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L’exposition dans les pas d’une médiatrice – à la recherche de la figure de l’artiste

C’est au sous-sol que se cache « Le rêve d’être artiste », exposition temporaire se tenant jusqu’au 6 janvier au Palais des Beaux-Arts de Lille. Emmanuelle Ducreu, médiatrice pour l’occasion, déambule entre les œuvres, égrenant des secrets ici et là aux visiteurs. Grâce à ses précieuses anecdotes, La Manufacture a pu un peu mieux saisir la magie de l’exposition.

Une liaison entre les temps…

C’est à la suite d’un dédale que l’on accède à l’exposition temporaire. Une exposition dense et variée se dévoile alors. Peintures figuratives, supports vidéo, sculptures… Tel un trésor tapi au fond des flots, une centaine d’œuvres attend le visiteur. Celles-ci se déroulent sous la forme d’un livre. Chaque chapitre explore une dimension de la vie d’artiste et chaque œuvre se manifeste comme une page de l’ouvrage. Il est ainsi possible de sauter des passages, de revenir en arrière, de passer directement à l’épilogue… On vogue du Moyen-Âge à l’époque contemporaine. Emmanuelle me fait une visite guidée.

Au Moyen-Âge, les artistes sont des artisans. Ils confectionnent des objets utilitaires ou reproduisent le plus fidèlement possible des enluminures, par exemple. Ils ne signent pas leurs œuvres ; l’individualité n’est pas aussi marquée qu’aujourd’hui. A l’époque contemporaine, certains noms d’artistes sont devenus des marques. Peu importe leurs œuvres, l’aura dont ils disposent leur suffit à être considéré comme artiste. C’est ce qu’on remarque avec Picasso qui se joue de sa renommée lorsqu’un journaliste lui demande d’expliquer le procédé de création d’une de ses œuvres. Il se contente de peindre son nom sur la toile.

Comment est-on passé de l’artisan à l’artiste ? Comment la peinture s’est-elle élevée au rang de l’arithmétique, de la grammaire ou de la musique, bref, des arts libéraux ? C’est la naissance des académies, institutionnalisant la pratique plasticienne, à l’âge classique. C’est la floraison des critiques d’art, de la découverte des jeunes talents que sont Matisse, Van Gogh ou Gauguin par des marchands d’arts comme Ambroise Vollard (1866 – 1939), à l’âge moderne.

 

… Pour souligner le réalisme de la profession

L’artiste apparaît souvent comme démiurgique, doté de pouvoirs surnaturels. Il se distingue des autres. Il est celui qui, inspiré, transfigure la réalité sur sa toile. Il vit dans la société, mais un peu à part. Une sorte de vagabond aux semelles de vent… La bohème. Mais ce serait trop idéaliser l’artiste et son quotidien. Il fait partie de la société, est confronté aux mêmes difficultés sociales, aux mêmes normes que les autres. Il ne vit pas isolé dans sa tour d’ivoire. L’exposition le souligne en exposant l’œuvre de Pilar Albarracin, No comment (2018). Cette artiste espagnole engagée témoigne de la discrimination dont sont victimes les femmes dans l’art contemporain et rappelle leur importance. Ainsi, à travers leur démarche artistique, les artistes dénoncent, critiquent, dérangent et rétablissent la vérité, entre autres.

Pilar Albarracin, “No comment”, photographie sur dibond, 2018.@Adagp, Paris, 2019 photo Pilar Albarracin/ Courtesy Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

L’art en tant que bien marchand est également questionné par le détournement de l’oeuvre aux huit-mille-six-cent-un diamants de l’artiste contemporain britannique Damien Hirst, For the love of god. A l’issue d’un photomontage pour un article du New York Times en 2013, le studio hitandrun media parvient à modifier le crâne initial pour lui faire prendre la forme de Larry Gagosian, le marchand d’art le plus puissant du monde. Cela interroge la valeur intrinsèque de l’art, au-delà de sa valeur marchande. Mais cette problématique n’est pas née avec l’art contemporain. Les frontières entre art et consommation ont souvent été poreuses, comme en témoigne la publicité réalisée par Dali pour la marque de chocolat Lanvin. Ici, Dali fait autant sa promotion que celle du produit.

“Larry Gagosian en crâne diamant de Damien Hirst”
© Greg & Zennor Meeson/hitandrun creative studio (London)

Ces deux sphères se côtoient. Elles s’aiment, se détestent, et parfois fusionnent, comme dans l’œuvre de Damien Hirst, où la figure de l’artiste et celle de l’acquéreur ne font plus qu’une.

Qu’est-ce-que l’art finalement ? Qu’est-ce-qu’être artiste ? Si vous vous posez ces questions à la suite de cet article, ou si vous êtes simplement curieux.se, rendez-vous dans la galerie souterraine du Palais. Vous pourrez sillonner entre les chapitres, accompagné.e ou non de la playlist Soundcloud explicitant les œuvres. Et pourquoi pas faire appel à un.e médiateur.rice…

Bonne visite !

Chloé Gomez

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