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La grande girafe d’Afrique en danger

L’Afrique est dépouillée de sa plus précieuse richesse. Il ne s’agit pas de pétrole, ni d’or et encore moins de diamants. Ce trésor est bien plus rare que les métaux ou les hydrocarbures dans l’Univers : c’est la vie. Elle est diversifiée et majestueuse. Pourtant, cette vie est en danger. Elle s’évanouit doucement, sans un cri de détresse. Le plus grand mammifère terrestre de la planète souffre et s’approche, dans certains pays, de l’extinction. C’est une « extinction silencieuse » qui menace les girafes.

L’état des populations

La population de girafes a diminué de 40% en 30 ans. On ne comptait que cinquante girafes d’Afrique de l’Ouest (rien qu’au Niger) en 1996. Aujourd’hui, ces géantes ne sont plus que 600, toutes terres immergées confondues, selon l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). S’il ne faut pas sombrer dans la panique (les populations d’Afrique du Sud et de Namibie se portent bien par exemple), certains faits passés et quelques tendances actuelles ne poussent pas non plus à l’optimisme. En 1996, Ibrahim Baré Maïnassara arriva au pouvoir au Niger après un coup d’Etat. La première brillante idée de cet homme fut de dépêcher l’armée pour capturer divers animaux afin de les offrir aux présidents du Burkina Faso et du Nigeria. Les conséquences furent terribles : la population de girafes au Niger chuta d’un tiers. Ce massacre est le symbole du mépris de l’Homme pour la nature. Cependant, il n’y a pas qu’au Niger que les girafes furent assassinées. La population des girafes de Nubie (en Ouganda) a chuté de 97% ces 30 dernières années.

Malgré ces chiffres sensationnels, il faut comprendre que la girafe n’est catégorisée « que » comme « espèce vulnérable » selon l’UICN. Si la situation est grave, c’est qu’avant 2016 les scientifiques ne considérait qu’une seule et même espèce de girafes. Or, il semblerait qu’il en existe 4 différentes. Ainsi, la girafe d’Afrique de l’Ouest est une espèce à part entière, son patrimoine génétique est donc d’autant plus précieux. Les enjeux de la protection de cette girafe (et d’autres) prennent d’un coup des proportions énormes. Agir est crucial pour sauver ces superbes mammifères des nombreuses menaces qui assombrissent leur futur.

Dangers

Les dangers, une fois n’est pas coutume, sont humains. En effet, les prédateurs ne se bousculent pas pour s’attaquer aux girafes. Si vous pensez que ces dernières sont de grandes pacifiques, vous vous trompez. Pour se disputer un territoire, deux rivales se jaugent d’abord, puis s’assènent de violents coups de tête, en balançant leurs longs cous. Le sang coule et les corps tombent. Le seul vrai prédateur de la girafe c’est l’Homme. Il y a d’abord le braconnage. Une girafe représente environ 300 kilogrammes de viande. On tue la girafe pour se nourrir mais aussi à cause des croyances : les os et la cervelle sont considérés comme des remèdes contre le sida, la queue est un symbole de statut social.

Et lorsque les croyances ne suffisent pas à abattre suffisamment de ces mammifères, le commerce international s’en charge : l’animal tient une place importante dans la médecine chinoise. Malgré la convention de Washington (interdisant le commerce des espèces protégées) et les efforts actuels, les girafes peuvent toujours être tuées afin de satisfaire l’ignorance.

Si les géantes ne sont pas atteintes par ces dangers directs, elles sont mises en danger indirectement par les activités humaines. Ainsi, les clôtures, le surpâturage, la croissance démographique et la déforestation participent au morcellement de leurs territoires. Un autre danger guette les girafes en Somalie, en RDC, au Soudan du Sud et en Centrafrique : la guerre. Les conflits armés en plus de menacer directement la vie de ces mammifères, favorisent le braconnage et rendent impossibles la protection et les études.

Pour protéger une espèce, il faut la connaître. Alors que les lions, les rhinocéros et autres animaux emblématiques de la savane ont fait l’objet de nombreuses études, la girafe est la grande absente de ces dernières. Le manque de données est un obstacle à la bonne protection des girafes. Plus nous en connaîtrons sur elles, meilleure sera leur protection.

Comment protéger les girafes ?

En 2011, le Niger élabora la première stratégie nationale de conservation des girafes en Afrique. Alors que la population était au bord de l’extinction, on compte plus de 600 individus aujourd’hui. Les solutions existent donc. La première des solutions résulte en la création d’espaces protégés (par des militaires notamment) afin de lutter contre le braconnage. En plus d’être efficace, elle est rentable ; le tourisme (avec les safaris) en fait une source de revenus durable.

Il existe un moyen plus couteux qu’est le transfert de girafes d’une région à une autre. Il s’agit d’installer des populations annexes pour pérenniser l’espèce. Ainsi, certaines girafes d’Afrique de l’Ouest sont envoyées en Ouganda. L’efficacité de cette solution ne fait cependant pas l’unanimité chez les scientifiques. En effet, les géantes ont une capacité naturelle à fuir des territoires qui ne sont pas propices à leur tranquillité. Ainsi, la girafe s’est d’abord développée dans le sous-continent indien avant de migrer il y a 8 millions d’années vers l’Afrique et ses savanes. La migration des girafes d’Afrique de l’Ouest du Mali (à cause de la guerre et de la sécheresse) au Niger à la fin des années 1980 est un exemple plus récent.

Evidemment, ces mesures nationales ou issues d’accords régionaux doivent être accompagnées d’actions internationales. Mais pour protéger les girafes, une volonté forte doit émerger. Il s’agit donc d’un état d’esprit. La chasse, bien que légale et ne formant pas véritablement un danger pour la survie de l’animal, doit être interdite. Cette pratique couvre de honte l’humanité (une Américaine s’affichait au côté d’une de ses victimes en juillet 2008 au Cap, en Afrique du Sud, expliquant qu’elle n’avait « jamais été aussi heureuse). C’est une question morale. La dignité humaine est en jeu.

Benjamin Magot

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