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Elections municipales : quels enjeux pour la MEL ?

La Manufacture ouvre une série d’articles sur les élections municipales lilloises, cela ne vous a pas échappé. Mais ces élections ont une portée politique à une tout autre échelle, celle de la Métropole. Un nouveau président sera élu, avec une politique personnelle et partisane qui détermine les limites de l’action municipale. On n’en entend que trop peu parler, et pour un lillois ne venant pas du Nord, le nom de Damien Castelain n’a que très rarement dû caresser son oreille. Pourtant, il y a tant de choses à dire sur le Président sortant de la MEL…

Luttes intestines

Entre soutien inconditionnel et in aeternam, et petites blagues (j’en ai des biens) la personnalité qui cristallise le plus les tensions et les querelles de quartiers, c’est bien la (jusqu’ici) inamovible mairesse de Lille Martine Aubry. Pourtant, les lillois oublient trop souvent l’éminence grise de la Métropole, celui qui conditionne tous les débats sur la politique publique à adopter : Damien Castelain, le président de la Métropole Européenne de Lille. La MEL, c’est le symbole du rayonnement culturel du Nord, englobant Roubaix, Tourcoing et les autres communes périphériques en une entité qui, par-delà les clivages entre mairies (entre Gérald Darmanin et Martine, ce n’est pas franchement le grand amour), tente de donner du sens et du poids au Flandres françaises dans le paysage urbain compétitif européen.

En 2020, les luttes intestines déchireront Lille pour savoir qui osera contester sa place à Martine Aubry, mais pas seulement. Damien Castelain lui aussi est en fin de mandat, et les élections municipales vont à coup sûr remettre à plat les équilibres au sein de la MEL. Son président est élu par les conseillers communautaires, organe « délibérant », élu lui sur le principe des grands électeurs américains par la population de la métropole. Ce n’est un secret pour personne, si Damien Castelain a été élu en 2014 à la suite de Martine Aubry, c’est parce qu’il bénéficiait de son aura et de son soutien. On imagine mal en effet que le maire de Péronne-en-Mélantois (9000 habitants), leader de son groupe au nom magnifique par ailleurs Métropole Passion Commune, ait trouvé seul le chemin vers l’exécutif suprême du Nord.

Vice-Président de la LMCU (devenue MEL en 2015) chargé de l’eau et de l’assainissement sous Pierre Mauroy, il est reconduit Vice-Président chargé de l’écologie urbaine sous la présidence Aubry en 2008. Il a de plus servi en 2014, pour la gauche minoritaire au conseil communautaire de rempart au projet des mairies de Droite, portées par Gerard Darmanin, nouveau maire UMP de Tourcoing. On comprend alors aisément l’importance des élections municipales pour la MEL. Le Sans Étiquette affiché s’est glissé depuis longtemps dans les petits papiers socialistes, et porte un bilan relativement salué et reconnu.

Un soutien des socialistes aux pratiques Balkaniennes

Pourquoi alors ce ton nuancé et suspicieux à l’égard de ce bon Damien Castelain, vous demanderez-vous ? Simplement parce que, s’il a choisi d’épauler depuis plus de 20 ans les élus socialistes, son modèle politique semble plus se rapprocher d’un Patrick Balkany. De multiples affaires, oscillant entre le cocasse et le consternant, s’abattent régulièrement sur lui. Occasion rêvée pour La Voix Du Nord et MédiaCité, les deux grands journaux locaux, de se pencher de plus près sur les folles aventures du Président Castelain : mise en examen pour recel d’abus de biens sociaux, l’affaire « des pierres bleues », offertes par Eiffage pour sa terrasse personnelle et initialement prévues pour construire le stade Pierre Mauroy,  ou le détournement de fonds publics pour s’encanailler (restons polis tout de même…) à Paris à l’insu de sa femme et des citoyens de Péronne-en-Mélantois. Sur l’addition, “des parfums Terre d’Hermès, des cartes cadeaux chez Sephora, Boulanger ou Jeff de Bruges, des prestations bien-être” mais aussi “1.572 euros déboursés pour quatre nuits passées dans des hôtels de luxe parisiens – à chaque fois un week-end” nous dit le Parquet de Lille. N’en rajoutons pas, la liste est longue. La crédibilité plus que fébrile du Président ne lui laisse pas envisager l’avenir de façon sereine, 2020 semble être son dernier tour de piste ; un dernier Triomphe, bien bancal.

Nouveaux maires pour une nouvelle MEL

Politiquement, Castelain a toujours voulu être l’homme de la modération, conforme à son étiquette d’Indépendant. La gratuité des transports, le développement écologique, la friche Saint-Sauveur… Sur tous les sujets brûlants de la MEL, son Président garde sa tête froide ;  sa prudence, s’exprime sur Twitter pour exprimer sa volonté de poser des cadres, des nuances… De façon plus explicite, c’est pour éviter de prendre une décision qui le rendrait clivant pour la gauche ou la droite. Tout ce qu’il veut, Damien Castelain, c’est prendre sa retraite de façon paisible, répondre à la justice, et prendre un café au PMU de Péronne sans soucis. Voter aux municipales, c’est aussi indirectement voter pour le nouveau Président. Retour « à la normale » en élisant un socialiste ? Passage à l’opposition de Droite, ou En Marche ? Les mois à venir nous renseigneront plus sur l’avenir de la MEL, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau mandataire a tout intérêt à placer sa présidence sous l’égide de la probité.

Julien Beauvois

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