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Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

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All Blacks : La fin de l’histoire ?

“La fin de l’histoire” titrait le New Zealand Herald au lendemain de la défaite désormais historique des All Blacks  face au XV de la Rose anglais, 19 à 7. La fin de l’histoire, ou le début d’une nouvelle ère ? L’ère d’une suprématie anglaise ? Enfin l’ère du suspense lors des prochains matchs des Blacks ? La réponse n’est pas si évidente tant la domination néo-zélandaise était sans partage ces dernières années. Surtout après leur sacre mondial de 2011 contre l’équipe de France -autrefois un peu plus vaillante – doublé d’une deuxième Coupe du monde consécutive en 2015.

Les All Blacks terminent troisièmes de cette édition 2019 qui, on n’aura jamais fini de le souligner, fut une réussite sportive et populaire au pays du Soleil-Levant. Ce podium aurait pu être synonyme de renaissance, de pleine réussite, pour notre équipe de France en mal de victoires et de matchs-références. Pour les néo-zélandais cependant, cette médaille de bronze sonne comme une défaite pour ceux qui n’étaient venus que pour soulever le trophée Webb Ellis. Le 26 octobre, à la fin du match Nouvelle-Zélande-Angleterre, c’était comme si un tsunami avait ravagé le monde du rugby : les terribles All Blacks ont été dominés, écrasés par le XV de la Rose. Bien que les Anglais aient montré une maîtrise et une efficacité dans leurs matchs précédents, on pouvait difficilement les voir l’emporter : les All Blacks en Coupe du monde, c’est 88% de victoires, 4 finales pour 3 remportées…

Une fébrilité inquiétante

Pourtant, l’équipe avait déjà montré pendant les phases de poule quelques signes de faiblesse. Il ne faut pas s’attacher aux scores et aux statistiques des triples champions du monde : 51 points en moyenne par match, 7 essais en moyenne, 642 mètres parcourus balle en main en moyenne par match, soit les plus élevées des équipes encore en compétition après les phases de poule. Dans le jeu effectif, on ne peut pas dire que ces All Blacks, pourtant plus puissants, plus expérimentés dans le haut niveau avec une équipe-type relativement stable, aient respiré la sérénité lors de leurs matchs de poule. On peut regarder par exemple le match contre la Namibie, pourtant 23e équipe mondiale, où les Blacks ont mis 30 minutes à rentrer dans leur match. Trente minutes pendant lesquelles ils ont concédé 6 pénalités. Il aura fallu un carton rouge pour réveiller l’équipe qui a  ainsi su dérouler largement pour le reste du match (71 à 9).

Une demi-finale à sens unique

Cette fébrilité inhabituelle, nous l’avons donc retrouvée en demi-finale lors de ce match d’anthologie contre l’Angleterre. Mais cette fois-ci, ce sont les Anglais qui ont entraîné les All Blacks vers un jeu mal assuré, mal maîtrisé et non les All Blacks qui se sont « sabordés tous seuls ». Le plan tactique d’Eddie Jones, sélectionneur anglais, était parfait et l’équipe d’Angleterre a montré lors de cette demi-finale une telle assurance tant dans le jeu courant que dans ce qu’on appelle dans le jargon sportif « l’intox » que les triples champions du monde ne pouvaient rivaliser. Le désormais fameux sourire du capitaine anglais O. Farrell pendant le célèbre haka du XV de la Fougère annonçait déjà la couleur du match qui allait suivre : la confiance des anglais dans leur capacité, éclipsant totalement l’expérience néo-zélandaise.

19 à 7, un score final sans appel, et les Anglais filaient en finale de coupe du monde, quatre ans après avoir été éliminés lors des phases de poule dans leur « propre » Coupe du monde.

Les All Blacks à gauche lors d’une énième faute commise en faveur des Anglais (en blanc à droite). Source: ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

L’arc-en-ciel sur le toit du monde

Ainsi, avant la finale, une grande majorité des amateurs de rugby voyait les anglais s’imposer face aux Springboks d’Afrique du Sud tant les premiers avaient dominé leur demi-finale. Erreur ! Tout comme les Blacks, les Anglais ont été à leur tour fébriles, incapables de mettre en place leur jeu. Finalement, ce sont les Bocks qui s’imposent et qui rentrent à leur tour dans l’histoire en rejoignant les All Blacks avec trois Coupes du monde à leur actif. Et l’on ne peut que se réjouir de cette victoire sud-africaine tant le symbole est fort : S. Kolisi, premier capitaine noir, qui soulève la coupe du monde d’un sport longtemps considéré comme le symbole de l’apartheid. La nation “arc-en-ciel” est aujourd’hui unie autour de cette équipe plus représentative que jamais de la diversité sud-africaine comme en témoignent les scènes de liesse populaire lors du retour des joueurs. Ceux-ci vont d’ailleurs entamer un large périple à travers tout le pays emportant avec eux leur trophée durement gagné.

Et après ?

Alors, quelle nouvelle histoire s’ouvre désormais dans le monde du rugby ? On peut espérer un véritable affrontement entre de nombreuses nations sans véritable hégémonie : l’Afrique du Sud bien sûr, l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande, le Pays de Galles qui termine 4e de cette édition, le Japon qui a produit un jeu plus qu’enthousiasmant pendant cette compétition, peut-être aussi la France menée par une jeunesse prometteuse (Romain Ntamack a été élu révélation de l’année par World Rugby) … Nous devrions assister dans les prochaines années à un changement régulier du classement mondial comme ce fut le cas cette année avec quatre leaders différents (Pays de Galles, Nouvelle-Zélande, Angleterre et actuellement Afrique du Sud). Le prochain tournoi des Six Nations nous promet déjà du spectacle, tout comme la prochaine coupe du monde en 2023…en France !

Salomé Riffault

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