON

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