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Paroles d’anciens – Nicolas Baisez, directeur de cinéma : « Lorsque la magie opère entre une œuvre et des spectateurs en salle (…) je me dis que décidément, j’aime mon métier. »

Au cinéma, tout le monde aime y aller (ou presque). Mais personne ne sait vraiment qui fait quoi dans les salles obscures. A moins de s’aventurer en coulisses… Nicolas Baisez, diplômé en 2010 du master Culture et Développement, nous raconte son expérience de directeur de cinéma.

Quel est le nom exact du poste que vous occupez actuellement ? Depuis quand occupez-vous ce poste ?

Nicolas : Je suis directeur du cinéma L’Hélios à Colombes, en banlieue parisienne. Il s’agit d’un cinéma de 4 salles géré en délégation de service public. Cela fait 5 ans que j’occupe ce poste. Par ailleurs, je donne régulièrement des cours en industrie du cinéma à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle.

Quel est votre parcours depuis que vous avez quitté Sciences Po Lille ? 

N : Après l’IEP, j’ai intégré l’école de cinéma La Fémis en filière distribution/exploitation. Ce parcours en deux ans m’a permis de me spécialiser dans un domaine qui me tenait à cœur. J’ai ensuite obtenu mon premier poste comme directeur adjoint d’un complexe cinématographique, à Epernay, en Champagne.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans le cinéma ?

N : La France est le pays disposant du meilleur parc de salles de cinéma dans le monde entier, avec plus de 5000 écrans et 700 nouveaux films qui sortent chaque année. A l’heure où les nouvelles pratiques de visionnement (VOD, streaming…) bouleversent les équilibres économiques de la filière cinématographique, je souhaite défendre le modèle de la salle comme espace privilégié de découverte du cinéma. L’expérience qui se crée sur grand écran forme selon moi le regard du spectateur dans un monde de profusion des images. De plus, c’est un lieu créateur de lien social et d’émotions collectives. Lorsque la magie opère entre une oeuvre et des spectateurs en salle, que des enfants vivent émerveillés leur première séance, que le public a l’occasion de rencontrer des équipes de films, je me dis que décidément, j’aime mon métier.

Quels sont les inconvénients de votre métier ? Existe-t-il beaucoup de débouchés ou très peu ? 

N : Il est important pour un directeur de salles de cinéma d’être en poste lors des périodes de forte fréquentation. Il s’agit d’un métier contraignant en termes d’horaires. Il est parfois nécessaire de travailler soirs et week-ends pour encadrer les équipes et connaître le public. Les formations de l’IEP de Lille et de La Fémis m’ont aidé à m’insérer sur le marché du travail, mais je suis convaincu que la légitimité professionnelle se construit sur le terrain. Les stages sont importants, permettent de rencontrer les acteurs de la filière et de se constituer un réseau. Sans tomber dans l’angélisme, il faut se méfier des discours trop alarmistes. Certains proclament la mort du cinéma depuis son invention. Or, la salle de cinéma a toujours su adapter son modèle économique. Les salles de cinéma réalisent aujourd’hui autant d’entrées que dans les années 1960.

Pourriez-vous me décrire ce que vous faites au travail ?

N : Je pilote l’activité quotidienne du cinéma en lien avec notre PDG, avec lequel je suis en contact régulier. Le lundi est la journée dédiée à la programmation. Nous négocions avec les éditeurs des films qui seront projetés à partir du mercredi suivant. J’établis une stratégie de positionnement des séances (horaires, choix des salles). Par ailleurs, je suis responsable du bon fonctionnement global du cinéma en tant qu’entreprise : recrutement et encadrement d’une équipe de huit salariés, qualité de l’accueil, communication, respect des normes de sécurité, suivi administratif et financier. Enfin, j’anime régulièrement des séances spéciales en présence de réalisateurs.trices ou d’acteurs.trices. C’est un métier très varié. Chaque jour réserve son lot de surprises.

Comment avez-vous su que ce métier était “le bon” pour vous ? 

N : En entrant à l’IEP, je souhaitais devenir journaliste. Puis, j’ai fréquenté assidûment les salles de cinéma du centre-ville de Lille : le Majestic, le Métropole, et l’UGC. J’ai toujours trouvé qu’une certaine magie se dégageait des salles obscures. Cet univers m’intriguait à tel point que j’ai fini par vouloir le découvrir davantage. Ma première véritable expérience a été mon stage de fin d’études en 5ème année que j’ai effectué auprès d’Etoile Cinémas. Il s’agit d’un réseau indépendant de salles de cinéma à Paris. Ce stage m’a aidé à intégrer La Fémis par la suite.

D’après vous, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir directeur de cinéma?

N: Être directeur de salles de cinéma nécessite d’avoir un bon sens de l’organisation pour gérer simultanément des problématiques très différentes, de court comme de long terme. De plus, il est crucial d’établir un lien de confiance avec son équipe et de savoir déléguer car le cinéma est ouvert tous les jours de l’année ! C’est un milieu très concret : la programmation change toutes les semaines, il faut savoir travailler dans l’urgence et être polyvalent. Il est aussi important d’avoir une connaissance précise du fonctionnement de la filière cinéma. Cette expertise peut s’acquérir lors de formations spécifiques, notamment à La Fémis, mais aussi en lisant beaucoup (notamment la presse professionnelle) et en diversifiant ses expériences sur le terrain.

Pensez-vous que votre travail est compatible avec une vie de famille et/ou personnelle?

N : Ce métier requiert un investissement personnel important, qui alterne entre des périodes calmes et d’autres plus denses. Il y a souvent une corrélation entre la charge de travail et la fréquentation cinématographique, ce qui nécessite d’adapter sa vie privée à l’activité de l’entreprise. Mais rien ne remplace le plaisir de voir des salles pleines !

Avez-vous un conseil pour les étudiants de Sciences Po Lille ?

N : Sciences Po Lille est une formation d’excellence. Mais au-delà de la formation, il me semble important que votre orientation soit avant tout guidée par un projet qui, selon vous, a un sens. Vous ne serez jamais aussi bons que dans un métier qui vous passionne et qui vous semble utile au bien-être du futur monde à construire.

Quelques liens pour votre orientation:

Marion Galard

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