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Paroles d’anciens – Fabien Leboucq, journaliste à Libération : “Je suis curieux, et être journaliste permet d’apprendre tous les jours”

Qui parmi vous souhaite devenir journaliste ? Beaucoup. Rassurez-vous sur un point : on trouve de nombreux journalistes qui sont passés par Sciences Po Lille d’après le site des diplômés. Fabien Leboucq est l’un d’eux, il nous dresse un tableau réaliste de sa profession.

Fabien est entré à Sciences Po Lille en deuxième année. Il a ensuite intégré l’ESJ Lille à la fin de sa troisième année, où il a été en alternance au service web de RFI. Tout jeune diplômé, il entre alors à Libération, en 2017 au service Désintox qui deviendra par la suite CheckNews.

Quel est le nom exact du poste que vous occupez actuellement?

Fabien : Je suis journaliste au service CheckNews de Libération. Je suis en poste depuis septembre 2017. A l’époque le service s’appelait Désintox, et faisait du fact-checking, notamment des déclarations politiques. Je suis arrivé au moment où Désintox est devenu CheckNews : dorénavant nous répondons avec des articles aux questions que posent les internautes (nous faisons toujours du fact-checking, mais pas uniquement).

Pourriez-vous me décrire une “journée-type” ? Ce que vous faites au travail ?

F : Nous arrivons au travail à 9h. A 10h se tient la conférence de rédaction, où se réunissent les chef.fe.s de service, mais aussi les journalistes qui souhaitent participer. On parle de ce qui a été ou sera publié sur le site, du journal du jour, et on commence à dessiner celui du lendemain (qui doit être bouclé dix heures plus tard). CheckNews étant un service web, on annonce en conférence les sujets qu’on prévoit de traiter.

“Il n’y a pas de “journée type” car il y a des sujets différents tous les jours”

Pour CheckNews, on part rarement en reportage, même s’il arrive aux membres du service d’être détaché.e.s sur certains sujets, et d’aller les couvrir sur place. Nous travaillons donc essentiellement depuis notre poste, par téléphone, mail et grâce aux réseaux sociaux. Il n’y a pas de « journée type » car il y a des sujets différents tous les jours, on se les répartit généralement à mesure que les questions nous arrivent. Certains sujets prennent quelques heures, d’autres plusieurs semaines.

Les bureaux du service CheckNews – Photo Matthieu Slisse

 

On interviewe des gens, on épluche des textes de lois ou des rapports, on utilise des outils techniques pour authentifier des publications sur les réseaux sociaux ou remonter à leur origine, etc. On recoupe les informations, et il n’est pas rare qu’on demande l’aide ou l’avis des collègues. Puis on rend la copie à un.e chef.fe de service, qui nous fait part de ses remarques et corrections. Les services photo et édition de Libé se chargent ensuite respectivement de trouver une illustration, et de corriger et mettre en forme le papier avant publication.

 

 

Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans le journalisme, plus précisément dans la presse écrite ?

F : J’ai un temps songé à devenir prof : j’aime l’idée d’apporter aux gens des informations pour qu’ils puissent se faire une opinion sur les sujets, ou tout simplement de les aider à se cultiver si le sujet les intéresse. Je suis curieux, et être journaliste permet d’apprendre tous les jours. L’orientation vers la presse écrite s’est faite naturellement. Je songeais à la radio, et j’en ai fait un peu, mais je me suis rendu compte que j’étais beaucoup plus à l’aise avec un stylo qu’avec un micro.

Quels sont les inconvénients du journalisme ?

F : C’est un métier précaire et les places sont chères. Quand on commence, il n’est pas rare de ne pas faire ce qui nous intéresse le plus (ce n’est pas mon cas, car j’ai eu la chance de rentrer rapidement à Libé). Les journalistes sont peu appréciés pour de bonnes et de mauvaises raisons. Je ne le vois pas comme des inconvénients, mais c’est aussi un métier de passion dont on peut vite se lasser si l’envie n’y est plus. C’est un métier exigeant, on a des responsabilités envers nos sources et notre public.

Quand et comment avez-vous su que ce métier était le bon pour vous ?

Après ma prépa, j’ai tenté uniquement les Sciences Po qui avaient un cursus de journalisme. Je ne sais même plus vraiment pourquoi.

J’ai été confirmé dans mon choix par petites touches lors de ma 2A. Il y a eu le cours de journalisme de Frédéric Métézeau, qui était alors à France Culture (et maintenant sur Inter). C’était le samedi à 8h, pas forcément l’horaire le plus facile quand on a la vingtaine. Lui disait justement avoir choisi ce créneau pour nous apprendre à nous lever tôt, et ça ne me dérangeait pas, au contraire.

Il y a eu aussi un stage que j’avais choisi de faire à La Provence, dans la ville où j’ai grandi. J’en avais toujours suivi l’actualité, mais je me suis rendu compte que je prenais vraiment du plaisir à l’écrire.

Et puis il y a eu, tout au long de ma 2A, ma participation à Rue de Trévise, le feu journal satirique de Sciences-Po Lille. Pour la liberté de ton et d’écriture, et les réunions un peu bordéliques où on essayait de prévoir le prochain numéro. On n’est paru que deux ou trois fois dans l’année, mais j’ai beaucoup aimé la pression des derniers jours avant les publications.

À votre avis, quelles sont les qualités requises pour être journaliste ?

Être curieux, rigoureux, ouvert d’esprit et motivé.e…

Quant à ce qu’il faut savoir et maîtriser, la liste s’allonge à chaque nouveau sujet qu’on traite. Les cours, au moins pendant les premières années à Sciences Po Lille, sont plutôt théoriques et le journalisme s’apprend surtout par la pratique. Il faut avoir une orthographe irréprochable, et écrire intelligiblement. Cela veut dire ne pas être trop académique, et pas surestimer sa plume : avant de faire du style, il faut donner du sens à ce qu’on raconte.

Pensez-vous que votre travail est compatible avec une vie de famille et/ou personnelle ?

À CheckNews, nous nous autorisons à partir à 18h30 si l’on n’a rien sur le feu. Mais il arrive régulièrement qu’on finisse beaucoup plus tard. C’est un métier qui peut très vite déborder sur la vie personnelle, si on n’y prête pas attention ou qu’on ne pose pas les limites.

“Par définition, l’actualité ne s’arrête pas quand on quitte son bureau.”

Par définition, l’actualité ne s’arrête pas quand on quitte son bureau. C’est un jeu d’équilibre : je pense qu’il faut parfois savoir dire oui pour partir loin de chez soi en reportage au dernier moment, ou sacrifier un peu de sa vie perso pour boucler un sujet, mais aussi déconnecter pendant ses vacances ou les week-ends où l’on ne travaille pas, par exemple.

Pensez-vous que c’est “impossible” de devenir journaliste sans avoir fait une des quatorze écoles reconnues ?

La nécessité d’avoir fait ou non une école de journalisme (reconnue ou non) est l’objet de discussions au sein de la profession. Pour résumer la situation, de plus en plus de jeunes sont passés par des écoles, ce qui était moins le cas avant (l’exemple du profil sociologique des journalistes de Libé en témoigne).

Très schématiquement, l’école permet d’acquérir des compétences techniques, de rencontrer des professionnels en cours, et d’effectuer des stages en rédaction (et donc de commencer à former un réseau).

L’inconvénient de l’école, c’est qu’elle ne professionnalise pas forcément assez (d’où l’intérêt des alternances ou des apprentissages), qu’elle ouvre la porte à l’entre soi (évoluer en vase clos uniquement avec des journalistes), voire, selon les plus critiques, au formatage. Si faire une école facilite l’entrée dans les rédactions (sans le permettre systématiquement), je pense que ce n’est pas une nécessité.

Avez-vous un conseil pour les étudiants de Sciences Po Lille qui voudraient exercer votre métier plus tard ?

F : À celles et ceux qui veulent faire du journalisme, je dirais de ne pas hésiter ! Même s’il faut parfois s’accrocher. Il faut faire des stages, le plus possible, ne pas hésiter à avoir des projets personnels sur le long terme (écriture, podcast, vidéo, photo…) qu’on pourrait faire valoir pour rentrer dans une école ou une rédaction. Il faut rester curieux de tout (et pas être seulement bon en cours), et si l’on a une passion – un hobby, un style de musique, un pays, etc. – songer à la cultiver pour voir s’il l’on peut (et l’on veut) la lier à son métier.

J’ajouterais, parce que je l’entends souvent autour de moi mais ce n’est qu’un exemple, que la profession cherche des journalistes spécialisés en économie.

Quelques liens utiles pour votre orientation :

– La fiche onisep pour le métier « journaliste »
– Le site des diplômés
– Les témoignages d’anciens sur le site de Sciences Po Lille
– Le site de Libération, rubrique Checknews, pour mieux comprendre le métier de Fabien
– Le site de la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), pour connaître la situation des journalistes en France

Marion Galard

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