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Valse avec le cinéma #5 : la cérémonie des Oscars 2020.

Les Oscars, voilà 92 années que cette cérémonie se déroule chaque année dans le but de récompenser les meilleurs films s’étant illustrés dans le courant de l’année passée et du début de la même année. Ainsi, la 92e cérémonie des Oscars s’est déroulée pour nous dans la nuit du dimanche 9 février au lundi 10 février, et ce à Los Angeles. Une pluralité de films ont fait consensus pour cette cérémonie et c’est dans cet article que nous résumons les différents films qui ont pu s’illustrer à l’écran, ceux qui ont su se démarquer des autres pour obtenir l’Oscar tant espéré, et enfin, notre propre grain de sel sur les différentes récompenses attribuées.

Oscar du meilleur film :

Films en compétition :

1917, Sam Mendes : 1917, c’est le film de guerre de l’année 2019, par Sam Mendes. Réinventant les codes du traitement de l’image au cinéma, c’est bien un unique plan séquence qui nous raconte l’histoire de Schofield et Blake, deux soldats britanniques dans la Première guerre mondiale censés déjouer une attaque ennemie. Un seul plan séquence, ça veut donc dire aucune coupure ; aucun ajustement de dernière minute ; aucun oubli de texte. C’est encore plus impressionnant lorsque l’on constate les nombreux effets de lumière, les placements exacts des personnages et le bon déroulement du film. Le but est de nous immerger dans l’histoire que l’on nous conte, et c’est un pari réussi pour Sam Mendes.

Ford vs Ferrari ou Le Mans 66, James Mangold : Ford vs Ferrari, de James Mangold, ou Le Mans 66 en français, est quant à lui un film traitant à la fois de la course automobile et de la course vers la meilleure voiture entre Ford et Ferrari, dans l’espoir de remporter les 24h du Mans. On y voit les difficultés rencontrées par les personnages, on y voit les défauts des voitures, on y voit les courses, les victoires, les défaites. On s’y prend à aimer la course automobile, bien malgré nous.

The Irishman, Martin Scorsese :The Irishman, film de Martin Scorsese, est un film combinant intrigue singulière et technique spécifique. Ce film raconte comment un ancien vétéran de guerre, devenu chauffeur de camion, va devenir un tueur à gage qui va gravir les échelons du crime. Le film, par l’usage de la technologie du de-aging, ou dé-vieillissement, s’affirme comme voulant réinventer les codes de la représentation et de la vision que nous pouvons avoir des acteurs.

Jojo Rabbit, Taika Waititi : Jojo Rabbit de Taika Waititi est avant tout l’adaptation du livre Caging Skies de Christine Leunens, qui suit de jeunes garçons pendant les jeunesses hitlériennes de la deuxième guerre mondiale. Parmi ces jeunes garçons, un s’en démarque ; en effet, possédant un ami imaginaire qui n’est autre qu’Hitler lui-même, il apprend un jour que sa mère héberge une jeune fille juive. Jonglant entre comédie innocente et réalité glaçante, c’est bien l’histoire d’un mode de pensée de l’époque que portaient profondément en eux les enfants nés sous le régime nazi.

Joker, Todd Philipps : Joker est le film des Oscars, le film qui divise, qui fait monter les passions et crier les coeurs. Le film de Todd Philipps montre comment Arthur Fleck, un clown raté, sombre dans la folie, et ce à l’aide de procédés et d’un jeu d’acteur qui cristallisent la division des avis. On constate que c’est un film déjà massivement récompensé dans d’autres cérémonies, comme par exemple aux Grammy’s ; cela pose la question de son genre, le genre comics, qui est rarement récompensé aux Oscars. Joker fait figure d’anomalie dans cette cérémonie, et c’est sûrement celui qui a posé le plus de questions et de débats, ressortant finalement avec le plus de nominations de tous les autres films.

Little Women, Greta Gerwig : Little Women est l’un des rares films nommés dans toute la cérémonie réalisé par une femme, Greta Gerwig. Le constat est donc bien triste, et l’on devrait réfléchir sur la place des réalisatrices dans le monde du cinéma dans son ensemble, et plus particulièrement dans de telles cérémonies. Le film, quant à lui, adaptation du livre de Louisa May Alcott, raconte l’histoire de quatre jeunes femmes laissées par leur père, le docteur March, durant la guerre de Sécession. Il s’agit donc bien à la fois d’un récit sur la société de l’époque, mais également sur un drame et sur la gestion de cette famille quant à la guerre et au contexte.

Marriage Story, Noah Baumbach :Marriage Story, quant à lui, est un film réalisé par Noah Baumbach. Il s’agit avant tout d’un film à performance d’acteurs ; narrant l’histoire d’un couple qui se sépare de façon pacifique mais qui, entraînés par les engrenages de cette étape potentielle du couple, finissent par tenter de détruire la vie sociale et romantique de l’autre. Il s’agit avant tout d’une comédie, montrant les personnages partir dans les extrêmes, avec une confrontation sur le monde du cinéma et de la production audiovisuelle en elle-même. En effet, le mari travaille dans le théâtre, et la femme dans les studios de la Warner Bros ; il s’agit au final d’une conclusion sur la supériorité annoncée des nouveaux moyens de produire du cinéma, dont Netflix, producteur de ce film.

Once upon a time in Hollywood, Quentin Tarantino : Once Upon a time in Hollywood, film de Tarantino, n’est pas une surprise autant dans cette catégorie que dans toute la cérémonie. En effet, Quentin Tarantino n’est pas un étranger des Oscars, et c’est un peu comme retourner à la maison pour lui. Le film montre le quotidien d’un acteur et de sa doublure durant le Hollywood des années 1960 ; cette réflexion sur le cinéma lui-même, cette méta-cinématographie, plaît énormément aux Oscars également.

Parasite, Bong Joon-Ho : Enfin, Parasite de Bong Joon-Ho est le seul film étranger nommé dans cette catégorie, étant de nationalité sud-coréenne et étant réalisé par Bong Joon-Ho. Présentant deux visions opposées de la société sud-coréenne, c’est un film qui traite du sujet de la lutte des classes et qui dénonce les comportements des plus aisés ; ce, étant fait au travers de deux familles dont on observe les forts contrastes au plus ils se mélangent. Autant le sujet traité que l’origine du film en fait un atome singulier dans cette cérémonie, dont on peut en attendre beaucoup.

Film oscarisé : Parasite, Bong Joon-Ho.

L : Parasite, c’est la surprise de cette cérémonie. On y pensait sans réellement espérer, on en rêvait sans y croire parfaitement… Et pourtant le voilà, recevant l’Oscar du meilleur film, face à d’autres qui auraient pu de loin lui subtiliser la mise. Voir qu’un tel film, un film qui se démarque des autres, autant par ses origines que par sa réalisation que, enfin, par les sujets qu’il évoque, a pu remporter une telle récompense est une grande fierté. Il est important de se dire qu’un film traitant de sujets si graves que la lutte des classes et le problème de la mixité sociale a pu remporter à la fois la Palme d’or de Cannes et jusqu’à l’Oscar suprême de la cérémonie, lui permettant de conclure son tour du monde glorieux. On ne peut qu’applaudir Bong Joon-Ho pour son tour de force, et on ne peut qu’attendre avec impatience son prochain film qui, sans aucun doute, saura mettre à nouveau tout le monde d’accord tout en traitant des problèmes sociaux de notre époque.

A : Très bon film, j’en parle tout le long donc je ne vais pas m’étendre dessus. J’ai peut être préféré le dernier Tarantino et Irishman, mais je préfère cette récompense ci plutôt qu’un film à oscars habituels. Puis le réalisateur le mérite.

Oscar du meilleur acteur :

Acteurs en compétition :

Antonio Banderas (Pain and Glory).

Leonardo DiCaprio (Once Upon a Time in Hollywood).

Adam Driver (Marriage Story).

Joaquin Phoenix (Joker).

Jonathan Pryce (The Two Popes).

Acteur oscarisé : Joaquin Phoenix (Joker).

L : Autant Joker que Joaquin Phoenix, on ne peut que parler d’un clivage tranché quant aux avis qui illustrent ce film qui a cependant fini par être nommé pour 11 catégories aux Oscars. Ainsi, c’est donc la question de Joaquin Phoenix qui se pose ; acteur incroyable prit dans son personnage, ou caricature de lui-même cherchant à toujours trop en faire ? La limite est faible, autant que mon avis. Joker est un film qui m’a laissée assez indifférente ; Joaquin Phoenix, si j’admire sa performance, si je trouve qu’il fait un acteur parfait pour le personnage du Joker, n’a pas su susciter plus d’émotions en moi. De là à savoir déterminer si c’est le film dans son ensemble ou son acteur principal qui n’a pas su me faire entrer dans l’intrigue, je ne saurais le déterminer. L’Oscar, par rapport aux avis globaux sur le film et l’acteur, semble donc entièrement mérité. De façon personnelle, mon coup de coeur se porte sur Adam Driver. En effet, Marriage Story s’est bien placé comme film d’acteurs, film qui se soustrait à la performance de ses acteurs et qui leur accorde une place toute particulière ; Adam Driver aurait donc paru être un choix sensé. Il est cependant important de noter le discours qu’a tenu Joaquin Phoenix le soir même de la remise de son Oscar, rappelant la maltraitance et le sort abominable subi par les animaux d’élevage, et notamment les vaches laitières. Ainsi, si sa performance d’acteur ne m’a personnellement pas convaincue, user de sa position pour pouvoir passer des messages importants est à remarquer, puisque peu le font.

A :  J’ai beaucoup de mal à évaluer la prestation de Phoenix dans ce film. J’y vois un acteur qui semble être un clown raté, qui en fait des tonnes et qui monopolise trop l’écran. Il est en roue libre, assez incontrôlable, seul sa performance ressort de l’écran. J’ai donc l’impression qu’il joue seul, il n’a pas d’interactions intéressantes avec d’autres personnages. En tout cas il est impliqué et je ne peux pas lui retirer cela. Pour moi il n’y a aucun doute, j’aurais donné l’oscar à DiCaprio, c’est son meilleur rôle. Il se fait un tel plaisir à alterner les différentes rôles avec aisance, il joue tant de choses à la fois qu’il finit par crever l’écran. Mais surtout, il se fait plaisir. C’est un acteur très talentueux.

Oscar de la meilleure actrice :

Actrices en compétition :

Cynthia Erivo (Harriet).

Scarlett Johansson (Marriage Story).

Saoirse Ronan (Little Women).

Charlize Theron (Bombshell).

Renée Zellweger (Judy).

Actrice oscarisée : Renée Zellweger.

Aucun de nous deux n’a vu le film Judy.

Oscar du meilleur acteur dans un second rôle :

Acteurs en compétition :

Tom Hanks (A Beautiful Day in the Neighborhood).

Anthony Hopkins (The Two Popes).

Al Pacino (The Irishman).

Joe Pesci (The Irishman).

Brad Pitt (Once Upon a Time in Hollywood).

Acteur oscarisé : Brad Pitt.

L : Brad Pitt ne nous déçoit jamais ; grand acteur, autant sa présence dans le film que dans cette catégorie n’est donc absolument pas surprenante. Tarantino a cherché à assurer ses arrières, autant avec Leonardo Di Caprio que Brad Pitt pour son film qui a eu un grand retentissement. Brad Pitt a toujours été une valeur sûre, et quant à l’obtention de cet Oscar, lui-même n’a pas dû en être surpris. Cependant, voir Tom Hanks remporter cet Oscar n’aurait pas été de refus. Sa performance dans A beautiful day in the neighbourhood est ce qui permet de nous faire entrer dans le film, ce qui nous accroche et ce qui nous permet de comprendre le personnage de Fred Rogers. Tom Hanks devient Fred Rogers, et c’est pour cela que l’Oscar aurait peut-être été plus judicieux entre ses mains.

A : C’est un excellent rôle que Brad Pitt tient ici, assez jubilatoire. Tarantino ne l’a pas pris au hasard, il décide de prendre une star apprécié et de voir ce qu’il aura fait avec lui à l’époque. En plus de changer de rôles, Brad Pitt aligne les répliques avec charisme et forme un excellent duo avec Di Caprio. Il en ressort un acteur charismatique et impliqué. Petit regret pour Joe Pesci et Al Pacino, ce sont certes de vieux acteurs, très respectés (pour moi Al Pacino est l’un des plus grands acteurs de tous les temps) mais ils n’ont pas de récompenses et au delà The Irishman, film d’adieux au cinéma de gangster classique, n’a rien reçu. C’est assez regrettable de voir que le dernier grand film de genre de cette façon ne reçoit rien, sûrement un boycott avec Netflix.

Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle :

Actrices en compétition :

Kathy Bates (Richard Jewell)

Laura Dern (Marriage Story)

Scarlett Johansson (Jojo Rabbit)

Florence Pugh (Little Women)

Margot Robbie (Bombshell)

Actrice oscarisée : Laura Dern.

L : Je n’avais pas réellement d’avis sur les actrices de cette catégorie ; il n’est cependant pas étonnant de voir Laura Dern se distinguer par la place importante qui lui est donnée dans un film qui place ses acteurs comme variable principale de son intrigue. Elle a su donner une performance étonnante et singulière, et pour cela, elle mérite sa récompense.

Oscar du meilleur réalisateur :

Réalisateurs en compétition :

Bong Joon Ho (Parasite)

Sam Mendes (1917)

Todd Phillips (Joker)

Martin Scorsese (The Irishman)

Quentin Tarantino (Once Upon a Time in Hollywood)

Réalisateur oscarisé : Bong Joon-Ho.

L : Bong Joon-Ho est un réalisateur qui voit se concrétiser son travail sur les dernières années au travers des différents films qu’il a pu réaliser et qui ont toujours eu un impact certain sur le monde du cinéma. Cependant, le voir remporter cette catégorie est quelque chose de grand ; se hissant au-dessus de Tarantino, de Scorsese, il a su faire comprendre que le cinéma sud-coréen n’est pas à laisser de côté et que, par le traitement qu’il fait des problèmes sociaux qu’il dénonce dans ses films, il peut remporter beaucoup de coeurs et d’esprits.

A : C’est assez incroyable qu’un réalisateur coréen l’emporte face à Tarantino et Scorsese, ou bien un Mendes très académique. Quand j’y pense, ce n’est pas si étonnant, c’est le réalisateur de Memories of Murder, un film sorti en 2003, qui a popularisé le cinéma coréen au niveau mondial en plus d’initier une vague de thriller. Suite à cela, le cinéma coréen n’a cessé de devenir populaire en occident, brandi en porte étendard face au méchant cinéma américain. Il y’a une certain engouement des critiques occidentales du simple fait de la nationalité coréenne. Cela dit, je suis content pour lui, Memories of Murder est l’un de mes thriller favoris, Parasite est très bon, c’est une façon de récompenser un réalisateur qui le mérite.

Oscar du meilleur scénario adapté :

Films en compétition :

The Irishman (Steven Zaillian)

Jojo Rabbit (Taika Waititi)

Joker (Todd Phillips & Scott Silver)

Little Women (Greta Gerwig)

The Two Popes (Anthony McCarten)

Film oscarisé : Jojo Rabbit.

L : Jojo Rabbit est un film qui devait remporter un Oscar. Sachant traiter des jeunesses hitlériennes avec brio tout en gardant une touche d’humour et d’innocence qui tend parfois à ridiculiser le film, il n’en reste pas moins une part majeure du cinéma de l’année 2019 et il ne devait pas être mis de côté. Alors, si peut-être que Little Women méritait plus l’Oscar que Jojo Rabbit par la précision de son adaptation et par sa justesse, cela a permis à Jojo Rabbit de voir son heure de gloire et ce n’est peut-être pas si mal.

Oscar du meilleur scénario original :

Films en compétition :

1917 (Sam Mendes & Krysty Wilson-Cairns)

Knives Out (Rian Johnson)

Marriage Story (Noah Baumbach)

Once Upon a Time in Hollywood (Quentin Tarantino)

Parasite (Bong Joon-ho)

Film oscarisé : Parasite.

L : Parasite a su s’imposer comme marqueur d’une société dont on peut parfois beaucoup en ignorer, et ce par son scénario qui dépeint avec beaucoup de justesse le contraste de deux vies dans la société sud-coréenne. On voit que tous les détails sont creusés, de la lampe clignotant en morse à la grosse pierre, rien n’est laissé de côté, tout a un but, un moment où ils doivent apparaître et un moment de gloire. Tout est justifié, chacun de leurs gestes et actions a un but, comme une chorégraphie, et c’est impressionnant à voir. Ainsi, Parasite apparaît comme scénario le mieux filé, le mieux conduit de tous les autres nommés dans cette catégorie. Les autres films, si je ne parle pas pour Knives Out que je n’ai pas vu, ne réinventent pas leur genre, ils ne proposent pas quelque chose de nouveau et s’ils font quelque chose de magnifique dans leur genre, ils n’ont pas la force d’un Parasite.

A : Le scénario de Parasite est cool, il ne laisse pas le temps de respirer et de prendre du recul. Du coup son rythme assez effréné rend le film très efficace, car on est piégé dans cet engrenage, c’est à peine que l’on réalise ce qui se passe que le tout s’empire. J’aurais plutôt donné le prix à Knives Out, son scénario est très ingénieux, il multiplie les fausses pistes, les indices intelligents en plus d’être en osmose avec le format cinématographique.

Oscar du meilleur film en langue étrangère :

Films en compétition :

Corpus Christi (Pologne)

Honeyland (Macédoine du Nord)

Les Misérables (France)

Pain and Glory/Gloria y dolor (Espagne)

Parasite (Corée du Sud)

Film oscarisé : Parasite.

L : Si l’on aurait aimé brandir nos baguettes et nos marinières sous la victoire des Misérables, il est difficile de reprocher la victoire de Parasite dans cette catégorie. S’étant déjà démarqué comme meilleur film de l’année, il est vrai qu’il aurait pu laisser sa place à Pain and Glory (ou, en version originale : Dolor y gloria), que l’on aurait bien vu monter sur le podium à sa place, ayant fait ses preuves autant en Espagne qu’autour du monde. Il n’aurait de plus pas été étonnant de le voir remporter cet Oscar, par l’attrait habituel d’oscariser des films traitant des sujets relatifs à la cinématographie et à la réalisation de films. Néanmoins, voir Parasite remporter cet Oscar n’est jamais déplaisant, et par la place de son intrigue dans une ville typiquement coréenne, par le respect de l’intrigue aux comportement coréens, on ne peut qu’apprécier son origine. Ne lésinez pas sur la version originale, c’est un film qui le mérite !

A : Parasite c’était déjà fait remarqué à Cannes pour sa palme d’or, c’était l’un des films en langue étrangère les plus remarqués, pas étonnant de le voir remporter la victoire. C’est pour moi une étape supplémentaire dans la popularité du cinéma coréen.

Oscar du meilleur décor :

Films en compétition :

1917 ;

The Irishman ;

Jojo Rabbit ;

Once Upon a Time in Hollywood ;

Parasite.

Film oscarisé : Once Upon a Time in Hollywood.

L : Des décors grandiloquents, des tableaux cinématographiques ; oui, Once Upon a Time in Hollywood se place comme presque-évidence de cet Oscar, et on est donc pas étonné.e.s de le retrouver ici. Les autres nommés ne sont cependant pas à laisser de côté du côté des décors, et notamment au niveau de leur gestion lorsque l’on parle de 1917 ; placés et agencés de façon optimale pour le tournage du plan séquence, on aurait pu le retrouver oscarisé lui également. L’Oscar reste néanmoins amplement mérité, et ça ne fait pas de doute que Tarantino a mis du goût à construire les décors qui donnent une saveur toute particulière à ce film bien américain.

A : Alors la je dis oui. C’est le film ou Tarantino et son équipe se sont fait une joie de retranscrire et de relire tous les décors d’époque. Quel plaisir donc de voir des décors riches en détails, fait de matières brutes, dans une époque ou les effets numériques volent la vedette. C’est un autre temps qui ressuscite sous nos yeux, pour notre plus grand plaisir.

Oscar du meilleur montage :

Films en compétition :

Ford vs Ferrari/Le Mans 66 (Andrew Buckland & Michael McCusker)

The Irishman (Thelma Schoonmaker)

Jojo Rabbit (Tom Eagles)

Joker (Jeff Groth)

Parasite (Jinmo Yang)

Film oscarisé : Ford v Ferrari/Le Mans 66

L : Entre vitesse et précision, c’était un défi de taille pour James Mangold de gérer le rythme que son film cherchait à imposer et de le marier avec un montage qu’il a cherché parfait ; et si son montage n’est peut-être pas le plus impressionnant, celui qui laisse le plus deviner de choses, celui qui pose le plus de questions ou bien celui qui illustre une métaphore globale du film, il est bien celui qui réussit à boucler un processus que l’on a cherché à faire complexe et parfait. Savoir manier les différentes scènes entre elles, savoir jongler entre les scènes de discussion, de négociations et de conflits avec des scènes de course automobile, c’est bien seulement grâce au montage que cela a pu être possible. Alors, si en effet, le montage de Parasite apparaît comme réalisé de façon très fine, qui permet d’illustrer les métaphores que pose le film, on ne peut qu’applaudir la performance de Ford vs Ferrari qui mérite bien son Oscar.

A : Le montage de film n’était pas évident. Le film réussit à maintenir un résultat équilibré sans pour autant perdre en cohérence et en panache. C’est surtout lors des scènes de course que le film marche bien, car la caméra est placé à l’avant et le montage fait apparaître les obstacles très rapidement. L’adrénaline monte et la vitesse se fait sentir. Une belle surprise en soit.

Oscar de la meilleure photographie :

Films en compétition :

1917 (Roger Deakins)

The Irishman (Rodrigo Prieto)

Joker (Lawrence Sher)

The Lighthouse (Jarin Blaschke)

Once Upon a Time in Hollywood (Robert Richardson)

Film oscarisé : 1917.

L : L’image de 1917 est certes très belle ; les couleurs sont recherchées, le tableau est affiné, et on constate quelque chose de réellement joli. On voit que malgré le plan sans aucune coupure, chaque plan est travaillé ; on peut prendre pour exemple le moment où l’un des deux personnages se cache, et où les ombres très marquées, très contrastées, ne semblent jamais vouloir le lâcher et se plient pour toujours le toucher et ce, sous un soleil frappant. Le plan est travaillé et c’est une réussite. Nous aurions cependant pu espérer un Oscar pour The Lighthouse, qui par son cadre original en 1:17, son noir et blanc osé et ses scènes toujours très cadrées, très recherchées, très métaphoriques, aurait pu remporter la catégorie.

A : Deakins récompensé, c’était très prévisible. Il plait aux académies depuis le début de sa carrière et ne fait qu’enchaîner les récompenses. En soit 1917 comme tous ses autres travaux, c’est une photo jolie, lisse et… c’est tout. Ça plaît mais derrière, il n’y a pas d’exercices ou de prises de risques. J’aurais très largement donné le prix à The Lighthouse, véritable exercice de style, assez impeccable et abouti. Mais ce style assez radical qui reprend l’imagerie en noir et blanc est beaucoup trop niche pour les Oscars. Une vie cachée de Malick pour moi a la meilleure photographie de l’année mais ce film est trop radical pour les oscars.

Oscar des meilleurs effets spéciaux :

Films en compétition :

1917 ;

Avengers: Endgame ;

The Irishman ;

The Lion King ;

Star Wars: The Rise of Skywalker.

Film oscarisé : 1917.

L : 1917 est ici ressorti du lot par l’usage des effets spéciaux dans la réalisation de scènes de guerre ; c’est une catégorie qui voit souvent s’affirmer des films tels que 1917, et ce n’est donc pas étonnant de le voir ici récompensé. Ce n’est pas pour autant qu’il faut lui en retirer sa gloire, puisque les effets spéciaux ancrent le film dans une réalité historique nécessaire à une telle réalisation, et lui permettent de lui donner de la crédibilité. De plus, puisque le film est un unique plan séquence, ce sont bien les effets spéciaux qui lui permettent d’obtenir du volume et du rythme. Les effets spéciaux permettent d’accompagner la réalisation singulière du film. Cependant, les effets spéciaux de 1917 restent habituels ; on a pris l’habitude de voir de tels effets dans la grande majorité des films historiques, et s’ils sont certes bien réalisés et incorporés à l’essence du film, ils ne sont pas ce qui font la singularité même du film. Pour cela, il faudrait s’attacher à The Irishman ou au Roi Lion qui font des effets spéciaux le coeur de leur ouvrage ; le fait qu’ils soient cependant parfois hésitants ne place pas ces films comme potentiels vainqueurs de la catégorie. Je n’arrive donc pas à me placer sur ma préférence personnelle quant à cette catégorie.

A : Si on devait retenir une chose de la sélection et de son gagnant, c’est l’importance des effets spéciaux numériques. Le soucis est que le travail sur la matière est complètement délaissé, pour laisser place à des effets spéciaux vides, creux, qui deviennent très vite désuet. Le numérique saute directement aux yeux et paraît faux. Le résultat très artificiel ne convainc guère à mes yeux. Un très bon exemple: le rajeunissement dans The Irishman. Robert De Niro jeune,on sait très bien comment il est, on l’a vu au débuts de sa carrière dans Mean Streets. On sait comme il joue. Du coup le rajeunissement ne marche pas car il n’a pas la même vigueur et le même dynamisme qu’avant, dans ses mouvements, on sent directement le poids des années. C’est pour ça que voir le film de Tarantino dans d’autres catégories me fait plaisir, c’est un cinéaste qui refuse l’utilisation du numérique. Pour revenir sur 1917, hormis un passage particulier, les effets spéciaux marchent vite sur le coup mais sont assez quelconques au final.

Oscar des meilleurs costumes :

Films en compétition :

Jojo Rabbit ;

Once Upon a Time in Hollywood ;

The Irishman ;

Joker ;

Little Women/Les filles du docteur March.

Film oscarisé : Little Women/Les filles du docteur March.

L : Il est souvent attendu que les costumes d’époque se voient oscarisés dans cette catégorie, et cette année ne déroge pas à la règle. Greta Gerwig a su retranscrire avec fidélité les us de l’époque, avec des costumes qui vont même jusqu’à correspondre à chacun des personnes, à chacune des filles du docteur March. On y retrouve des robes adaptées à la classe moyenne à laquelle appartiennent les quatre filles, et même les costumes masculins ne sont pas délaissés et travaillés avec soin. Combinant donc élégance de l’époque mais fidélité du contexte socio-culturel, c’est un pari réussi pour le film de Greta Gerwig qui apparaît comme évidence dans cette catégorie des Oscars. Dans le même esprit nous aurions pu également voir Jojo Rabbit oscarisé, avec des costumes de l’époque que l’on a dépeint avec fidélité et qui ne mentent pas sur le contexte allemand.

Oscar du meilleur montage son :

Films en compétition :

1917 ;

Ford v Ferrari/Le Mans 66 ;

Joker ;

Once Upon a Time in Hollywood ;

Star Wars: The Rise of Skywalker.

Film oscarisé : Ford v Ferrari/Le Mans 66.

L : Ford vs Ferrari apparaît encore une fois comme le choix logique de cette catégorie ; manier avec habileté le son des véhicules avec les sons étouffés des scènes en intérieur permet une liaison du film, de toutes les scènes, qui n’a pas dû être aisée et qui aurait fait du film, si elle avait été un échec, une oeuvre risible. Ce n’est cependant ici pas le cas et le choix semble donc évident.

A : Le prix est cohérent, Le Mans 66 a remporté le prix du meilleur montage, c’est donc normal qu’il remporte ce prix car le montage son n’est qu’une étape du montage. Même chose que mon avis précédent du coup, les bruitages automobiles sont captés au plus près et renforce la cohésion de l’ensemble. J’ai dû mal à comprendre la présence de Joker, son montage son est en dissonance avec le reste du film. Sinon Once upon a time in Hollywood aurait aussi largement mérité, avec toutes les musiques d’époque qui se jouent, c’est tout l’univers et l’imaginaire que construit le film qui se retrouve renforcé.

Oscar du meilleur mixage son :

Films en compétition :

1917 ;

Ad Astra ;

Ford v Ferrari/Le Mans 66 ;

Joker ;

Once Upon a Time in Hollywood.

Film oscarisé : 1917.

L : Encore une fois, voir 1917 ressortir dans cette catégorie n’est pas étonnant dans cette cérémonie ; le mixage son est l’une des caractéristiques des films historiques pour savoir jongler entre les bruits de guerre, les conversations et les bruits naturels, et c’est bien sur ces aspects que 1917 a pu s’affirmer et se singulariser. Rien n’est cependant original, nouveau ; on ne voit pas de nouvelle technique, de tentatives osées. L’ambiance, si elle reste prenante, est celle d’un récit historique comme un autre. Si l’on réfléchit à un film qui a su se démarquer réellement autant par rapport aux autres films de la liste que par rapport aux autres films du même genre, c’est bien Ad Astra. Ad Astra est un film bien trop peu nommé dans les catégories quant à son potentiel, et la gestion du son dans les films dans l’espace est toujours quelque chose à la fois d’impressionnant, de délicat et d’ici, de très bien effectué.

A : Je n’ai pas vraiment apprécié 1917, je le trouve un peu sage sur son mixage son. Globalement, tout est propre, ça marche bien et l’immersion est la…sauf que le problème est bien là. Un film de guerre ne peut pas être aussi propre sur son mixage sonore, ça ne crie pas assez, les bruits ne sont pas assez forts. Encore une fois Once Upon a Time in Hollywood se défend admirablement la dedans, mais je trouve que Ad Astra méritait l’oscar. Le film est absolument subjuguant la dessus, la grandeur de l’espace écrase le spectateur. Hélas le film est passé inaperçu et n’a pas eu un grand succès d’estime, mais c’est un film incontournable que je recommande très fortement.

Oscar de la meilleure musique :

Films en compétition :

1917 (Thomas Newman)

Joker (Hildur Guðnadóttir)

Little Women (Alexandre Desplat)

Marriage Story (Randy Newman)

Star Wars: The Rise of Skywalker (John Williams).

Film oscarisé : Joker (Hildur Guðnadóttir).

L : Nous pouvons penser que Joker n’a été ici nommé que pour pouvoir lui accorder une autre récompense ; si la musique est parfois forte et importante dans quelques scènes, elle ne se détache pas du reste comme élément important du scénario et comme réellement marquante. Ainsi, pour cette catégorie, j’aurais plus vu Little Women ou bien même Marriage Story, qui, bien qu’ayant des musiques ne m’ayant pas réellement marquée, auraient plus leur place.

A : Je vais éviter de m’étendre la dessus car je n’ai aucun souvenir de la bande son du film, à la base je ne savais même pas qu’elle était originale.

Oscar du meilleur film documentaire :

Documentaires en compétition :

American Factory (Netflix)

The Cave (National Geographic)

The Edge of Democracy (Netflix)

For Sama (PBS)

Honeyland (Neon)

Documentaire oscarisé : American Factory.

Aucun de nous deux n’a vu le film documentaire American Factory.

Oscar des meilleurs maquillages et coiffures :

Films en compétition :

1917 ;

Bombshell/Scandale ;

Joker ;

Judy ;

Maleficent: Mistress of Evil.

Film oscarisé : Bombshell/Scandale.

Aucun de nous deux n’a vu le film Scandale.

Oscar du meilleur film d’animation :

Films en compétition :

How to Train Your Dragon: The Hidden World (Dreamworks)

J’ai perdu mon corps (Netflix)

Klaus (Netflix)

Missing Link (United Artists Releasing)

Toy Story 4 (Pixar)

Film oscarisé : Toy Story 4.

L : L’oscarisation de Toy Story 4, c’est l’expression de la domination perpétuelle de Disney-Pixar sur les autres boîtes de production de dessins animés. La plus grande preuve est bien la déception qu’a pu causer le film aux fans de la licence Toy Story ; on en attendait plus pour une fin de série, comme on en attend toujours beaucoup de Disney-Pixar ; on lui a reproché un manque de substance, un manque d’intrigue prenante, on l’a aimé, mais on l’a aimé bien plus pour son titre que pour ses couleurs. Les Oscars n’ont fait que confirmer leur préférence vers une certaine boîte de production, car là où on aurait bien vu un Klaus ou bien même un J’ai perdu mon corps se présenter comme film oscarisé autant par leur technique présentant un vent de fraîcheur que leur intrigue qui présente des nouveautés. Cette catégorie s’est reposée sur ses acquis, et c’est quelque chose que l’on peut reprocher à cette cérémonie.

A : Encore un “film à Oscars”, résultat très prévisible, quelle surprise de voir un gros film Disney-Pixar d’une de leurs plus grandes franchises ! Plus globalement cette cérémonie était prévisible, même si Parasite fait la surprise, ce n’est pas si étonnant. Pour en revenir à Toy Story 4, je ne l’ai pas trouvé inutile, c’est une conclusion supplémentaire au 3ème opus. Le film est bon, mais le concept commence à s’essouffler, les l’inspiration se perd un peu.. j’espère qu’ils n’en feront pas un autre opus. Klaus et J’ai perdu mon corps sont des films supérieurs en tout point, mais n’entrent pas dans la grille de lecture des oscars.

Oscar du meilleur court métrage d’animation :

Films en compétition :

Dcera (Daughter) ;

Hair Love ;

Kitbul ;

Mémorable ;

Sister.

Film oscarisé : Hair Love.

Aucun de nous deux n’a vu le court métrage Hair Love.

Oscar du meilleur court métrage documentaire :

Documentaires en compétition :

In the Absence ;

Learning to Skateboard in a Warzone (If You’re a Girl) ;

Life Overtakes Me ;

St. Louis Superman ;

Walk Run Cha-Cha.

Documentaire oscarisé : Learning to Skateboard in a Warzone (If You’re a Girl).

Aucun de nous deux n’a vu le court métrage Learning to Skateboard in a Warzone (If You’re a Girl).

Oscar du meilleur court métrage de fiction :

Films en compétition :

Brotherhood ;

Nefta Football Club ;

The Neighbors’ Window ;

Saria ;

A Sister.

Film oscarisé : The Neighbors’ Window.

Aucun de nous deux n’a vu le court métrage The Neighbors’ Window.

Oscar de la meilleure chanson originale :

Chansons en compétition :

“I Can’t Let You Throw Yourself Away” (Toy Story 4) — Randy Newman

“(I’m Gonna) Love Me Again” (Rocket Man) — Elton John & Bernie Taupin

“I’m Standing With You” (Breakthrough) — Diane Warren

“Into the Unknown” (Frozen 2) — Robert Lopez & Kristen Anderson-Lopez

“Stand Up” (Harriet) — Joshuah Brian Campbell & Cynthia Erivo

Chanson oscarisée : “(I’m Gonna) Love Me Again” (Rocket Man) — Elton John & Bernie Taupin.

L : Le fait que Rocket Man n’ait pas été nommé dans d’autres catégories, je dois l’avouer, m’a étonnée. La chanson originale composée par Elton John pour le film ne surprend pas comme étant oscarisée, et il n’y a pas grand chose à ajouter ; une musique d’Elton John dans un film sur Elton John apparaîtra comme nécessairement plus importante que d’autres musiques, possédant bien moins une dimension humaine et intégrée dans le scénario à part entière.

Oscars d’honneur :

David Lynch : c’est un des plus grands cinéastes en vie actuellement, avec carrière très riche. C’est l’auteur de Mulholland Drive, Twin Peaks encore Lost Highway. Son style novateur a même donné naissance à l’adjectif “lynchien”, qui décrit un cinéma onirique, mystique, hallucinatoire, ou le rêve se mélange à la réalité. Son oeuvre sombre a marqué l’histoire du cinéma. Longtemps nominé, il n’a pas reçu de récompenses car il n’était pas assez académique. Voilà de quoi acclamer son édifice.

Wes Studi : c’est un acteur d’origine Cherokee, le premier acteur amérindien a recevoir un prix du genre. Contrairement aux autres acteurs amérindiens cantonné aux seconds rôles, Wes Studi s’est illustré dans Le dernier des Mohicans ou Danse avec les loups de façon remarquable. Ce prix, politique, promeut la diversité.

Lina Wertmüller : c’est la première femme à avoir remporté un oscar en 1977 pour Pasqualino. Cette réalisatrice italienne s’est fait connaître dans les années 1970 pour ses films satiriques sur les moeurs de la société italienne de son époque. Elle s’est bâtie un succès d’estime important. Sur toutes les cérémonies des oscars, 5 femmes furent récompensés pour la réalisation. Cette récompense s’inscrit dans un contexte post-metoo dans une demande de diversité, face à une académie qui veut se renouveler.

 

Louna Le Gall.

Amir Naroun.

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