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Du renouveau démocratique au « modèle amish » : récit du délitement de la Convention citoyenne pour le climat

Dès la naissance de la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron et son gouvernement ont entretenu des rapports contradictoires avec elle. D’abord érigée en symbole démocratique, cette convention a subi de nombreuses critiques de la part des médias, des oppositions mais aussi du gouvernement. A travers le récit des relations entre la Convention et l’exécutif, c’est une meilleure compréhension des rapports que l’Etat entretient avec l’écologie qui s’offre à nous.

 Avant de rappeler ce qu’est la Convention citoyenne pour le climat, et pour mieux la comprendre, il faut s’intéresser aux liens qu’a le président Emmanuel Macron avec la question écologique et les écologistes. Durant sa campagne présidentielle de 2017, il présente aux citoyens français un projet progressiste. Philippe Raynaud montre que le candidat Macron intègre parfaitement l’écologie dans cette perspective de progrès : il s’oppose à ceux qui nient le réchauffement climatique. Son début de mandat est prometteur pour ses électeurs écologistes : véritable coup politique, Nicolas Hulot devient ministre de la transition écologique et le président français tient tête à Donald Trump sur l’accord de Paris (le fameux « make our planet great again »). Voilà de beaux symboles mais les actes tardent. Et face à cette absence d’acte, Nicolas Hulot démissionne.

Cette défection ouvre la voie aux nombreuses attaques de la gauche : la France Insoumise, le Parti socialiste et EELV s’en donnent à cœur joie. Mais l’exécutif décide d’agir, c’est l’épisode de la taxe carbone. Cette mesure est le point de départ des grandes protestations des gilets jaunes. C’est une crise politique d’ampleur à laquelle sont confrontés le président Macron et son gouvernement. Pour y mettre fin, il décide de mettre en place le « Grand débat national ».

Du Grand débat à la Convention citoyenne pour le climat

C’est cette consultation populaire qui marque la naissance de la Convention citoyenne pour le climat (ses travaux débutent le 4 octobre 2019). Il s’agit pour l’Elysée de concilier « la fin du monde et la fin du mois ». L’objectif est d’associer les Français aux décisions sur l’écologie pour éviter une nouvelle taxe carbone.

Voilà pour les visées de l’exécutif, mais pour la Convention citoyenne l’objectif est de présenter des mesures qui doivent permettre une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, « dans un esprit de justice sociale ». Les 150 conventionnels sont tirés au sort, l’Elysée a voulu que ces derniers représentent l’ensemble de la population française (avec plus ou moins de réussite, mais il ne faut pas nier les efforts faits dans ce sens). Ces conventionnels sont assistés de nombreux experts et du Conseil économique, social et environnemental. De leurs échanges doivent naître 150 propositions. Le chef de l’Etat s’engage à les reprendre « sans filtre ». Ce sont 149 propositions (la semaine hebdomadaire de 28 heures ayant été écartée durant les débats) et un rapport de 500 pages qui sortent des 9 mois de travail. Le but de cet article n’est pas de décrypter les propositions de la Convention, vous pouvez les découvrir dans ce dossier du journal Le Monde : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/07/13/transport-logement-alimentation-les-principales-propositions-de-la-convention-pour-le-climat-passees-au-crible_6046071_4355770.html. C’est donc le fruit d’un vaste travail qui est rendu au chef de l’Etat.

La Convention sous le feu des critiques

Mais avant même la publication des résultats des travaux de la Convention, celle-ci a été victime de nombreuses critiques. Certains ont pointé du doigt une forme de populisme de la part du chef de l’Etat lorsqu’il s’est engagé à reprendre toutes les propositions sans filtre. D’autres ont dénoncé une « démocratie d’élevage » : c’est l’organisation de la Convention qui est ici critiquée. En laissant la conduite des débats aux mains des experts, les citoyens n’ont pas pleinement participé à l’élaboration de ces propositions. Selon les critiques, ces dernières sont avant tout du fait des experts qui entouraient les Conventionnels. C’est que dénoncent Frédéric Gili et Laurent Sablic dans une tribune dans le journal Le Monde (« La Convention citoyenne butte, comme il était prévisible, sur l’appareil politico-administratif »).

Des voix se sont aussi élevées pour montrer que la Convention citoyenne pour le climat sapait certains principes de la Vème République : notamment en éclipsant le rôle des parlementaires. L’opposition de droite a fourni sa part de critiques : les mesures envisagées seraient trop à gauche, dans le journal Le Figaro il a été possible de lire l’analyse de l’Institut Sapiens, qui voyait derrière la Convention citoyenne pour le climat un communisme rampant. Aucune de ces critiques n’a réellement entravé les travaux des conventionnels.

C’est le gouvernement de Jean Castex qui a endossé ce rôle. D’abord, le président de la République a opposé son joker à trois mesures lors de la présentation des propositions (sur une nouvelle limitation de vitesse, sur l’introduction du crime d’écocide dans le droit pénal et sur une modification de la Constitution). Il a ensuite écarté le moratoire sur la 5G dans un style qui lui est propre : devant des entrepreneurs, il s’est moqué des partisans du modèle « Amish » (les conventionnels ayant travaillé 9 mois pour élaborer un rapport de 500 pages ont du se sentir respecté). Depuis 7 autres mesures ont subi les interventions du gouvernement (Bruno Le Maire en tête).

Des espoirs déçus

De nombreuses ONG, déplorant la tournure des événements, ont quitté la table des négociations. Les conventionnels ont interpellé le président Macron en lui remémorant ses promesses de l’an passé. La langue de bois de l’Elysée leur donne le sentiment d’être abandonné par l’exécutif. Aujourd’hui ce qui restent des propositions de la Convention citoyenne pour le climat est menacé par la crise liée au coronavirus : l’industrie, le secteur aérien notamment sont à terre, pour l’Etat il n’est pas question de les enterrer en mettant en place des mesures qui plomberaient encore plus leurs activités.

Alors doit-on laisser la Convention mourir de ses imperfections, des attaques politiques et de la Covid-19 ? Il serait tout de même curieux de mettre à la poubelle un travail s’attelant sérieusement à la lutte contre le réchauffement climatique. D’abord parce que la pandémie a été plus que jamais l’occasion de méditer sur l’impact de l’Homme sur son environnement, ensuite parce que cette Convention est la toute première entreprise politique majeure, en France, créée pour agir en faveur de l’écologie. Et les Français ont de nouveau exprimé le souhait d’une montée en puissance de ce thème aux dernières élections municipales.

Benjamin Magot

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