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Saint-Sauveur, terrain de jeu et terrain d’enjeux

Saint-Sauveur, terrain de jeu ou terrain d’enjeux environnementaux et politiques majeurs ? Le 26 novembre dernier, dans l’amphi A de  l’IEP, ne se tenait pas un cours classique, mais une réunion alternative publique au sujet de Saint-Sauveur. Des représentants de l’association PARC ainsi que les têtes de listes des municipales lilloises de 2020, qui chacune ont pu donner leur point de vue et des points clé de leur programme, étaient présentes.

Peut-être avez-vous entendu parler de Saint-Sauveur et du projet de la MEL (Métropole Européenne de Lille) qui suscite de nombreux débats, et la mobilisation de nombreuses associations écologiques telles que PARC. 

Qu’est-ce que PARC ? 

Protection Aménagement Réappropriation Collective, c’est une association créée en mai 2018, au moment de l’enquête publique lancée par la MEL, composée de 171 personnes, principalement des lillois. Il s’agit d’une association soutenue par sept autres associations lilloises qui défendent les même enjeux sociaux écologiques et culturels, et le fait que le projet de la MEL est inconcevable.

Mais alors qu’en est-il aujourd’hui ? 

Saint-Sauveur est situé à porte de Valenciennes. C’est une friche de 26 hectares de terre, ce qui est tout à fait inhabituel à Lille. Depuis 2013, un projet d’urbanisation est défendu par la MEL, mais du fait de nombreux désaccords et revendications de projets alternatifs, le projet est actuellement gelé et il demeure aujourd’hui un enjeux majeur pour les municipales 2020. 

Que souhaite la MEL? 

La création de 3000m2 de bureaux, une construction de logements sociaux et une piscine olympique. Leurs arguments ? Selon une étude d’impact, la friche est considérée comme « un no man’s land sans valeur patrimoniale, essentiellement minérale qui commence par être envahie par une végétation dense de faible activité. Il s’agit d’un espace non-construit, espace de prairie sans usage particulier ». Mais en réalité, comme le souligne la mobilisation de nombreuses associations, ce rapport est très réducteur et ne tient pas compte des opportunités qu’offre la friche. En effet, c’est un grand réservoir de biodiversité avec de la pelouse, du lichen, 159 espèces végétales ; 29 espèces d’oiseau ; 2 espèces de chauve-souris protégées et de nombreux insectes. 

Aussi, la friche, îlot de fraîcheur fait partie d’un corridor écologique, un espace de nature qui pour une fois n’est pas encerclé par des routes, autoroutes ou voies ferrées. Par ailleurs, elle est un espace de respiration : il s’agit d’un des seuls endroits de Lille où l’on a des perspectives (spot de coucher de soleil au belvédère). Saint-Sauveur est donc une véritable opportunité pour mettre en place une coulée verte, qu’il ne faudrait surtout pas gâcher par la décision d’un projet d’urbanisation comme celui de la MEL.

Aussi, si depuis toutes ces années le projet est bloqué, c’est peut-être parce que c’est un lieu aux multiples visages, visibles ou invisibles : productions artistiques, lieu de culture et plantation d’arbres, refuge pour des personnes marginalisées dans la ville (SDF, migrants, vendeurs de drogue…). 

Alors quels sont les arguments qui s’opposent au projet de PARC ? 

S’il est mis en avant l’importance de densifier la ville pour préserver les terres agricoles, il s’agit également de répondre à la demande de logements à Lille. 

Alors quels sont les objectifs de PARC ? 

En premier lieu, PARC vise à créer un ensemble « en faisant », c’est-à-dire mettre en avant la friche de Saint-Sauveur, non pas comme un espace vide mais bien un espace de ressources qui a la particularité d’être un espace public commun à l’intersection de quatre quartiers de la ville : Wazemmes, Fives, Centre et Moulins. Faut-il rappeler également, qu’il s’agit actuellement d’un des seuls espaces de nature avec la Citadelle et le jardin Vauban. Aussi, peut-être est-il temps de considérer qu’un espace de nature non banalisé n’est pas forcément une si mauvaise chose et nous éloignerait de la vision étriquée que l’on a d’un espace de nature. Finalement l’objectif est de créer un espace public commun, que ce lieux soit le produit des besoins et actions de chacun, un véritable espace collectif qui unirait les habitants de Lille. 

Aussi, face à l’urgence écologique actuelle et les enjeux écologiques majeurs à Lille, il faudrait faire vivre la friche pour qu’elle devienne un véritable poumon vert au centre de la ville. S’ajoute à cela, l’idée de créer un lien social entre les habitants autour d’un espace de nature.  

Enfin, il s’agit d’un espace, qui contrairement au projet de la MEL est non excluant, gratuit et non marchand. L’association PARC souligne en effet le caractère mercantiliste et purement utilitariste et capitaliste de l’espace, alors que Saint-Sauveur est l’occasion unique de créer un espace de coopération et d’échanges, respectueux de la nature. 

Alors, que perd la MEL à abandonner ce projet d’urbanisation si malvenu dans un temps d’urgence écologique ? Cela ouvrirait des perspectives pour toutes les autres métropoles et placerait pour une fois la ville de Lille à l’avant-garde en matière écologique. 

Dans tous les cas, rien n’a été décidé pour l’instant. La lutte continue d’être menée et les points de vue quant à l’usage de la friche sont l’un des enjeux essentiels d’opposition des candidats aux municipales. 

Rafaëlle Koskas

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