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Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

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Élections présidentielles américaines : état des lieux à 365 jours du scrutin

Un peu moins de trois ans après l’élection inattendue de Donald Trump à la présidence américaine, et 363 jours après les élections de mi-mandat de novembre dernier, la question électorale n’est plus la première des préoccupations au Capitole de Washington DC. La procédure de destitution du Président Trump a pris une nouvelle dimension ce jeudi 30 octobre avec l’approbation votée par la Chambre des Représentants des modalités de l’ « inquiry », l’enquête visant à déterminer la culpabilité ou non du résident de la Maison Blanche dans l’affaire de « l’appel ukrainien ».

Plus qu’un réel espoir de démettre l’homme d’affaires républicain de ses fonctions, c’est avant tout une victoire symbolique pour le parti démocrate, celle de voir Donald Trump sous investigation judiciaire les mois précédents les élections présidentielles de novembre 2020. Car si la question électorale n’est plus directement au cœur de l’actualité politique depuis jeudi, elle reste dans toutes les têtes, la défaite de 2016 résonnant encore comme un traumatisme pour la base électorale du parti. A 365 jours du scrutin présidentiel du 3 novembre 2020, en pleine concrétisation de la procédure de destitution de Donald Trump, et avant le 5ème débat de la primaire démocrate, nous vous livrons un état des lieux de la course indécise à la Maison Blanche.

La concurrence pour l’investiture démocrate

Ils étaient 27 à défier Donald Trump, ils sont désormais 17 : dix des candidats et candidates démocrates ont abandonné la course depuis janvier dernier, dont les noms de Bill de Blasio (ancien maire de New York) ou Beto O’Rourke très en vue dans les médias outre-Atlantique.

Bennet, Booker, Bullock, Buttigieg, Castro, Delaney, Gabbard, Harris, Klobuchar, Messam, Sestak, Steyer, Williamson, Yang, Warren, Sanders et Biden : 17 noms qui concourent donc toujours pour l’investiture démocrate 2020. Plus que jamais, la stratégie globale du parti est simple : proposer une alternative réelle à Donald Trump, du point de vue des politiques mais surtout des valeurs qu’il représente. La rhétorique démocrate repose sur la différenciation et l’opposition à la vision de « l’Amérique vue par Trump ». Car les profils des candidats n’ont jamais été aussi variés. Diversité qu’ils revendiquent haut et fort depuis le début de leur campagne : les racines natives américaines d’Elizabeth Warren, la religion hindouiste de Tulsi Gabbard, l’immigration depuis le Mexique de la famille de Juan Castro ou depuis Taiwan des parents d’Andrew Yang… autant de traits allègrement utilisés dans leur communication politique. Quitte à paraître parfois légèrement décalé… Si Andrew Yang aime terminer ses discours par la phrase « L’opposé de Donald Trump c’est un homme asiatique qui aime les maths : moi », la tentative du Sénateur du New Jersey Cory Booker de parler espagnol durant le premier débat a été abondamment tournée en ridicule sur les réseaux sociaux.

Trois personnalités se positionnent désormais clairement en tête des sondages à trois semaines du 5ème débat : Joe Biden, vice-président de Barack Obama durant ses deux mandats, est annoncé comme grand favori avec 24 à 34 % des intentions de vote, devançant Elizabeth Warren (17 à 28 %) et Bernie Sanders (13 à 25 %), candidat malheureux des primaires 2016 perdues face à Hillary Clinton. Et si Pete Buttigieg et Kamala Harris sont crédités de 2 à 10 % des voix chacun, les 12 autres candidats ne récoltent pour l’instant que 20 % des potentiels suffrages cumulés. Mais la tendance est à la diminution des écarts entre les trois favoris en raison des bourdes et des performances décevantes de Joe Biden lors des premiers débats, diffusés en direct sur CNN et MSNBC.

La concurrence pour l’investiture démocrate ne s’achèvera qu’en juillet avec la Convention Nationale du parti qui se tiendra du 13 au 16 juillet 2020 à Milwaukee; l’État du Wisconsin ayant été choisi pour son statut de « swing state » : Trump y avait gagné en 2016 avec moins d’un point d’écart.

La procédure de destitution, seule rivale de Donald Trump ?

Quoiqu’il arrive du côté des démocrates, le candidat républicain sera sauf retournement de situation le Président sortant. Même si Mark Sanford, Joe Walsh et Bill Weld ont lancé leur campagne depuis plusieurs mois et montrent une certaine voie dissidente au sein du parti républicain, rien ne semble pouvoir inquiéter le candidat Trump, officiellement en campagne de réélection depuis le 18 juin dernier… A part peut-être la procédure de destitution menée au Congrès par la cheffe de file démocrate et « speaker » de la Chambre, Nancy Pelosi.

Concrètement, la destitution visée par les représentants démocrates passe d’abord par l’audition de témoins et accusés mandatés par la justice comme par la défense, dont potentiellement Donald Trump. Puis par deux votes : le projet de destitution à la Chambre (contrôlée par les démocrates) et la validation par le Sénat (dont la majorité est toujours républicaine). En moins d’un an, c’est quasiment impossible. Mais la symbolique autour de l’enquête et des interrogatoires quotidiens des (nombreux) ex-conseillers du Président est majeure dans la dynamique de la campagne, l’attention médiatique se portant désormais sur les réactions matinales du Chef de l’État aux auditions de la veille.

Pour l’instant, le Président reste dans la course même s’il est crédité de près de 60 % d’opinions défavorables à l’heure actuelle (chiffre de l’institut Gallup), et qu’il est annoncé perdant face à Biden, Harris ou Sanders; et à égalité avec Warren ou Buttigieg. Et même si sa base électorale est solide, les «conservateurs novices de 2016 », ceux qui ont fait pencher la balance vers Trump face à Clinton, sont beaucoup moins fidèles. Depuis le début de son mandat, l’image de Donald Trump n’a pas été épargnée par les scandales – qualifiés en boucle de « chasse aux sorcières » par l’intéressé et les médias conservateurs, Fox News en tête. Mais l’investigation pour atteinte à la sécurité nationale, tentative d’interférence dans un processus électoral et tentative d’obstruction à la justice, pourrait cette fois définitivement entacher la crédibilité du Président sortant auprès de ses électeurs de 2016. Au-delà des discours et déclarations partisanes s’ouvre un réel processus judiciaire cherchant à confirmer ou infirmer les accusations portées par plusieurs « lanceurs d’alerte » venant de la Maison Blanche; l’opacité autour de ces témoignages nourrissant cependant la thèse complotiste. Malgré son infime probabilité, une condamnation juste avant les élections serait rédhibitoire pour le candidat Trump.

Pour l’instant, alors que la procédure de destitution n’en est qu’à son commencement, le clan républicain reste soudé autour du Président en fonction, les élus républicains lui affichant publiquement leur soutien lors des débats au Congrès. Mais par pragmatisme et avec un parti qui devra à moyen terme se réinventer pour peser dès les élections de mi-mandat en 2022, il ne serait pas étonnant de voir des voix se désolidariser de la ligne présidentielle en cas de nouvelles accusations.

Prochaines échéances

Dans les prochaines semaines, la course au Bureau ovale va s’intensifier avec les deux derniers débats des primaires démocrates en 2019, le 20 novembre à Atlanta puis le 19 décembre. Seuls neuf candidats ont réussi à se qualifier pour le prochain débat d’Atlanta, les conditions étant d’avoir rassemblé au moins 165,000 donneurs individuels et d’être crédité d’au moins 3 % des sondages à l’échelle nationale – bye bye Castro, Gabbard ou Williamson.

En 2020, six autres débats télévisés (tous démocrates) précéderont les Conventions Nationales démocrate de mi-juillet et républicaine de la fin du mois d’août. Une fois les deux candidats déclarés, ils affronteront les candidats des autres partis plus modestes lors de trois derniers débats retransmis à l’antenne nationale, avant les élections du 3 novembre 2020.

De fait, même si Joe Biden apparaît comme favori pour faire face à Donald Trump, la course à l’investiture démocrate reste très indécise. Mais une chose est sûre : l’évolution voire l’issue de la procédure de destitution, dans les 365 prochains jours, influencera grandement la campagne et les élections présidentielles américaines de 2020.

 

Romain Cauliez


Image à la une : Premier débat présidentiel Démocrate de 2020/Reuters

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